Le baptême de l’eau, le baptême du feu et de l’esprit. - Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000

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Le baptême de l’eau ; le baptême du feu et de l’esprit.

Kassel, le 30 juin 1909

Nous avons pu voir hier ce que signifiait le baptême du précurseur du Christ Jésus, le baptême de Jean. Et nous pourrons comprendre facilement aujourd’hui la différence qui sépare ce qu’on peut appeler le « baptême par le Christ » du baptême par Jean ; nous verrons alors plus clairement comment s’est exercée l’influence du Christ dans le monde.

Après avoir reçu le baptême de Jean, l’homme se trouvait dans un état anormal par rapport à l’état de conscience ordinaire pendant la veille. Nous avons vu, par exemple, que l’ancienne initiation reposait sur une séparation partielle du corps éthérique et du corps physique, étroitement unis par ailleurs, ce qui permettait à la vie du corps astral de s’imprimer dans le corps éthérique.

Le baptême de Jean provoquait également un état anormal. On plongeait le néophyte dans l’eau ; ce qui avait pour résultat de séparer le corps éthérique du corps physique, de le mener à une vision de sa vie, et à la conscience du lien de cette vie individuelle avec le monde divin des esprits. Celui qui sortait de l’eau en ayant réussi cette expérience savait désormais qu’un élément spirituel habitait en lui et il se trouvait étroitement lié à l’esprit caché derrière toute chose.

Il savait en outre que l’esprit qui se révélait ainsi en lui était le même que Moïse avait vu dans le Buisson ardent et dans l’éclair du Sinaï, Iahvé, le « Je suis le JE SUIS ». « eiéh asher eiéh ». - Quelle différence y avait-il entre cette conscience et celle d’un ancien initié ? Quand ce dernier se trouvait dans l’état anormal que nous avons décrit, il percevait les êtres divins qui étaient liés à la Terre avant que ne s’unît à elle celui que Zoroastre avait appelé Ahura Mazdâ, et Moïse, Iahvé. Le monde spirituel, dont l’homme était né, où il se trouvait encore à l’époque atlantéenne, objet de désir et de nostalgie pour les anciens Hindous, ce monde avait été perçu autrefois par la sagesse antique.

Mais le Dieu qui s’était tenu pendant longtemps éloigné de la Terre, pour n’en agir sur elle qu’avec plus de force lorsqu’après avoir exercé son action du dehors il s’approchait lentement d’elle, jusqu’au point que Moïse ait pu le reconnaître, ce Dieu, l’ancien initié ne le connaissait pas encore. Seuls, ces hommes qui furent initiés au sens de l’Ancien Testament perçurent quelque chose de l’unité des forces divines. Supposons qu’un initié ait passé par l’ancienne école occulte des Hébreux, qu’il ait reçu l’initiation sur le mont Sinaï au temps de l’antique civilisation hébraïque.

Il aurait été alors conduit à la connaissance du monde divin originel, celui dont l’humanité est issue. Porteur de cette sagesse antique, du don de contempler le monde divin, il aurait pénétré dans la science occulte des Hébreux. Il aurait pu se dire alors : Tout ce que je savais auparavant concernait les dieux qui se sont unis à la Terre avant que la divinité Iahvé-Christ ne s’y unît à son tour. Mais à présent, je sais que l’esprit essentiel, le chef de ces divinités, est celui qui, peu à peu, descend vers la Terre.

Par là, cet initié apprenait à identifier le monde spirituel qu’il avait connu avec le monde spirituel où régnait le Christ. Celui que Jean-Baptiste plongeait dans les eaux du Jourdain n’avait pas besoin d’être un initié ; il prenait conscience du lien qui unissait son individualité au grand Esprit, au Père de l’univers. Il est vrai que de rares individus obtenaient ce résultat ; le grand nombre acceptait ce baptême comme un symbole, un moyen de se mettre sous l’influence des enseignements du Baptiste et d’acquérir par la foi en sa parole la conviction que le Dieu Iahvé existait réellement.

