Nature et signification du karma - Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000

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Nature et signification du karma pour la personnalité, l'individualité, l'humanité, la terre et l'univers.

Conférence prononcée à Hambourg le 16 mai 1910 par Rudolf Steiner

Ce cycle de conférences va traiter de problèmes relevant de la science de l’esprit qui s’appliquent profondément à la vie.

Les différentes descriptions qui se sont succédé au fil des ans nous ont familiarisés avec l’idée que la science de l’esprit ne saurait être une théorie abstraite ni une simple doctrine, mais une source de vie et d’aptitude à l’existence.

Elle n’ac­complit sa tâche que si, à partir des connaissances qu’elle peut transmettre, quelque chose afflue en nos âmes qui rende celles-ci plus habiles et plus fortes pour l’action, quelque chose qui rende la vie plus riche et plus compréhensible.

Certes, celui qui, optant pour cette conception du monde qui est la nôtre, considère l’idéal qui vient d’être caractérisé en quelques mots, et examine un peu notre monde moderne afin de voir dans quelle mesure lui-même pourrait appliquer à cette existence ce qui lui vient de la théosophie, celui-là risquerait parfois d’en tirer une impression bien peu réconfortante.

Car si on examine sans parti pris tout ce que le monde prétend « savoir » aujour­d’hui, tout ce qui provoque chez les hommes tel sentiment ou telle action, on sera tenté de dire que tout ceci est si infiniment éloigné des pensées et des idéaux théosophiques que nous n’avons absolument aucune possibilité d’agir directement sur la vie à l’aide de ce qui nous est donné par la science de l’esprit.

Cependant, ce ne serait là qu’une évaluation bien superficielle de la situation ! Superficielle parce que par là, on ne tiendrait pas compte de ce que notre conception du monde elle-même nous permet de nous dire : quand les forces que la théosophie fait pénétrer en nous seront vraiment assez puissantes, elles trouveront le moyen d’intervenir dans le monde ; mais si rien n’était jamais fait pour intensifier ces forces, c’est leur inter­vention justement qui deviendrait impossible.

Mais autre chose encore peut nous apporter une sorte de consolation, même si un examen de cette nature tendait à nous désespérer, et c’est précisément l’objet des considérations prévues pour ces conférences : ce que l’on appelle le karma humain et le karma en général.

Car chaque heure que nous allons passer ici nous montrera davantage que rien ne doit être épargné pour rendre possible l’intervention des forces spirituelles dans la vie ; si nous croyons sérieusement au karma, nous devons avoir confiance qu’il nous apportera lui-même ce que nous aurons à faire pour développer nos forces.

Nous nous rendrons compte que si nous estimons ne pas être encore en mesure d’utiliser les forces puisées à notre conception du monde, c’est que nous n’avons pas renforcé ces énergies suffisamment pour qu’elles rendent possible que le karma facilite à son tour leur intervention dans le monde.

Ce qui devra vivre dans ces conférences n’est donc pas seulement une somme de connaissances sur le karma, mais aussi la confiance en celui-ci qui pourra s’éveiller chaque heure davantage, la certitude que le moment venu, demain ou après-demain ou dans de nombreuses années, notre karma nous présentera des tâches dans la mesure où notre adhésion à cette conception du monde comporte de ces tâches.

Le karma se présentera à nous comme un enseignement qui non seulement expose les relations des êtres et des choses dans le monde, mais qui aussi, par les explications qu’il nous fournit, peut en même temps nous apporter une satisfaction et une élévation de l’existence.

Mais, en fait, si le karma doit remplir une telle tâche, il est tout d’abord nécessaire que nous approfondissions la loi générale désignée par ce terme, que nous l’observions telle qu’elle s’applique à tout l’univers.

La nécessité s’impose ici de donner une définition, une explication des mots, chose que je ne fais pas en règle générale dans nos considérations de science de l’esprit, parce que les définitions ne mènent pas loin.

