Éternité et intemporalité

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Éternité et intemporalité

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Astrologie · Mercredi 13 Sep 2023
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Éternité et intemporalité

L'un des événements les plus regrettables dans l'his­toire de la pensée humaine pourrait bien avoir été la fausse interprétation qu'ont fait les premiers penseurs chrétiens de la notion que nous exprimons aujour­d'hui par le terme éternité.

La signification du terme s'est immanquablement altérée devant l'insistance des Pères de l'Église à affirmer le caractère essentielle­ment unique de l'incarnation de Dieu en Jésus, l'hom­me Christ.

Cet événement ayant été doté d'un carac­tère absolu, et la personne humaine en tant qu'indi­vidu s'étant également vu attribuer ce caractère uni­que et absolu, la perception pré-chrétienne de l'exis­tence comme processus cyclique devenait inacceptable. Selon la tradition chrétienne, il n'existe qu'un Dieu, qu'un univers, qu'une histoire, qu'un Dieu fait homme et qu'une unique ascension ardue de l'homme de son état de péché vers la gloire de la félicité céleste - pour les mystiques, de l'union avec Dieu ; ou bien une chute totalement négative dans un enfer absolu, sans retour possible.

Les écoles gnostiques des premiers siècles de l'ère chrétienne ont tenté de réinterpréter le concept de la cyclicité de toute existence en termes plus ou moins chrétiens ; elles évoquaient constam­ment l'Eon, c'est-à-dire l'état divin d'unité des cycles cosmiques d'existence, état dans lequel la totalité inté­grante du cycle se condense, si l'on peut dire, en une conscience divine - un Être cosmique.

Mais les vues des gnostiques furent condamnées, et leurs commu­nautés disparurent ou furent détruites, même si cer­taines de leurs traditions et de leurs croyances devaient subsister dans les divers mouvements hérétiques qui se sont manifestés pendant l'ère chrétienne, et réappa­raître sous diverses formes depuis cent ans.
Pour la pensée officielle des cultures européennes et américaines, l'éternité s’oppose au temps, et appa­raît comme un état « intemporel ».

L'idée d'un « éter­nel présent » a inspiré les rêves, les aspirations et les arguments philosophiques de bien des personnes incli­nant vers le mysticisme, surtout depuis quelques années.

Le sens que l'on donne au terme « éternité » dénote bien sûr une aspiration parfaitement légitime de l’homme à transcender son assujetissement à des circonstances précises qu'il ressent souvent comme insupportables ; mais cette interprétation est négative, comme les concepts qui pullulent aujourd'hui dans l'esprit d'une foule d'individus tournés vers l'avenir et agités par la rébellion intérieure.

Ces concepts nais­sent d'événements qui ne sont pas ce qu'ils semblent être, et fonctionnent de manière radicalement diffé­rente du comportement habituel de notre environne­ment connu, physique ou intellectuel ; on comprend bien qu'ils éveillent dès lors des réactions affectives tout à fait extraordinaires.

La majorité des personnes qui se trouvent confron­tées à ces événements « paranormaux » ou à ces expé­riences intérieures subjectives se sentent très mal à l'aise. Leur réaction exprime la peur, ou bien un senti­ment exacerbé de supériorité, qui leur fait évacuer purement et simplement ce qui ne trouve pas sa place dans leur cadre de référence ordinaire et quotidien ou dans leurs catégories intellectuelles.

Il est pourtant en l'homme une aspiration fondamentale et irrépressible à être davantage qu'il n'est ou ne sait être. Il a le senti­ment profond de son infériorité devant les puissantes énergies de la biosphère et du cosmos.

Ce sentiment le pousse, et bien souvent le contraint à croire en la réalité d'un état et d'un Être transcendant qui pos­sède pour caractères essentiels tous les pouvoirs et toutes les qualités que l'homme semble incapable de manifester.

Parce que la conscience de l’homme opère dans un domaine de grandeurs finies et se sent en permanence frustrée dans ses aspirations et dans sa volonté d'accomplissement et de maîtrise par cette « condition humaine » que les existentialistes ont dépeint comme un état fondamentalement sombre, tra­gique, désespéré et absurde, la conscience humaine cherche pathétiquement à croire en une « Réalité » qui ne soit pas l'une quelconque de ces choses que l'hom­me ne possède pas, méprise ou craint.

Ainsi, parce que notre être conscient déborde de problèmes et doit bien souvent affronter des situations intérieures, des impulsions à extérioriser, des hu­meurs et des envies qui semblent étrangères à la conscience et au désir dans leur normalité, la notion d'"Inconscient" est apparue et a acquis une préémi­nence extrême ; et, parce que la vie moderne ne sem­ble jamais nous "laisser le temps" de réaliser ce que nous souhaiterions, l'idée d'une Réalité (ou d'un état de conscience) « intemporelle » en est venue à fasciner les pensées. Dieu, ou la Réalité, se voit accorder tous les attributs dont l'homme est privé, mais qu'il vou­drait tant posséder.

On se détourne aujourd'hui massivement des croyan­ces traditionnelles du passé euro-américain, et les recherches se tournent vers ce qui n'est pas ce que nos ancêtres croyaient être la réalité, la vérité, la sagesse, comme si sévissait une épidémie.