Mais parmi ceux qui se firent ainsi baptiser, il y en eut qui s’étaient déjà préparés, au cours d’incarnations précédentes, à acquérir des connaissances par leur propre observation. Toutefois, l’état dans lequel le baptême de Jean plongeait un homme était un état anormal.

Jean baptisait avec l’eau, et le corps éthérique se séparait quelques instants du corps physique. Mais Jean se disait le précurseur de « Celui qui baptise dans le feu et dans l’esprit ». Le baptême dans le feu et dans l’esprit est descendu sur Terre grâce au Christ. Quelle est donc la différence entre le baptême de Jean-Baptiste et le baptême de feu et d’esprit que donne le Christ ? - On ne peut comprendre cette différence que si l’on en saisit les causes premières.

En ce qui concerne la compréhension du Christ nous ne sommes vraiment encore qu’à un début. Cette compréhension ne cesse de grandir, mais à notre époque, on ne peut encore s’en faire qu’une idée toute primitive. Ayez donc la patience d’acquérir avec moi par l’ABC cette compréhension du Christ.

Il faut d’abord bien remarquer que derrière tout événement physique se trouve un phénomène spirituel, même derrière des événements physiques tels que les actions humaines. L’homme moderne a peine à le croire. Il devra s’y faire peu à peu, et c’est alors seulement qu’il arrivera à la pleine compréhension du Christ. Ceux-là mêmes qui, à notre époque actuelle, admettent l’existence de l’esprit, ne croient pas vraiment que derrière tous les événements physiques se trouve un plan spirituel. Même lorsqu’ils sont idéalistes, leur inconscient pour ainsi dire se refuse à y croire.

Il y a par exemple un Américain qui collectionne soigneusement tous les faits susceptibles de prouver que, dans des états anormaux, l’homme s’élève dans un monde spirituel ; et il espère ainsi donner une explication à un grand nombre de phénomènes. Cet homme - William James - poursuit son œuvre très consciencieusement ; mais le meilleur des hommes ne peut rien contre la force des idées ambiantes. On ne voudrait pas être matérialiste, mais on l’est quand même. La philosophie de William James a eu une influence sur quelques savants en Europe, et c’est pour cette raison que nous voudrions illustrer par quelques exemples ce que nous venons de dire.

William James déclare entre autres choses :

L’homme ne pleure pas parce qu’il est triste, mais il est triste parce qu’il pleure. Jusqu’à présent, on avait toujours cru qu’il fallait d’abord que quelque chose se passât dans l’esprit et dans l’âme, pour se répercuter ensuite dans le corps, s’imprimer dans la nature physique. Si les larmes coulent, c’est qu’il s’est passé dans l’âme quelque chose qui les a provoquées. Même à notre époque où toute chose spirituelle est pour ainsi dire ensevelie sous le voile de la matérialité, pour y être retrouvée par un autre chemin spirituel, nous ressentons encore en nous des phénomènes qui nous viennent des temps reculés où l’esprit avait conservé toute sa puissance, et qui démontrent suffisamment de quelle façon agit l’esprit. Citons-en aujourd’hui deux exemples : le sentiment de la honte, et celui de l’effroi, de la peur.

Remarquons d’abord qu’il serait facile d’énumérer toutes les hypothèses que l’on fait pour expliquer ces deux sentiments. Nous les connaissons, mais les laissons intentionnellement de côté. - Quand l’homme a honte, il ressent intérieurement le besoin de cacher à son entourage ce qui se passe en son âme. Et quel en est l’effet physique ?

C’est celui du sang qui monte à la face, et y produit la rougeur. Ainsi donc, sous l’impulsion d’un mouvement de l’âme tel que le sentiment de la honte, quelque chose change dans la circulation du sang. Le sang est poussé vers la périphérie, et sa circulation qui est un phénomène physique - se trouve modifiée par un phénomène spirituel. - Quand l’homme a peur, c’est qu’il cherche à se garer de quelque chose qu’il considère comme une menace : il devient pâle, le sang se retire de la périphérie vers le centre. Ici encore, un phénomène extérieur a été produit par un mouvement de l’âme.

