Présentation de Vénus

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Présentation de Vénus

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Astropsychologie · Lundi 08 Mai 2023
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Présentation de Vénus

Par Philippe Granger

Ceux qui, parmi vous, sont plus ou moins pénétrés de psychanalyse auront entendu, dans l’intitulé de mon exposé, une résonance spécifiquement freudienne. Cela, bien entendu, n’étonnera personne. Je fais allusion à un texte de Freud paru en 1915 : Pulsions et destins des pul­sions. Dans ce texte, tous les mots sont au pluriel, y com­pris les « destins » pulsionnels comme j’ai cru bon moi-même d’appliquer à Vénus cette diversité et cette pluralité fonctionnelles. Je vous invite à une tentative d’approche psychanalytique des chemins par lesquels Vénus peut et doit s’exprimer, se manifester et s’orienter. Je vous pro­pose de considérer, en nous appuyant sur cette théorie psy­chanalytique, quels « destins » lui sont attribuables dans l’économie de la personnalité humaine.

La Tradition nous a laissé de Vénus une image symbo­lique liée à l’amour, autrement dit à Éros, soit au principe de la vie même ; une image symbolique qu’il est peut-être possible de rapprocher de ce que Freud appellera ultérieu­rement les « pulsions de vie ». Or, une image symbolique est toujours, par définition, polysémique, redondante, inépuisable - même quant à son sens. Il en est ainsi pour le zodiaque, dont nous savons qu’il offre toujours à décou­vrir, qu’il donne toujours à savoir et que des années de méditation ou d’analyse ne sauraient en tarir la richesse.

Un symbole est irréductible. Et cependant, il appartient aux astrologues contemporains que nous sommes de veiller à la permanence de cette fécondité symbolique, de conserver au symbole sa pluralité, et cela exige de notre part un effort particulier. Nous sommes, comme tous les êtres humains, avides de stéréotypes sécurisants, avides de recettes, quêteurs de solutions définitives. En cela, nous sommes réducteurs, en cela nous stérilisons le symbole qui est, dans son essence même, le principe vital de la pensée et du discours. Vénus, comme beaucoup d’autres sym­boles, a souffert, dans nos manuels, de cette réduction-là.

POURQUOI ÉROS ?

On a longtemps pensé, et enseigné, que Vénus dans un thème astrologique représentait l’amour et les capacités chez le natif de vivre l’amour, sur le plan qualitatif comme sur le plan quantitatif. Telle position de la planète dans un signe devait renseigner sur le caractère passionnel ou au contraire parcimonieux et contraint de ses manifestations affectives, sur ses besoins dans l’échange amoureux comme sur son éventuelle inappétence.

Il me semble que ce discours témoigne de la volonté d’atteindre un but, un achèvement, avant de s’être penché sur la nature des éléments qui peuvent justifier un tel aboutissement. En d’autres termes, cela revient à ne consi­dérer que la fin des choses sans rien chercher à connaître de leur origine.

En astrologie comme en toute science humaine, l’approche simplement descriptive n’est que de peu de res­source si elle n’introduit pas un questionnement quant au « pourquoi » des phénomènes observables. Constater que Vénus entre pour une part évidente dans la problématique amoureuse du sujet ne renseigne aucunement sur les rai­sons pour lesquelles la Tradition nous a transmis ce mes­sage, ni sur la dynamique et les processus vénusiens.

Au reste, il est évident que Ton ne peut analyser Vénus dans les mêmes termes pour un enfant, un adolescent ou un adulte et que nous sommes contraints, si nous voulons avoir quelque pertinence, de nous poser la question de l’état maturatif de cette Vénus dans le thème que nous abordons. Vénus, comme toute autre fonction planétaire, tend vers sa maturation maximale, c’est-à-dire vers Saturne, comme j’ai déjà eu l’occasion de le démontrer ailleurs [Saturne et Uranus = Interdit et Transgression, polycopié non édité].