Nous commençons ordinairement par exposer des faits, et quand ces faits sont groupés et ordonnés convenablement, les concepts et représentations s’en dégagent d’eux-mêmes. Si certes nous voulions traiter à la même allure les vastes questions que nous allons envisager ces jours-ci, il nous faudrait beaucoup plus de temps que celui dont nous disposons.

C’est pourquoi il est nécessaire, cette fois, pour que vous me compreniez, que je donne, sinon une définition, du moins une sorte de description du concept qui va nous occuper pendant un temps. Les définitions n’ont pour but que de s’entendre sur le sens qu’on donne à un terme. C’est dans cette intention que nous allons décrire le concept de « karma », afin de savoir de quoi nous parlons lorsque l’expression « karma » sera utilisée dans ces conférences.

Maints exposés auront sans doute amené chacun de vous à se faire une idée de ce qu’est le karma. Un concept tout à fait abstrait du karma serait « la loi spirituelle des causes », la loi d’après laquelle certaines causes reposant dans la vie spirituelle produisent certains effets.

D’une part cette conception abstraite est trop étroite, de l’autre elle est beaucoup trop large. Si nous tenons à voir dans le karma une loi de « causes », alors nous le situons au niveau de ce que dans le monde on désigne en général sous le nom de « loi de causalité », loi de cause à effet.

Établissons d’abord ce que nous entendons par la loi de causalité d’une façon générale, là où nous ne parlons pas encore de faits et d’événements spirituels.

La science extérieure insiste beaucoup, de nos jours, sur le fait que sa valeur intrinsèque lui vient de ce qu’elle repose sur la loi générale de causalité, que partout elle ramène des effets aux causes correspondantes.

Mais de quelle manière ces effets sont ramenés à leurs causes, c’est là ce qui, à vrai dire, est déjà beaucoup moins évident pour les gens !

Vous pourrez en effet trouver aujourd’hui encore dans des livres qui se croient très savants et s’imaginent expliquer très philosophiquement les concepts, des formulations du genre de celle-ci : « Un effet, c’est ce qui dérive d’une cause. » Dire qu’un effet dérive d’une cause, c’est passer complètement à côté de la réalité.

Si nous observons par exemple les tièdes rayons du soleil tombant sur une plaque de métal et comment celle-ci s’en trouve échauffée, la science extérieure parlera de « cause et effet ».

Mais pouvons-nous dire que l’effet, réchauffement de la plaque de métal, ait sa seule cause dans le chaud rayon du soleil ? Si celui-ci porte déjà en lui cet effet, comment se fait-il qu’un rayon de soleil n’échauffe pas une plaque de métal lorsque celle-ci ne lui est pas présentée ?

Dans le monde des apparences, dans le monde inanimé qui est notre premier environnement, pour qu’une cause soit suivie d’un effet, il est toujours nécessaire que quelque chose vienne à la rencontre de cette cause.

Et si cette condition n’est pas remplie, on ne pourra jamais parler d’un effet engendré par une cause. - Il n’est pas superflu que nous commencions par cette remarque d’apparence très philosophique et abstraite, car si l’on veut progresser dans le domaine de la théosophie, il faut s’habituer à donner une grande exactitude aux concepts et ne pas les traiter aussi négligemment que c’est parfois le cas dans les autres sciences.

Mais alors, personne ne devrait parler de karma quand il s’agit simplement de causes de même nature que le rayon solaire réchauffant une plaque métallique. Il y a bien ici causalité : rapport de cause à effet ; mais nous n’arriverions jamais à nous faire une conception juste du karma si nous en parlions uniquement dans ce domaine. Nous ne pouvons donc pas appliquer le terme de karma à un simple rapport de cause à effet.

Passons à une conception plus élevée de la relation de causalité.

Supposons que vous ayez un arc, que vous le tendiez et que vous envoyiez une flèche. La tension de l’arc a provoqué un certain effet.

Le rapport entre cet effet (projection de la flèche) et sa cause, nous n’avons pas plus le droit de lui donner le nom de karma qu’à ce qui a été précédemment mentionné.