Rappelez-vous que le sang est l’expression du « je ». Quelle est l’impulsion d’un homme qui voit un danger s’approcher de lui ? - Il va rassembler ses forces, les concentrer. Or, le moi qui veut se ramasser sur lui-même, attire également le sang au centre de l’être. Voilà des exemples d’actions physiques provoquées par des mouvements de l’esprit et de l’âme. L’action est la même pour les larmes qui sont le résultat d’un état d’âme. Ce ne sont pas de mystérieuses influences physiques qui tirent les larmes des yeux et qui, ensuite, rendent l’homme triste parce qu’il sent couler les larmes ! La conception matérialiste renverse les choses les plus simples.

Les maux humains, et leurs rapports avec ce qui se passe dans l’âme sont conçus à notre époque sous une forme qui a été complètement retournée par la mentalité matérialiste. Mais, pour le moment, ce dont il s’agit uniquement, c’est de comprendre qu’un phénomène physique est bien le résultat de ce qui se passe dans l’âme, même là où il semble qu’il n’en soit pas ainsi ; s’il semble tout d’abord qu’un fait physique s’explique par lui-même, il faut ensuite arriver peu à peu à se rendre compte qu’il nous manquait encore d’en connaître la véritable cause, la cause spirituelle.

De nos jours, on n’est guère porté à reconnaître immédiatement l’esprit là où il est. Le savant étudie comment l’homme évolue depuis l’embryon jusqu’à l’état adulte. Et parce que ses observations reposent sur les moyens que la science lui offre, il croit que l’homme ne commence qu’avec le premier germe de la forme physique. Il ne croit pas qu’il y ait une cause spirituelle derrière ce germe physique, et que cette cause spirituelle s’unissant au physique élabore tout ce qui provient d’une incarnation antérieure. Certes, on peut très bien objecter que tout cela est une théorie intéressante, mais purement gratuite, puisque l’homme ne peut pas percevoir le spirituel derrière le physique. Ou bien encore on peut penser qu’il n’est pas intéressant d’acquérir cette connaissance du spirituel ; car qu’est-ce que cela peut bien changer au cours de l’univers, qu’on l’admette ou non ? Mais on se trompe lourdement en croyant que les résultats de cette connaissance n’intéressent pas la vie pratique.

Prenons comme exemple un homme qui nie absolument l’existence de l’esprit et de l’âme et qui ne comprend pas non plus qu’une action spirituelle puisse s’exprimer physiquement dans un cas comme celui, disons, d’une hypertrophie du foie. Sous l’impulsion de la science spirituelle, un autre homme accepte l’idée de cette pénétration du spirituel dans la matière, qui n’est tout d’abord pour lui qu’un pressentiment, puis une croyance, et qui devient enfin une connaissance, une observation suprasensible de l’esprit. Voici donc deux hommes dont l’un nie l’esprit et se contente d’observer avec ses sens, et dont l’autre possède ce qu’on peut appeler « la volonté de connaître l’esprit. »

Celui qui refuse la connaissance spirituelle devient de plus en plus faible ; par le fait qu’il ne nourrit pas assez son esprit - seule la connaissance spirituelle en serait la nourriture - il le laisse affamé, desséché. Cet esprit s’affaiblit ; il cède sous la pression de tout ce qui, dans l’organisme, n’a pas d’impulsion spirituelle, de principe d’organisation. Les forces de son corps physique et de son corps éthérique échappent de plus en plus à son contrôle.

Quant à celui qui nourrit son esprit et le fortifie, il prend par là peu à peu le contrôle de tout ce qui se passe dans ses corps physique et éthérique. Et c’est là un point très important pour lequel nous pourrions immédiatement citer un exemple qui joue à notre époque un grand rôle.