Mais pour des raisons qui tiennent à sa nature intrinsèque Vénus en signe ou à la nature de ses processus fonc­tionnels - Vénus en aspects -, elle a plus ou moins de chances d’y parvenir, et c’est ce que nous pouvons appré­cier. Dans l’ordre névrotique, comme à plus forte raison dans celui de la névrose, ce dont nous avons le plus à souf­frir réside dans ces répétitions compulsives, et souvent inconscientes, qui nous renvoient de façon parfois irréduc­tible à ces lambeaux d’infantilisme, à ces modalités qui, dans notre économie, ont refusé de grandir. Cela aussi, nous pouvons en disserter autour d’un thème, et autour de Vénus. Mais nous devons préalablement nous assurer de bien saisir en quoi consiste la fonction que nous nous pro­posons d’analyser. Nous devons accepter, pour répondre au « pourquoi » des choses, de revenir à l’étude approfon­die des origines, à la genèse, à l’archaïsme et à l’analyse du développement, de l’évacuation et de la maturation des mécanismes qui nous intéressent.

C’est à cette démarche difficile et peut-être parfois spé­culative que je vous convie, démarche au terme de laquelle, après avoir beaucoup analysé, nous retrouverons probablement l’amour dont Vénus est « aussi », en effet, le symbole.

Retour péalable à la psychanalyse

Cette théorie nous servira ici de référence et de fil conducteur. Rappelons tout d’abord que, pour Freud, le « concept de pulsion » est un concept limite entre le somatique et le psychique. Cela veut dire que l’on ne peut considérer la pulsion comme étant uniquement liée au bio­logique, mais qu’il est également nécessaire de prendre en compte les représentations psychiques qui en sont les pro­longements. Cela induit également la notion d’interrela­tion définitive et permanente entre soma et psyché.

Les trois critères d’une pulsion

Rappelons également que la pulsion peut être caractéri­sée par trois critères : sa source, son but et son objet.

• La source de la pulsion concerne la zone corporelle, interne ou externe, qui est le lieu de l’excitation, suscep­tible en un second temps d’être érotisée. La source de la pulsion libidinalisée ancrée à l’origine dans la zone bucco- pharyngée se déploie et se déplace au fur et à mesure de l’évolution de la libido jusqu’à investir l’ensemble du corps et à trouver sa sommation dans l’économie génitale.

• Le but de la pulsion est toujours le même : parvenir à la satisfaction du besoin exprimé ou ressenti, c’est-à-dire résoudre la tension pulsionnelle et parvenir à un niveau moyen et constant de cette tension que l’on appelle l’homéostasie. Ce processus obéit à une compulsion systéma­tique, c’est-à-dire à un mécanisme impératif et indisso­ciable du fonctionnement pulsionnel.

• L’objet de la pulsion est contingent. La satisfaction et l’homéostasie peuvent éventuellement être atteintes par des moyens divers et des objets différents en fonction de la situation, des circonstances et des prédilections indivi­duelles.

Soulignons enfin que l’univers pulsionnel est à l’ori­gine régi par le processus primaire et le principe de plaisir. Cela veut dire que la pulsion tend à exiger la satisfaction immédiate, inconditionnelle et sans tenir compte de la temporalité ni des impératifs de la réalité. Au fur et à mesure du développement et de la maturation du sujet, le processus primaire et le principe de plaisir vont être peu à peu recouverts, canalisés, aménagés, structurés, liés par les processus secondaires et le principe de réalité qui vont permettre à la pulsion, et à l’individu, de tolérer la frus­tration, de surseoir momentanément à la satisfaction, de rendre compatibles les exigences internes et les impératifs externes, c’est-à-dire de se socialiser et de s’adapter au milieu environnant.

Toutes ces notions sont importantes et il convient de les garder en mémoire lorsqu’on se propose de comprendre Vénus. Ses positions en signe, par exemple, trouvent leurs dimensions et leurs significations dans ce schéma concep­tuel de la psychanalyse, et nous aurons à reprendre chacun de ces termes le moment venu.

Le Soleil du Lion ne concerne pas l’émergence de la vie. Il concerne l’émergence de l’être, ce qui est bien autre chose. La vie, elle, se donne à voir, se manifeste au monde avec l’exaltation du Soleil en Bélier, immédiatement dyna­misée, je veux dire agie, actualisée, par la présence réelle ou analogique, et la fonction de Mars, en domicile dans ce signe, dont l’énergie directionnelle, projective et compul­sive ne peut pas ne pas évoquer pour nous ce que Freud a appelé en effet les pulsions de vie. La pulsion est contem­poraine de l’avènement du sujet - peut-être même est-elle déjà en action in utero. La pulsion est une « poussée » iné­luctable, urgente et obstinée dont nous venons de voir qu’elle est liée au biologique et à la permanence de son maintien dans le registre du « vivant ». Autrement dit, il n’y a pas de pulsion « gratuite », il n’y a pas de pulsion en soi ni pour elle-même, et cette « poussée » afin de répon­dre à sa fonction comme à ses projets est obligatoirement liée au corps - la source - et assortie de mécanismes tra­ducteurs qui vont lui permettre de rencontrer l’objet qui procurera la satisfaction - le but.