Mais les grands mys­tiques, les visionnaires, les maîtres à penser « inspi­rés » de toutes les époques de l'histoire ont toujours été fascinés par cette recherche ; ils « éprouvaient » des expériences tellement inhabituelles et surnormales - on parle aujourd'hui d'expériences « sommitales » de façon quelque peu banalisée - qu'ils étaient inca­pables d'en formuler la teneur et donc de la commu­niquer par des mots à autrui.

Les poètes utilisaient des symboles pour suggérer la nature de ces expérien­ces ; mais lorsque les symboles manquaient, il fallait bien reconnaître tout simplement que ce dont ils avaient fait l’expérience n'était en rien semblable à ce que l'on connaissait habituellement, ou que l'on pouvait connaître par le canal normal des sens ou dans un état normal de conscience.

C'est la raison pour laquelle les traités de mystique et de métaphysique débordent de locutions négatives - et semblent exprimer une négation souvent totale et absolue de tous les faits existentiels : non-existence, intemporalité, aspatialité, Vide, etc.

Au quatrième chapitre de l’Évolution créatrice, Bergson fait une étude fascinante de l'idée de néant. Il s'efforce d'exprimer au moyen d'arguments logi­ques le fait qu’il est impossible de concevoir réelle­ment le "néant". La négation de toute existence indi­que en fait que la pensée, ne parvenant pas à nommer toutes les formes possibles d'existence qu’elle soup­çonne, cache sa défaite sous un terme générique pra­tique.

Le terme « non-existence » ne signifie donc pas qu'il semble exprimer - c'est-à-dire la négation abso­lue de l’existence sous toutes les formes ou dans tous les états possibles. Il signifie tout simplement qu'il est un état de réalité qui transcende toute idée humaine imaginable d'ordre et de réalité.

Les grands philosophes hindous - Sri Aurobindo par exemple, dont l'œuvre et l’influence spirituelle sont reconnues dans le monde entier - savaient bien que Brahman ne signifie pas la non-existence, mais plutôt un état inconcevable qui englobe non-existence et exis­tence, au même titre que le Yin et le Yang sont les deux pôles du Tao, qui les comprend et les dépasse.

De même certains de nos esprits philosophiques les plus libres, et parmi eux beaucoup de grands scientifiques, commencent à se rendre compte que l’ordre et le hasard (le nécessaire et l’aléatoire) sont les deux aspects du fait totalisant qu’est l’existence ; de même la néguentropie et l’entropie.

Cela signifie donc que le temps et l'intemporalité ne sont pas davantage des contraires que dans le boud­dhisme philosophique le samsara et le nirvana ne sont des opposés absolus.

L'intemporel n'est pas un état dans lequel le temps n'existe pas, c'est un état où l'on fait l'expérience d'un temps d'un autre ordre. Le nir­vana n'est pas réellement la négation de l'existence et du changement, c'est un état dans lequel existence et changement ont un caractère et une signification dif­férents. Étant dans le samsara, on peut faire l'expé­rience du nirvana. Il ne s’agit que de deux aspects de l'existence.

L'expérience « intemporelle » survient dans une cons­cience qui débouche hors du temps existentiel, et qui retournera dans le siècle.

L'expérience « éclaire » l'exis­tence humaine conditionnée par le temps de la même façon que, pour employer un symbole, le levain éclaire la substance du pain. Les trous du pain ne sont pas du pain ; ils sont néanmoins dans le pain, et contribuent à la nature et à la qualité du pain. C'est en ce sens que Jésus comparait ses disciples et dans un sens plus large de Royaume des Cieux, au levain. C'est en ce sens que tous les véritables mystiques sont des « trous » dans le pain qu'est l'humanité.

L’expérience mystique est en état de « fermentation » ; c'est dans ce même esprit que les soufis ont célébré le vin et l'ivresse qu'il procure dans des poèmes admirables, et que le Livre de la Genèse évoque les « vignes » de Noé, lesquelles dans la symbolique mystique représentent les écoles d’initiation au Mystère - les mystères se rapportant à l'état édénique primordial de l'humanité, l'Age d'Or où l'Homme et Dieu ne faisaient qu'un.
L'état et le sentiment d'unité spontanée et enfantine symbolisent les débuts de l'existence. Dans cet état pri­mordial, la totalité de l'organisme qui ressent s'identi­fie au flux continu de l'existence.

Le temps apparaît comme « passage ». L'existence, dans l'état que nous appelons la « vie », s'écoule dans et au travers de ce qui existe. Il n'y a pas de séparation. L'écoulement n'est pas segmenté en unités de temps, donc en moments ; mais il n'y a pas non plus ce que l'on appelle couram­ment, du moins dans le monde occidental, conscience.

Emporté sur le fleuve de la vie, le nouveau-né n'a pas conscience qu'il y a lui-même et le fleuve. Il se contente d’être - harmonique palpitante dans la grande mélo­die de l'existence humaine.