Nous savons que l’homme qui vient au monde a une double origine. Il a reçu son corps physique de ses parents, avec certaines dispositions bonnes et mauvaises inscrites dans la lignée du sang. Mais à ces dispositions se joint ce que l’enfant apporte de ses incarnations précédentes. Vous savez qu’on a tendance, aujourd’hui pour expliquer les maladies, à évoquer ces dispositions héréditaires. On abuse même de cette expression, cependant justifiée jusqu’à un certain point. Dès qu’un homme manifeste un trait qu’ont possédé ses ancêtres, on évoque l’hérédité.

Et, parce qu’on ignore l’apport de forces spirituelles venant des vies antérieures, on croit que ces dispositions héréditaires exercent une influence irrésistible. Si l’on savait quel apport spirituel vient de l’incarnation passée, on comprendrait son action à côté des effets de l’hérédité ; on saurait qu’en accroissant la force spirituelle on la verrait prendre le dessus sur la partie matérielle, c’est-à-dire sur les facteurs héréditaires. Un homme qui serait parvenu à une connaissance du spirituel pourrait donc dire : Si forte que soit en moi l’hérédité, je peux accroître ma force spirituelle et, grâce à elle, triompher des dispositions héréditaires. - Quand on ne travaille pas sa nature spirituelle, où rien n’est entré par hérédité, on devient esclave des caractères transmis par les parents ; et c’est ainsi que les superstitions du matérialisme nous ligotent toujours plus dans les liens de l’hérédité.

On s’y laisse complètement prendre si l’on ne triomphe pas à chaque instant du passé par une forte impulsion de l’esprit. Il ne faudrait naturellement pas, à une époque comme la nôtre, tomber dans un excès contraire et penser que tous ceux qui cultivent l’esprit sont nécessairement bien portants. L’homme n’est pas un individu isolé dans le monde ; il fait partie d’un ensemble et sa nature spirituelle doit encore se fortifier. Mais lorsqu’on l’a laissé s’affaiblir, même en nourrissant maintenant son esprit, on n’a pas immédiatement assez de forces pour triompher de ce qui vient du côté matériel ; du moins dans la prochaine incarnation, ce travail portera ses fruits. Tout dépend absolument de l’attitude que l’on prend à l’égard de l’esprit. Que l’on ne croie pas qu’il soit facile d’embrasser d’un seul coup d’œil tout ce qui entre ici en jeu.

On peut se tromper si facilement lorsqu’on ne juge que par les apparences ! On pourrait dire par exemple : « J’ai connu un homme qui était fervent disciple de l’anthroposophie. Or, les anthroposophes affirment que leur conception de l’univers fortifie la santé et que la vie peut même s’en trouver prolongée. Belle doctrine en vérité ! Cet homme est mort à 43 ans ! » Ce qu’on a vu, c’est que cet homme était mort à 43 ans. Mais est-ce là tout ? S’il n’avait pas connu l’anthroposophie, aurait-il atteint même quarante ans ? Cela, on ne l’a pas vu. Il se peut que sa vie se soit prolongée jusqu’à 43 ans grâce à l’anthroposophie.

Plus celle-ci pénètre la vie, plus ses effets s’y font sentir. Si quelqu’un veut voir ces conséquences immédiatement dans l’espace de temps qui s’écoule entre la naissance et la mort, il n’agit que dans des buts égoïstes, et n’acquiert l’anthroposophie qu’en vue d’un profit personnel ; s’il désire l’acquérir pour le bien de l’humanité, il la possédera pour toutes ses incarnations à venir. - On peut vraiment influencer son esprit en se consacrant à fortifier sa nature spirituelle. Et ce que nous devons comprendre, c’est qu’il est toujours possible de recevoir l’action de l’esprit et d’acquérir par là plus de contrôle sur tout son être. Quel est le moyen le plus actif, au stade actuel de notre évolution, pour recevoir ainsi en nous l’action de l’esprit ?