Vénus va donc exprimer la perception sensorielle, le substrat corporel au travers duquel la pulsion se manifes­tera. Elle traduira le projet de cette pulsion et l’apaisement de la tension - Mars - par la rencontre avec l’objet externe.

Il est dès lors de la plus grande importance d’analyser systématiquement de façon conjointe Mars et Vénus, et les rapports qu’ils entretiennent éventuellement sont tou­jours significatifs quant à la problématique pulsionnelle du natif.

La double perspective de l’étude de Vénus

• Nous devons envisager que Vénus représente le jeu pulsionnel et que ses processus fonctionnels sont liés à ceux de la perception sensorielle.

• Nous devons garder en mémoire qu’elle est le lieu de rencontre avec l’objet de satisfaction et donc qu’elle annonce, prépare et suscite l’élaboration des processus cognitifs, autrement dit l’accession à la reconnaissance d’un monde extérieur dont fait partie l’objet, c’est-à-dire la différencia­tion moi et non-moi, l’élaboration des processus de sym­bolisation et donc du langage.

Et pour toutes ces raisons, Vénus doit être considérée comme garante de l’intégrité du sujet et de son propre sen­timent d’être, être un, unique, je veux dire différencié. Une fois encore, nous nous référons à la conceptualisation de Freud qui écrivait en 1915 : « Le concept de pulsion nous apparaît comme un concept-limite entre le psychique et le somatique, comme le représentant psychique des excita­tions… comme une mesure de l’exigence du travail qui est imposé au psychique en conséquence de sa liaison au cor­porel. »

Vénus est par conséquent intimement liée à ces deux registres dont nous allons voir qu’il serait vain de les considérer séparément. Mais soyons bien précis : Vénus est en rapport avec le cérébral, avec le psychique, en inter­relation constante avec lui, à sa limite, mais elle n’est pas le psychique, elle n’est pas le cérébral. Elle est avant tout le substrat corporel et perceptif lié au psychique par des « représentations » mentales qui sont des traductions abs­traites du vécu corporel.

Or, la limite du psychique renvoie également à la limite des notions dedans-dehors. Notre démarche analytique, à l’instar des destins de Vénus, observera donc un mouve­ment de spirale et centrifuge qui, partant du centre corpo­rel et pulsionnel, prendra peu à peu en compte la notion de limite pour atteindre celle d’extériorité où nous retrouve­rons la réalité de l’amour.

Nous tenterons d’éviter un écueil toujours présent dans cette sorte de conceptualisation : celui qui consiste à appré­hender les choses indépendamment les unes des autres alors qu’une approche globale est ici comme ailleurs indis­pensable quand il s’agit de comprendre l’homme. Il est certain que nous ne pouvons concevoir qu’en sériant les éléments de notre investigation intellectuelle, et que nous ne pouvons aborder ces éléments qu’en les nommant suc­cessivement. Mais il est très important de souligner que tous les mécanismes, tous les processus fonctionnels que nous allons aborder relativement à Vénus sont absolument contemporains les uns des autres quant à leur genèse et qu’ils entretiennent tous, dès le départ, des interférences qui président à l’évolution et à la maturation de l’ensemble.

