La voix du cœur

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La voix du cœur

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Psychothérapie · Vendredi 17 Mar 2023
Tags: Lavoixducœur
La voix du cœur

Introduction

Chers collègues et amis,

Ce modeste ouvrage ce propose d’être une suite à « Ballade pour un jeune thérapeute ».

Mais pourquoi une suite, me diras-tu, alors que ce premier ouvrage s’achevait en citant André Gide :

« Jette mon livre,
Emancipe t-en,
C’est parce que tu diffères de moi
Que je t’aime. »

Pourquoi une suite ? Eh bien tout simplement parce que j’ai continué à me faire plaisir, en répondant à la demande qui m’était faite d’animer des séminaires.

Ces nouvelles rencontres m’ont permis de préciser ma pensée, grâce aux amis avec lesquels je dialoguais comme je le fais avec toi.

Une suite pour, paradoxalement, répéter que vouloir tracer un chemin à l’autre est impossible ; « une voie qui peut être tracée n’est pas une voie », lisons-nous dans le Tao Te King.

Plus j’avance en âge, plus je m’interroge sur le contenu de certains textes se réclamant d’une « orthodoxie » psychanalytique. Je pense alors à Jacques Lacan, déclarant, dans une formulation digne de l’enseignement Zen : « On pourrait dire, pour la psychanalyse, que le savoir la rend utile, mais l’oubli du savoir la rend efficace. »

Je me rappelle ainsi une anecdote racontée à Charles Baudouin par Romain Rolland, venant de terminer son ouvrage sur « Ramakrishna » :

« Un jour, Keshab Chandra Sen - de mémoire vénérée - vit Shri Ramakrishna au temple de Dalshineswar, et lui posa cette question : « beaucoup de savants lisent une quantité de livres sacrés ; comment se fait-il alors que jusqu’au bout, ils restent ignorants des choses spirituelles ? » La réponse fut : « le milan et le vautour planent très haut dans le ciel, mais ils ont tout le temps les yeux fixés sur les charniers, à la recherche de carcasses en décomposition. L’esprit des soi-disant lettrés reste attaché aux choses terrestres, c’est pourquoi ils ne peuvent acquérir la vraie connaissance. À quoi bon lire un grand nombre d’œuvres sacrées, si l’on doit s’en tenir là ? »

Pour le thérapeute, après un lent et minutieux parcours théorique et une rigoureuse recherche sur son ombre, la seule sagesse est celle de l’insécurité ; la sagesse du « Vide » assumé en tant que matrice de créativité.

Souvenons-nous de Lao Tseu nous enseignant que :

« Pour faire un vase, on travaille l’argile, mais son emploi dépend du creux où il n’est rien. Tao Te King chap. XI. »

Charles Baudouin concluait un de ces ouvrages par ces paroles :

« Nous n’avons que trop encore la propension d’accréditer des formules abstraites, qui par leur schématisme perdent le meilleur de la substance qu’elles prétendent condenser, et dont la rigueur illusoire nous détourne trop aisément de la rencontre, seule féconde, avec le réel. Leur attrait, assez perfide, provient justement de ce qu’elle semble promettre à notre paresse l’escamotage du vrai labeur. Surtout lorsqu’il s’agit de rechercher les sources de l’énergie spirituelle, il n’existe pas de théorie-panacée, qui nous dispense de la méditation, et de la confrontation assidue. La force n’est pas dans nos recettes ; elle est en nous. Charles Baudouin 1950, p. 138. »

Je viens de relire ta lettre, et je veux te confier ma première « libre association ». J’ai entendu cette phrase de René Char : « Le temps est proche où ce qui sut demeurer inexplicable pourra seul nous requérir. »

Tu me demandes ce qu’il faut faire pour devenir un thérapeute valable, ma réponse sera claire : il ne faut pas « faire », il faut « être ». Mais pour « être », il faut défaire la forteresse de l’ego par un minutieux travail sur notre ombre. Ce que l’homme chérit le plus tendrement en lui-même, c’est son ignorance, car l’ignorance de ce qu’il est lui donne l’illusion de la stabilité, alors que la vie se découvre dans un changement perpétuel.