Nous venons de voir que la Science spirituelle, les recherches occultes, nourrissent l’esprit. Mais cette nourriture n’est encore que peu de chose ; elle augmentera toujours plus dans les incarnations suivantes. Il y a à cela toutefois une condition nécessaire que nous allons étudier maintenant.

L’anthroposophie enseigne comment est constitué l’homme, et quelle nature invisible se trouve derrière celle qu’on voit ; elle nous apprend que la nature essentielle de l’homme passe de vie en vie et vient s’unir par la naissance à l’élément physique et matériel hérité des parents. Elle nous montre en outre comment l’humanité s’est développée sur la Terre, parcourant de longues périodes de temps et arrivant, après la période atlantéenne, à la culture post-atlantéenne qui est la nôtre ; la Terre elle-même a passé par de nombreuses transformations.

Avant sa forme actuelle, elle fut ce que nous appelons l’ancienne Lune, puis avant cela encore l’ancien Soleil, enfin l’ancien Saturne. Ainsi, nous remontons de ce qui nous est le plus proche, de ce qui tombe sous nos sens, de ce que notre science étudie, jusqu’à cette histoire de l’univers qui aboutit au suprasensible. L’anthroposophie donne par là à l’homme une nourriture spirituelle qui ne vient pas des sens. Si nous entrons plus avant dans le détail de cette évolution, nous arriverons à faire vivre devant notre âme le tableau d’ensemble de tous les événements suprasensibles et ce tableau sera doué d’une propriété particulière.

Lorsque notre Soleil s’est détaché de la Terre, des êtres partirent avec lui. Leur guide, c’est le Christ ; c’est lui qui s’est éloigné avec le Soleil au temps de cette séparation. Tout d’abord, il a commencé à rayonner sa force vers la Terre, comme du dehors, puis il s’est approché de plus en plus de cette Terre. Zoroastre le vit encore sous la forme d’Ahura Mazdâ ; Moïse le contemple déjà dans les éléments extérieurs, et quand le Christ apparaît sur Terre dans le corps de Jésus de Nazareth, c’est toute la force christique qui s’unit à un corps humain. Ainsi, pour l’anthroposophie, le Christ est le véritable centre du tableau d’ensemble des réincarnations, de l’essence de l’homme et du Cosmos, etc.

Celui qui comprend vraiment l’enseignement anthroposophique se dit : Je peux étudier tout cela, mais je ne comprendrai que lorsque tout cet immense tableau me paraîtra relié à son foyer : le Christ. Je saisis bien la théorie de la réincarnation, des races humaines, de l’évolution planétaire, etc. Mais il faut ajouter à cela ce centre de la nature du Christ d’où rayonne une lumière qui se répand sur toutes les choses. C’est la figure centrale, et tout le reste s’y rapporte, ce reste que je ne puis comprendre qu’en fonction de l’être central !

Ainsi se présente l’enseignement anthroposophique. Il déroule une grande vue d’ensemble des événements du monde spirituel, mais il place au centre une figure principale : celle du Christ, et alors seulement les fragments du tableau deviennent compréhensibles. Ceux qui ont suivi les étapes de la science spirituelle sentent bien que tout doit être compris d’après cette progression. La science spirituelle elle-même se perfectionnera, et le niveau de notre connaissance du Christ sera dépassé par une connaissance plus haute encore.

L’anthroposophie aura donc toujours à grandir et à faire grandir en même temps celui qui tire d’elle sa force. En lui, la prédominance du spirituel sur le matériel s’affirmera de plus en plus. Parce que l’homme a aujourd’hui un corps hérité, il ne peut y provoquer que des phénomènes tels que rougir, pâlir, rire, pleurer ; mais plus tard, il acquerra toujours plus de maîtrise, il sera capable de spiritualiser par l’âme les fonctions du corps et d’occuper dans le monde extérieur le rôle d’un régulateur des forces spirituelles. La force du Christ règnera et agira en lui. C’est l’impulsion qui peut dès maintenant, là où elle est assez grande, aboutir au même but que se proposait l’antique initiation.