Première symbolique de Vénus : le dedans du corps

La symbolique de Vénus concerne d’abord le « dedans », le dedans du corps. C’est là, dans l’économie même du biologique et du physiologique, qu’intervient la première fonction vénusienne : celle de permettre et d’enregistrer la nature, la fréquence et l’intensité des excitations pulsion­nelles qui viennent toujours de l’intérieur, du moins dans un premier temps. Ces excitations internes, qui sont des « forces d’impact momentanées » dit Freud, trouvent leur prolongement dans les sensations proprioceptives dues aux concentrations ou au relâchement des tissus muscu­laires et tendineux, par exemple, mais elles se traduisent essentiellement par les besoins vitaux comme la faim ou la soif, qu’il s’agit d’apaiser sans délai. Vénus concerne donc, en première acception, notre degré de perception interne, cénesthésique, et la traduction de nos besoins essentiels, c’est-à-dire de nos pulsions originaires. Elle nous renseignera ainsi sur le sentiment que peut avoir le sujet d’être en accord ou non avec ses propres forces pul­sionnelles, avec leurs exigences et leur intensité ; elle nous renseignera sur la certitude qu’a pu intégrer le natif d’être ou non « plein » de bonnes ou de mauvaises choses. Ainsi, nous trouverons des Vénus très abîmées chez les hypocondriaques, dont l’intérieur du corps est vécu comme le lieu d’un drame permanent et sans cesse menaçant. De même pour le mélancolique, qui s’identifie par introjection au « mauvais objet » qui le ronge de l’intérieur. De même enfin pour tous ceux chez qui le symptôme ne peut trouver à s’exprimer que par l’intérieur du corps, le dedans, vécu comme périssable, abîmé ou béant. Problématique dans laquelle j’inclurai volontiers la boulimie et le cancer.

C’est sur cette perception d’être sain ou non dans le « dedans » de soi, d’être ou non comblé de l’intérieur, autrement dit de parvenir à l’apaisement, sur ce sentiment de sécurité ou de fragilité intérieure, que va s’instaurer le narcissisme dit primaire parce qu’il concerne essentielle­ment le corps en tant que premier lieu d’investissement et d’« amour » de soi : sentiment de toute-puissance, d’auto­suffisance, d’autosatisfaction ; perception autocentrée et égocentrée du premier investissement, dont Vénus témoi­gnera parfois encore dans le thème du sujet adulte.
C’est à partir de ce narcissisme primaire, dont nous allons voir qu’il est très rapidement confirmé ou non dans le registre relationnel, que nous développons ultérieure­ment cette certitude de notre valeur interne, de nos dons, de nos capacités, de la fécondité de notre créativité à partir du « dedans » de nous-mêmes. La danse et le chant, par exemple, sont les créations humaines les plus investies sur le plan narcissique, pour la simple raison qu’il s’agit de créations à partir du corps propre et qu’elles sont directe­ment reliées à des reliquats du narcissisme originaire.

Vénus doit nous permettre d’apprécier cette « plénitude » ou, au contraire, cette blessure narcissique archaïque, cette béance interne que nous aurons intégrée en raison de frus­trations, de manque ou d’abandon et dont nous porterons les retentissements jusque dans la relation amoureuse de nos vies d’adultes, avec le même sentiment d’abondance et de certitude, donc de générosité, ou la même avidité insa­tiable qui nous inclinera sans cesse à recréer et à revivre la frustration, le manque et l’abandon.

Deuxième symbolique de Vénus : la limite de notre corps

Nous évoquions tout à l’heure, à partir du texte de Freud, la notion de limite. Vénus concerne la limite du corps, c’est-à-dire la peau, cette réalité différenciatrice, cette frontière entre le dedans et le dehors, cette enveloppe moïque [Néologisme du jargon psychanalytique] trouée d’orifices qui permettent le contact et la communication avec l’extérieur.

Le psychanalyste Didier Anzieu, après de longues années de recherche, nous a proposé un concept nouveau et tout à fait opératoire qu’il nomme le « moi-peau » et au sujet duquel il écrit ceci : « Par “moi-peau”, nous désignons une figuration dont le moi de l’enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même comme moi, à partir de son expérience de la sur­face du corps. Cela correspond au moment où le moi psy­chique se différencie du moi corporel sur le plan opératif et reste confondu avec lui sur le plan figuratif. »

Cette citation appelle quelques commentaires ; tout d’abord elle implique qu’il ne saurait y avoir de figuration psychique de soi sans la peau, qui donne au corps le senti­ment de sa propre limite. Elle induit par ailleurs que l’ap­pareil psychique ne peut se constituer et se différencier du somatique qu’à partir des expériences vécues au niveau de la peau. Elle réaffirme enfin ce que nous savions déjà par la lecture de Freud, que toute activité psychique s’étaie d’abord sur une fonction biologique et sur une expérience perceptive, non seulement de l’intérieur du corps, mais également de sa surface, autrement dit du contact entre le dedans et le dehors, dont la peau est l’agent médiateur. En conséquence, au niveau astrologique, on peut dire que l’expérience primaire de Vénus, en tant que limite du corps, précède la différenciation mercurienne et l’élabora­tion des premiers processus fonctionnels psychiques et cognitifs qui seront donc fonction de la nature de Vénus dans le thème.