Charles Baudouin nous faisait remarquer que tous les systèmes, toutes les théories, apportent un éclairage particulier de la vérité, mais qu’à vouloir en privilégier un seul, on tombe dans un dogmatisme stérile.

Souvenons-nous de ce qu’écrivait Krishnamurti dans son livre « la vie comme idéale » :

« Je vous dis que l’orthodoxie s’échafaude quand l’esprit et le cœur tombent en pourriture. Mais quand l’esprit et le cœur invitent aux questionnements, alors il n’y a plus d’orthodoxie, il n’y a plus de croyances étroites, mesquines, en des personnalités ».

Le cœur, dans toutes les traditions, est le symbole de la présence divine, et de la connaissance de cette présence. Le cœur, dit Angélus Silesius, est l’autel de Dieu, il peut le contenir entièrement. Pour Plutarque, le Soleil diffuse la lumière comme le cœur diffuse le souffle, or, dans le taoïsme, le souffle est la lumière de l’esprit.

Pour les musulmans, le cœur recèle les pensées les plus authentiques. « Les cœurs en leur secret sont une seule et même vierge » dit Al-Hallâj, pour qui la vision spirituelle est celle de l’œil du cœur, « J’ai vu mon Seigneur avec l’œil du cœur. » Nous pouvons lire dans le Coran : « ce ne sont pas leurs yeux qui sont aveugles, ce sont leurs cœurs dans leurs poitrines qui sont aveugles - XXII - 45 ».

Dans l’Égypte ancienne, le vase était l’hiéroglyphe du cœur, et le triangle renversé, symbole de la coupe, l’est aussi du cœur. Dans la religion égyptienne, le dieu Prah a pensé l’univers avec son cœur, avant de le matérialiser par la force du verbe créateur. Lors de la psychostasie, la pesée des âmes après la mort, c’est le cœur du défunt qui est placé sur un plateau de la balance, alors que sur l’autre plateau repose une plume d’autruche de la déesse Maât. À droite, le dieu Thot à tête d’Isis, enregistre la sentence. Si la plume l’emporte, le défunt est sauvé. Cela nous confirme l’enseignement ancestral que le cheminement spirituel n’est pas une accumulation de savoirs, mais un dépouillement de l’ego, un détachement de « l’avoir ».

Ce que le thérapeute doit avant tout analyser, c’est son besoin de se rassurer, de s’enfermer dans l’ignorance de ce qu’il est ; cela ne peut pas être le fruit d’une approche théorique, mais d’une interrogation sur son comportement dans sa relation à l’autre. Les qualités d’un homme sur la voie de l’humain se manifestent dans sa manière d’être en relation avec lui-même, avec l’autre, avec le Tout Autre.

Carl Gustav Jung écrit dans la préface à « Essais sur le bouddhisme Zen », de D. J. Susuki :

« La psychothérapie est fondamentalement, une relation dialectique entre le médecin et le patient. C’est une confrontation entre deux ensembles psychiques, ou tout savoir n’est qu’un outil. L’objectif est la transformation, une modification non prédéterminée, et à vrai dire indéterminable, dont le seul critère est la disparition de ce qui a le caractère de l’ego. Aucun effort du médecin ne peut forcer ce résultat. Le médecin peut tout au plus montrer une voie aux patients, afin que celui-ci prenne une attitude qui consiste à opposer une résistance minimale à l’expérience déterminante. Carl Gustav Jung, 1984, p. 213 ».

Le premier devoir d’un thérapeute, c’est d’être authentiquement humain, car dans l’instant même de la rencontre avec son patient, il engage sa responsabilité, non pas de guérisseur, mais « d’accordeur » de la mélodie vitale. Or, le mode d’être humain dans le monde trouve son origine dans l’ouverture à notre dimension spirituelle, c’est-à-dire à notre capacité à vivre l’expérience infinie de l’altérité. Toute rencontre est une occasion de vivre cette expérience, si tu sais voir le germe créateur dans ton interlocuteur. Jacqueline Cahen-Morel nous explique très bien cela, lorsqu’elle écrit :