Celle-ci passait de la façon suivante : L’homme contemplait d’abord le grand tableau que l’enseignement anthroposophique lui rend aujourd’hui. Après cette préparation, il était plongé pendant trois jours et demi dans un sommeil semblable à la mort ; son corps éthérique détaché du corps physique planait librement dans le monde spirituel, témoin de ce monde. Il fallait que ce corps éthérique fût détaché ainsi pour que le disciple pût contempler le monde spirituel à travers ces forces éthériques. À l’état normal de la conscience de veille, on n’avait pas la libre disposition de ces forces ; il fallait pour cela un état anormal. Et même à l’égard de l’initiation le Christ a apporté une nouvelle force sur la Terre, car aujourd’hui, il est possible de devenir clairvoyant sans ce dégagement du corps éthérique.

Quand l’homme s’est suffisamment préparé pour recevoir en lui l’impulsion du Christ avec tant de puissance que cette impulsion agisse jusque sur la circulation de son sang (ne serait-ce que pour très peu de temps), il est apte désormais à recevoir l’initiation dans l’état de conscience qui est lié au corps physique. Voilà ce dont est capable l’impulsion du Christ. Celui qui peut vraiment s’abîmer si profondément dans les événements qui se déroulèrent jadis en Palestine par le mystère du Golgotha, qu’il se confonde avec eux, et voir ces événements comme tangibles devant lui, vivant d’une vie qui se communique à la circulation même de son sang, celui-là obtient le résultat qui était autrefois obtenu par le dégagement du corps éthérique.

Ainsi par l’impulsion du Christ, quelque chose est entré dans le monde qui permet à l’homme d’agir sur ce qui fait intérieurement battre son sang. Il n’y a plus d’état anormal, d’immersion dans l’eau, mais uniquement l’influence toute puissante de l’individualité du Christ. Le baptême ne se fait pas au moyen de quelque agent sensible, mais par une action de l’esprit, et sans que la conscience ordinaire subisse la moindre altération. Par l’impulsion spirituelle du Christ, il se déverse dans le corps quelque chose qui ne peut être provoqué d’ordinaire que par des actions physiques ou physiologiques, - le feu intérieur qui s’exprime dans la circulation du sang. Jean-Baptiste avait encore immergé ses disciples ; le corps éthérique se détachait, et l’homme pouvait voir le monde spirituel.

Mais lorsque l’impulsion christique elle-même agit, tout ce qui se passe dans le corps astral se déverse dans le corps éthérique, et l’homme devient clairvoyant. Voilà qui vous explique l’expression : baptiser par l’esprit et le feu. Vous saisissez aussi la différence entre le baptême de Jean et le baptême du Christ jusque dans la réalité des faits {20}. Ainsi donc, une nouvelle sorte d’initiés apparaît grâce à l’impulsion du Christ. Autrefois, quelques rares hommes devenaient les disciples des grands instructeurs et trouvaient l’accès des mystères.

Ils passaient par le dégagement de leur corps éthérique afin de pouvoir dire aux autres, comme des témoins : il existe un monde spirituel, nous l’avons vu. Comme vous voyez les plantes et les bêtes, nous avons vu le monde spirituel ! Ces « témoins oculaires » qui sortaient ainsi des profondeurs des mystères annonçaient l’Évangile de l’Esprit mais conformément à la sagesse du passé. Ils ramenaient les hommes vers cette antique sagesse dont toute chose est issue, tandis que la nouvelle initiation que le Christ a rendue possible permet d’observer le monde spirituel tout en restant uni au corps physique et à la conscience ordinaire.