En d’autres termes, et plus simplement : la perception précède et prépare la pensée ainsi que l’a souligné Henri Wallon, un autre psychanalyste spécialisé dans l’étude du développement infantile.

Vénus et ses différents niveaux de compréhension

À ce niveau, l’étude de Vénus se complexifie et nous devons envisager simultanément plusieurs niveaux de compréhension.

• Premièrement : c’est parce que Vénus est la limite entre le dedans et le dehors, lieu du percept, qu’elle est également médiatrice entre le somatique et le psychique, et instauratrice de la pensée. C’est encore pour ces raisons qu’elle est à l’origine de ce que nous appelons l’image inconsciente du corps, c’est-à-dire comme l’a si bien démontré Françoise Dolto « l’incarnation symbolique du sujet désirant ». Pour être inconsciente, cette image corpo­relle psychique de notre limite individuelle n’en est pas moins le fondement même de notre sentiment d’intégrité et d’individualité.

Vénus nous renseignera donc sur la stabilité, sur la structure, sur l’étanchéité de notre limite corporelle et sur la fiabilité de l’image inconsciente de notre propre corps. La validité de cette limite va nous instaurer, à travers l’intégration de cette image inconsciente du corps, dans notre différence, autrement dit dans l’intégration du moi et du non-moi.

Parfois l’extérieur peut faire effraction en nous-mêmes, en raison d’une trop grande fragilité de la limite. Nous savons que dans certaines psychoses infantiles, dans cer­tains cas de schizophrénie, cette image inconsciente du corps, déficitaire, renvoie à une limite corporelle carencée où le sentiment du dedans et du dehors est flou, mal ou peu différencié.

• Deuxièmement : ces notions de limite, de dedans et de dehors, de perception d’image inconsciente du corps et ces processus de symbolisation ne sauraient exister sans la relation entre l’intérieur et l’extérieur, sans la communica­tion. Dès le premier instant de sa vie, le petit d’homme entre en communication avec le monde extérieur même si, au départ, il ne peut avoir aucune « idée » de la réalité de cet environnement. Et cette première communication, essentielle, s’instaure d’abord sur la perception et au niveau du corps. Cette relation objectale, cette première commu­nication est l’exemple, le princeps de la relation d’amour.

Le premier objet d'amour, pour tout individu, c’est la mère, ou son substitut, qui peut aussi bien être le père à l’occasion. C’est la mère qui introduit la relation et qui entretient le système relationnel en stimulant son enfant, en répondant à ses signaux, en leur faisant écho, en les enrichissant de ses propres apports. Ce faisant, elle assure et confirme l’enfant dans le développement du sentiment d’existence de son propre corps et de ses propres limites en lui présentant la possibilité d’un autre ailleurs.

Cette première relation est essentiellement corporelle. S’il est vrai que l’enfant est « pris » dès avant sa naissance dans un flot de paroles, dans un bain de « signifiant », comme dirait Lacan, les premiers messages de son exis­tence lui parviennent par les sens et particulièrement par la peau, d’où il intégrera le sens de la parole et des choses. C’est ici, au niveau du corps-à-corps, que la relation pre­mière s’établit. Les soins relatifs à la nourriture ou à l’hygiène sont pour la mère et l’enfant des canaux de com­munication privilégiés où chacun trouve son compte de plaisir et de sensations diverses, qu’il s’agisse du corps de la mère ou du corps de l’enfant, objet d’attention constante et totalement intégré dans la relation, le corps de l’enfant pour lequel la toilette, par exemple, est l’occasion de rece­voir des « messages » maternels dans lesquels elle intro­duira plus ou moins d’amour, plus ou moins de son propre désir, plus ou moins de ses propres attentes et de son nar­cissisme.

Ce premier langage par le corps est fondamental parce qu’il est primaire et archaïque. Il est le paradigme même de toute communication. Ces rapprochements originaux entre la mère et l’enfant peuvent être considérés sur le même modèle analytique que la conversation entre adultes. Par la qualité et l’intentionnalité de ses gestes, la mère va commu­niquer au nom de l’enfant qu’elle a écouté, ce qu’il avait à transmettre et va ou non y répondre de façon adaptée.