Mais si nous considérons un autre point dans cette suite de faits, nous commençons en un certain sens à nous rapprocher du karma, bien que nous ne nous en fassions pas encore une conception véritable, si nous réfléchissons au fait que l’arc, soumis à un usage fréquent, se détend peu à peu.

L’action de l’arc, l’usage que l’on en fait, n’a pas pour unique conséquence un effet qui s’extériorise, mais il sera suivi aussi d’un effet qui nous ramène à l’arc.

La tension continuelle de l’arc a une conséquence pour l’arc lui-même ; il y a production d’un effet qui revient à l’objet ayant provoqué cet effet même.

Ceci appartient déjà au concept de karma.

On ne peut concevoir le karma sans la production d’un effet retombant sur l’objet ou l’entité qui l’a provoqué, sans cette particularité d’une réaction de l’effet sur l’être qui en a été cause.

Nous nous rapprochons par conséquent quelque peu du concept de karma dans la mesure où nous découvrons que l’effet provoqué par un objet ou un être doit rebondir sur cet objet ou cet être lui-même.

Cependant, ce relâchement de l’arc par l’usage continu qu’on en fait, nous ne devons pas l’appeler le karma de l’arc, et voici pourquoi : si, pendant trois ou quatre semaines, nous avons tendu cet arc très souvent, si bien qu’il s’est détendu, nous avons en somme dans cet arc quelque chose de différent de ce qu’était l’arc encore raide il y a trois ou quatre semaines.

L’arc est devenu autre chose, il n’est plus le même. Par conséquent, quand l’effet de réaction est tel qu’il transforme totalement l’objet ou l’être en question, nous ne pouvons pas encore parler de karma.

Nous ne pouvons parler de karma que quand l’effet de réaction atteint le même être, ou bien que dans un certain sens au moins cet être est resté le même.

Nous venons donc de faire un pas de plus vers le concept de karma. Mais au fond, cette manière de le décrire ne nous en donne encore qu’une représentation très abstraite.

Si nous voulons pourtant le comprendre abstraitement, nous ne pouvons guère le faire avec plus d’exactitude qu’en l’exprimant comme nous venons de le faire.

Un seul élément s’ajoutera encore au concept de karma : si l’effet retombe sur l’être immédiatement, autrement dit, si la cause et l’effet en retour ont lieu simul­tanément, il n’est guère possible de parler de karma.

Car dans ce cas, l’être qui aurait produit l’effet l’aurait, au fond, voulu directement, l’aurait par conséquent prévu, et connaîtrait tous les facteurs qui auraient amené cet effet. Pour un tel cas nous ne parlerons tout de même pas de karma.

Ainsi par exemple, il n’en sera pas question si nous considérons un homme qui accomplit une action précise dans tel ou tel but déterminé et qu’ensuite, selon son dessein, tel effet qu’il a précisément voulu se produit.

En d’autres termes, il faut qu’entre la cause et l’effet il y ait quelque chose qui échappe de façon immédiate à celui qui engendre la cause, de telle sorte que la relation de cause à effet existe bien, mais sans qu’elle soit intentionnellement voulue par l’être lui-même.

Si cette relation n’appartient pas aux intentions du sujet qui produit la cause, il faut alors que l’existence d’un rapport de cause à effet ait sa raison ailleurs que dans les intentions de ce sujet.

Il faut donc que cette raison relève d’une loi déterminée. Ceci s’ajoute encore aux caractéristiques du karma : il faut que le rapport de cause à effet soit un rapport régi par une loi, et qui dépasse les intentions immédiates de l’être.

Nous avons ainsi réuni quelques éléments capables de nous éclairer sur le concept de karma. Mais tous ces éléments doivent confluer pour nous dans ce concept, et nous ne devons pas nous en tenir à une définition abstraite.

Car sinon, nous n’arriverions pas à comprendre les manifestations du karma dans les divers domaines de l’univers.

Ces manifestations du karma, nous aurons donc à les rechercher là où le karma nous apparaît tout d’abord : dans l’existence individuelle de l’homme.