Par cette nouvelle impulsion on acquiert la connaissance de ce qu’ont su les anciens initiés : c’est qu’il existe un monde spirituel, et qu’à nouveau on peut annoncer l’Évangile de ce monde spirituel. Ainsi donc, pour devenir un initié et annoncer cet Évangile dans le sens nouveau, le sens christique, il a fallu que la force contenue dans le Christ fût répandue sur ceux qui allaient être les messagers de cette force. Quand, pour la première fois, un initié chrétien est-il apparu ?

Il faut toujours, pour que l’évolution avance, que l’ancien s’unisse au nouveau. Il fallut de même que le Christ fît lentement passer l’ancienne initiation dans la nouvelle. Il dut créer une transition, pour ainsi dire, et compter avec certains usages de l’ancienne initiation, mais de telle sorte que tout ce qui venait des anciens dieux pût se déverser à travers l’entité christique. Le Christ entreprit l’initiation de l’un de ses disciples, celui qui devait dans la suite annoncer au monde son Évangile sous sa forme la plus féconde. Et le récit que fait Jean de la résurrection de Lazare est un voile sur cette initiation.

On a écrit bien des choses invraisemblables sur l’histoire de Lazare. Ce que ce récit cache n’a été compris que par ceux qui le tenaient de l’enseignement ésotérique et de leurs propres études, Je veux d’abord vous rapporter une parole très caractéristique de l’histoire de Lazare. Lorsqu’on annonce au Christ Jésus que Lazare est malade, il prétend : « Cette maladie ne va point à la mort, mais elle est là pour que Dieu se révèle en lui ! »

Cette maladie sert à la manifestation de Dieu en lui. C’est par une incompréhension du texte, qui en grec, portait le mot dosa, qu’on a traduit « l’honneur de Dieu ». Ce n’est pas pour honorer Dieu qu’est venue cette maladie, mais pour que Dieu en lui, qui était caché, sorte et se manifeste. Voilà le véritable sens de ce mot. Le divin qui se trouve dans le Christ doit se communiquer à l’individualité de Lazare et ce divin, cette divinité christique, doit se rendre visible en Lazare et pour Lazare.

Quand nous comprenons ainsi la résurrection de Lazare, elle nous devient vraiment claire. Ne croyez pas toutefois que les faits expliqués par la science spirituelle puissent apparaître immédiatement avec tant de clarté que n’importe qui puisse les accepter. Il faut souvent envelopper de voiles ce qui réside derrière ces faits occultes. Il est nécessaire qu’il en soit ainsi. Car celui qui désire bien comprendre ces sortes de mystères doit tout d’abord travailler par lui-même à surmonter les difficultés apparentes ; car par là son esprit grandit et se fortifie.

C’est précisément par la peine qu’il se donne pour trouver son chemin à travers ce qu’on lui dit qu’il arrive à découvrir l’esprit là où il se cache. Rappelez-vous que lorsqu’il est parlé de la « vie » qui aurait quitté Lazare, et que Marthe et Marie regrettent que cette vie n’ait pas été conservée à leur frère, Jésus répond : « Je suis la résurrection et la vie ! » La vie doit revenir à Lazare. Prenez tout à la lettre dans les Évangiles. N’y introduisez pas de fausses subtilités, mais prenez les mots à la lettre. « Je suis la résurrection et la vie ! » Qu’apporte donc le Christ lorsqu’il réveille Lazare ?

Qu’est-ce qui passe de lui à Lazare ? C’est la force qui émane du Christ, la vie. « Cette maladie ne va pas à la mort, mais par elle Dieu devient visible. » Les initiés antiques avaient été plongés trois jours et demi dans un sommeil semblable à la mort, et ensuite le Dieu en eux était devenu visible ; ainsi Lazare resta trois jours et demi au tombeau dans un état semblable à la mort. Mais le Christ Jésus savait parfaitement que par là s’achevait le mode des anciennes initiations. Il savait que cette mort apparente conduisait à quelque chose de supérieur, à une vie plus haute, et que Lazare pendant ce temps avait perçu le monde spirituel. Lazare avait pris en lui la force du Christ, la vision du Christ, de Celui qui est le Maître du Monde Spirituel.