Dans ces séquences relationnelles, il arrive aussi que la mère « coupe le message » de l’enfant, de la même façon qu’entre adultes il arrive que nous coupions la parole de l’autre, ce qui est une façon de nier son être et de refuser d’admettre que sa parole, comme toutes les paroles, est sacrée parce qu’elle témoigne de sa singularité, de son intégrité et de son individualité.

Je propose donc de considérer également l’analyse de Vénus sous cet autre aspect, par la nature de Vénus dans le thème, nous parviendrons à apprécier la qualité de la pre­mière relation objectale, avec la mère ou son substitut. En d’autres termes, nous aurons à trouver les réponses aux questions suivantes :

• en quoi cette première relation a-t-elle été satisfai­sante, sécurisante, cohérente ou frustrante ?

• en quoi a-t-elle donné du « sens à la communication », en quoi a-t-elle permis ou non la symbolisation ?

• en quoi a-t-elle préfiguré l’accession au langage ?

RETOUR A ÉROS

Cette première relation corporelle, fondamentale, va servir de tremplin aux premiers éléments de la structure psychique de l’enfant. Elle est le modèle archaïque à partir duquel le sujet aura tendance à moduler ses relations amoureuses ultérieures, que ce soit pour la reproduire purement et simplement, ou que ce soit pour la réparer dans le cas où elle aura été insatisfaisante. Dans le meil­leur des cas, les expériences ultérieures de l’enfance et de la jeunesse fourniront au sujet adulte des perspectives plus ouvertes, plus développées et plus matures dans les rela­tions amoureuses, mais le vécu archaïque de cette pre­mière relation objectale imprégnera à jamais tout le vécu affectif humain.

Il est un autre aspect fonctionnel de Vénus : cette rela­tion première, parce qu’elle est d’abord une expérience perceptive, est également et très tôt une expérience de plai­sir. Lorsque l’enfant tète sa mère, nous explique Freud, non seulement il éprouve la satisfaction de répondre à un besoin vital - la faim -, mais il éprouve en outre une certaine « prime de plaisir » qui s’ajoute à la satisfaction d’apaiser la faim. Plaisir lié à la tiédeur du lait, à sa saveur, à son odeur et à toutes les satisfactions internes et externes qui accompagnent l’acte de téter sans omettre, bien entendu, la spécificité du jeu relationnel que nous venons d’évo­quer. C’est ici l’origine de la libido sexuelle dont Vénus est également la représentation dans un thème astrolo­gique. On sait que cette libido suit une trajectoire qui, de stade en stade, va lui permettre d’investir peu à peu l’en­semble du corps pour trouver sa maturation définitive dans la sexualité génitale.

Sur le plan astrologique, Vénus en signe et selon ses aspects va mettre en évidence la qualité du développe­ment libidinal. Comment ce développement a-t-il pu suivre un cours satisfaisant et prédisposer à une sexua­lité génitale harmonieuse. Ou comment l’évolution de la libido a pu connaître des blocages momentanés par trau­matismes ou privation, qui l’ont entravée et ont constitué des nodalités, des fixations. Vénus nous rendra compte de ces fixations et, par conséquent, de ces pôles d’immaturité affectifs qui sont la cause de la plupart de nos souffrances puisque, inconsciemment, nous avons toujours tendance à rechercher de façon compulsive, dans nos relations d’adultes, cette satisfaction archaïque qui nous a été refu­sée.

Vénus concerne donc cette évolution libidinale dont les vicissitudes vont déterminer les destins qu’elle va suivre. À partir des stades oral, anal et phallique jusqu’au vécu de la transe œdipienne, Vénus doit être considérée comme un agent structurant et, finalement, comme un élément struc­tural du psychisme de tout individu.

La libido n’a de sens que par rapport à l’objet extérieur et dans la mesure où elle peut s’en satisfaire.

C’est le dernier aspect fonctionnel de Vénus, du moins dans le registre de l’humain corporel.

C’est Vénus, en présidant à ces choix humains, qui va marquer notre destin. C’est là, mais là seulement, que nous pouvons parler d’amour, dans ce corps-à-corps et ce cœur à cœur où notre Vénus se présente à l’autre, chargée d’une histoire, lourde déjà d’une expérience, et qu’elle s’offre à de nouveaux destins.

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Philippe Granger



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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

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