« Je m’ouvre à la surprise intégrale des ressources qui m’apparaissent, à la personnalité réelle, enfouie, que je pressens, gisant quelque part sous l’opacité des apparences névrotiques, c’est notre lot à nous analystes jungiens. Nous avons à éveiller l’âme, dans une expérience de l’ordre de l’intuition et du sentiment. Jacqueline Cahen-Morel, 1993, p. 38. »

Chaque fois qu’une personne se confie à toi, thérapeute, c’est un être nouveau que tu rencontres, échappant à toute théorisation. Et chaque jour, tu es toi-même différent de la veille, car l’expérience d’hier, vécue en état de conscience, t’a apporté, non seulement une occasion d’élargissement de ta connaissance, mais surtout une plus grande humilité.

Il n’y a de vérité que la vérité d’être soi-même, car toute vérité vivante est expérience individuelle qui doit peu à un savoir préétabli. « Être en état de vérité » ne se révèle que relativement aux effets de vie qui s’en dégage.
Chaque être humain dans la souffrance est le signe d’une nouvelle expérience de la vie, toujours mouvante, une tentative pour atteindre un autre niveau d’adaptation. Le thérapeute n’est pas un « réparateur », il est celui qui accompagne un ami dans son évolution ; c’est la Vie qui guérit.

Le thérapeute cherche à créer les conditions favorables pour qu’un changement puisse advenir. Ce changement peut être la guérison, mais il réside surtout dans un retournement de la façon d’être au monde, comme le dit Balint, dans « Techniques psychothérapeutiques » :

« Nous enseignons effectivement quelque chose de très important à nos patients : au cours de cet enseignement, certains peuvent même se trouver guéris, mais il n’est pas rare que le patient soit obligé d’apprendre comment être malade, comment vivre avec sa maladie ».

Accepte de sortir du sillon répétitif d’un ancien disque rayé, accepter de « délirer » (selon l’étymologie du mot : délirer : sortir du sillon), pour retrouver ta véritable nature, là où la créativité intérieure alimente la joie véritable.

Saint Paul nous dit : « Il est écrit, dans l’Ancien Testament : je détruirai la sagesse des sages, et l’intelligence des intelligents je la rejetterai ! … Où est-il, le raisonneur de ce siècle, Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? C’est par la folie du message qu’il a plu à Dieu de sauver les croyants. Mais ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages. Saint Paul, Première épître aux Corinthiens, 27 ».

C’est en t'ouvrant à toi-même que tu pourras devenir ce « vide médian » du taoïsme, vide grâce auquel l’autre, ton interlocuteur, découvrira sa propre créativité, celle qui donne sens à son existence. Donner un sens à l’existence, c’est élever sa relation au monde à la hauteur d’une relation spirituelle.

Chaque rencontre doit être l’occasion de devenir une Personne, c’est-à-dire d’entrer dans un mouvement ininterrompu de créativité intérieure. Nous avons à devenir architectes de l’éphémère.

Au colloque « Science et Conscience » qui se tint à Cordoue en 1980, C. A. Meyer déclarait :

« Pour acquérir une conscience éthique, il n’existe ni méthode ni raccourci, c’est un effort de toute une vie, individuelle, solitaire, et qui exige de la patience, de l’amour et de l’humilité ».

Alors, poursuis ton chemin, pénètre dans la guhâ (grotte) de ton cœur, et réalise que "Tu es cela". Henri le Saux, « Arunâchala » ».

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Source : La voix du cœur - Paul Montangérand - Ancien Président de l’institut international de psychothérapie et de psychanalyse fondée par Charles Baudouin en 1924.

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Bibliographie :

BAUDOUIN Charles. 1950, “La force en nous”. Éd. Delachaux et Niestlé.
CAHEN-MOREL Jacqueline. 1993, in “Action et Pensée”, sept. 1993.
JUNG C.G. 1984, "Psychologie et orientalisme", Éd. Albin Michel.
MEIER C.A. 1980, Colloque Science et Conscience, Cordoue.
ROMAIN ROLLAND. 1937, “Offrande d’un pèlerin de France à Shri Ramakrishna” in "Action et Pensée", septembre 1937.









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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
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