Mais le nouveau-né grandit ; sa pensée de plus en plus adulte, modelée par la culture et le milieu dans lesquels il se trouve, apprend à établir des distinctions qu'il exprime comme sa relation à d'autres entités vivantes, voire à des objets, et à se rendre compte qu'il a besoin de structures d'ordre pour maîtriser le jeu des relations interpersonnelles ou sociales.

Il se trouve conditionné par ce principe d'ordre, et donc par cette structure que nous appelons le temps ; il ne tarde pas à avoir l'impression de « ne pas avoir le temps ». Il pourra donc rêver d'une existence intemporelle. Si par contre il a été conditionné par sa culture et par la phi­losophie de la vie qu'il a adoptée à ne pas s'abandon­ner à cette « échappatoire » - échapper au temps pour se réfugier dans l'intemporel - il peut au contraire s'efforcer vigoureusement de remplir et d'accomplir le temps.

L'idée de l'accomplissement du temps signifie et exige qu'on le conçoive comme un phénomène cycli­que - que l'on comprenne le temps et l’existence humaine dans une perspective holiste : cela signifie comprendre que le temps existentiel commence et finit, comme tous les autres phénomènes de l'exis­tence qui ont un commencement et une fin - qu'il s’agisse de la vie ou de l'activité d'un atome, d'un hom­me ou d'une galaxie.

Cela signifie que la nature même du temps est cyclique. Comme nous l'avons déjà vu, il existe des ensembles temporels (cycles) au même titre que des champs spatiaux au sein desquels des mil­liers d'énergies interagissent dans des limites précises.

Toute existence est un cyclocosme ; et le but de l’exis­tence de chaque cyclocosme est d'accomplir le temps à l'état oméga, de même que l'espace doit être rempli et accompli par le développement plein, sain et (idéale­ment) « sacré » de toutes les relations et forces intérieures susceptibles d'agir dans le champ d’existence de l'individu.

Dans cet état d'accomplissement, la conscience de l'homme appréhende le temps mais d'une façon nou­velle, comme l’éternité au sens véritable du mot.

La conscience existentielle atteint à l'état de conscience éonique ; ce qui ne signifie pas l’inconscience mais au contraire un état de conscience capable d'embrasser dans son ensemble le cycle tout entier de l'existence de l'individu dont il émane. Dans cet état de conscience éonique, le « je » conscient s'est libéré des pressions contraignantes du milieu immédiat, de la famille, de la racine et de la culture qui ont façonné le moi.

En quelque sorte l'homme se trouve alors identifié au flux cyclique de l'existence ; mais cette identifica­tion n'est plus inconsciente. Il ne s'agit d'ailleurs pas vraiment d'une identification ; c'est plutôt un état de résonance, d'accomplissement dans une réponse vibra­toire totale et parfaitement conformée à la tonalité fon­damentale qui porte l'organisme individuel tout entier - le champ individuel d'existence - de sa naissance à sa mort, de l'alpha à l'omega du cycle existentiel.

C'est donc cela que de vivre dans un état d'éternité - non pas s'échapper dans l'intemporel, mais s'accom­plir dans la totalité du cycle de l'Être, dans l’Eon.

Ce n'est pas se contenter de vivre d'instant en instant, toutes portes ouvertes aux influences changeantes et en se tenant disponible pour des relations toujours renouvelées, mais plutôt vivre chaque instant cons­ciemment, avec ouverture, comme une phase particu­lière du processus de l'existence, en étant aussi impré­gné que possible de la fonction, de la signification et de la finalité de la phase que l'on traverse dans l’écono­mie du cycle tout entier.

Cette façon de vivre exige une transformation fonda­mentale du cadre de référence existentiel, et une appro­che radicalement différente du temps et de l'existence. La conscience individuelle doit s’ancrer dans la totalité du cycle existentiel dont on participe ou que l'on res­sent en tant qu’ensemble continu.

Cela représente un grand élargissement de la conscience ; mais cet élar­gissement est celui d'une conscience structurée alors que « l'expansion de conscience » que beaucoup recherchent aujourd'hui ressemble plutôt à une perte de soi-même dans une expérience subjective, extatique et informe d'unité avec tout. Il ne fait nul doute que ce genre de sentiment soit merveilleux à éprouver, mais c'est une expérience dont il faut inévitablement revenir pour rentrer dans un monde quotidien de dif­férenciation, de catégories et de conflits.

Ce retour, par ses modalités et sa qualité, laisse souvent beaucoup à désirer ; tandis que la personne qui grandit, simplement et sans spectacle, pour entrer de plain-pied dans sa propre « éternité » n'a pas besoin de revenir puisqu'elle n'est pas partie. Elle est tou­jours présente. Elle a les pieds sur la terre de l'expé­rience quotidienne, tandis que sa tête embrasse et accepte, avec la sérénité du Sage, la totalité de son existence, de l'alpha à l'oméga ; sa volonté est accordée au rythme constant et fondamental du Soi intérieur.

Nous examinerons maintenant en quoi consiste le Soi, cette force fondamentale qui sous-tend le champ tout entier de l'existence, et quelle est sa relation avec le moi.

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Source : Dane Rudhyar - Vers une conscience planétaire









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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

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