Le Christ a déversé sa force en Lazare et après sa résurrection Lazare est un nouvel homme. - Il y a une parole dans l’Évangile de Jean qu’il faut remarquer ; c’est celle qui dit de Lazare que « le Seigneur l’aimait ». Cette parole revient au sujet du « disciple que le Seigneur aimait ». Il y a derrière ces mots un sens que seule peut nous révéler la chronique de l’Akasha.

Qui est donc Lazare après sa résurrection ? - Il est l’auteur même de l’Évangile de Jean ; c’est lui, Lazare, qui a été initié par le Christ. Le Christ a déversé le message de son propre être dans l’être de Lazare, afin que ce message du quatrième Évangile, l’Évangile de Jean, répande dans le monde la description de la vraie nature du Christ. C’est aussi pourquoi dans l’Évangile de Jean il n’est pas parlé du disciple Jean avant le récit de la résurrection de Lazare. Mais lisez le texte de près et ne vous laissez pas induire en erreur par ces théologiens étranges qui ont découvert qu’il y a un certain endroit de l’Évangile de Jean, au chapitre premier, verset 35, où le nom de Jean se rapporterait déjà à Jean l’Évangéliste. Il est dit : « Le lendemain, Jean se trouvait là de nouveau avec deux de ses disciples. »

Il n’y a absolument rien qui indique ici qu’il puisse être fait mention de celui qui devait être plus tard « le disciple que Jésus aimait ». Ce disciple n’apparaît pas avant la résurrection de Lazare. Et pour quelle raison ? Parce que celui-là est le même que ce Lazare qu’auparavant déjà le Seigneur avait aimé. Et s’il l’aimait ainsi, c’est qu’il l’avait reconnu invisiblement, dans son âme, pour être son disciple qui ressusciterait et porterait dans le monde le message christique.

C’est pourquoi le disciple « que le Seigneur aimait », n’apparaît qu’après la résurrection de Lazare. C’est seulement alors que l’individualité de Lazare est transformée, au sens du Christ, en celle de Jean. C’est un baptême qu’au sens le plus élevé du mot l’impulsion christique a accompli en Lazare. Lazare est devenu un initié d’un nouveau mode, et pourtant sous la forme encore ancienne de la léthargie, et par là une transition s’est accomplie de l’ancienne vers la nouvelle initiation.

Vous voyez par là avec quelle profondeur les Évangiles nous redonnent les vérités spirituelles que l’on peut retrouver aussi indépendamment des textes. L’investigateur spirituel doit savoir que tout ce qui se trouve dans les Évangiles peut être ainsi retrouvé par lui. Mais quand il rencontre dans l’Évangile de Jean ce qu’il avait découvert auparavant, il voit que cet Évangile est bien un témoignage de celui que le Christ Jésus lui-même initia. C’est pourquoi cet écrit est si profond.

On fait volontiers ressortir aujourd’hui les différences qui existent entre les autres évangiles et celui de Jean. Cela doit avoir une raison. Quand nous aurons avancé dans l’étude des autres évangiles, nous verrons que la différence a uniquement pour cause que l’auteur de l’Évangile de Jean avait été initié par le Christ lui-même. Essayons maintenant de trouver les relations qui existent entre les autres évangélistes et le Christ et de voir dans quelle mesure ils ont été baptisés de feu et d’esprit. Par là nous découvrirons les liens qui rattachent l’Évangile de Jean aux trois autres et nous pénétrerons toujours plus avant dans l’esprit du Nouveau Testament.

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Source : Rudolf Steiner - L’Évangile de Saint Jean dans ses rapports avec les trois autres Évangiles et notamment avec celui de Luc.


Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

5, impasse du mai
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