Nous est-il possible de trouver quelque chose de semblable dans cette existence individuelle de l’homme, et quand pouvons-nous trouver ce que nous venons d’exposer à l’instant dans notre explication du karma ?

Nous trouverions quelque chose de ce genre si par exemple, en présence d’un événement de notre vie, nous pouvions nous dire : cet événement qui se présente à nous se trouve dans une certaine relation avec un événement antérieur, auquel nous étions nous-même associé, dont nous avons été nous-même la cause.

Efforçons-nous tout d’abord de constater si la simple observation de la vie ne nous révèle rien de semblable. Nous allons donc nous placer maintenant au point de vue de l’ob­servation purement extérieure. Celui qui ne se livre pas à ce genre d’observations ne pourra jamais parvenir à une connais­sance des lois régissant la vie.

De même celui qui n’a pas observé le choc de deux boules de billard ne pourra pas découvrir la loi d’élasticité qui se manifeste dans ce choc. L’observation de la vie peut nous mener effectivement à la conception de rapports régis par des lois. Prenons pour cela une relation déterminée.

Supposons que, par suite d’un événement quelconque, un jeune homme ait été écarté à l’âge de dix-huit ans de la profession à laquelle il semblait jusque-là être destiné.

Admettons qu’il suivait des études, qu’il s’était préparé par ces études à une profession qui en découlait ; un malheur survenu par exemple à ses parents l’oblige à abandonner ces études et à entrer dans la carrière commerciale à l’âge de dix-huit ans.

Si l’on observe sans parti pris des cas de ce genre, tels qu’ils arrivent dans la vie, du même œil qu’on observe en physique le phénomène du choc de boules élastiques, on constatera par exemple que les expériences liées à la profession de commerçant stimulent tout d’abord le jeune homme, qu’il s’acquitte bien de ses devoirs, apprend quelque chose, peut-être même qu’il acquiert une grande habileté.

Mais on pourra aussi observer qu’au bout d’un certain temps, une chose toute différente commence également à se faire jour, une certaine lassitude, une insatisfaction. Celle-ci ne s’est pas manifestée tout de suite.

Si le changement de profession est survenu à l’âge de dix-huit ans, les années qui lui succèdent ont pu s’écouler tranquillement, mais peut-être vers la vingt-troisième année, il va s’avérer que quelque chose qui semble inexplicable s’installe dans l’âme.

En poursuivant son investigation, on pourra souvent remarquer, si le cas est clair, que la lassitude qui se manifeste cinq ans après le changement de profession s’explique si l’on remonte à la treizième ou quatorzième année du jeune homme.

Car, très souvent, nous devons chercher les causes d’un phénomène de ce genre environ autant de temps avant le changement de profession que ce qui s’est écoulé entre celui-ci et l’événement comme celui que nous avons décrit.

À l’âge de treize ans, cinq ans par conséquent avant le changement de profession, la personne en question peut, dans le cadre de ses études, avoir reçu dans sa vie affective quelque chose qui lui a procuré une sorte de bonheur intérieur.

Supposons que le changement de profession ne soit pas intervenu ; alors, ce à quoi le jeune homme s’était habitué à treize ans aurait continué à vivre et aurait porté tel ou tel fruit. Mais le changement de profession s’est effectué, ce qui, tout d’abord, a intéressé le jeune homme et a captivé son âme.

Ce qui est entré de la sorte dans sa vie psychique a repoussé ce qui s’y trouvait auparavant. Tout ceci peut être refoulé pendant un certain temps, mais le fait même d’être refoulé lui fait gagner à l’intérieur une force particulière, c’est pour ainsi dire une force de tension intérieure qui s’amasse.

C’est comme si nous comprimions une balle élastique : nous pouvons le faire jusqu’à une certaine limite, après quoi elle résiste et, quand nous la laissons aller, elle se détend avec une force d’autant plus grande que nous l’avons davantage compri­mée.

Des expériences comme celles ici décrites qui se sont développées chez le jeune homme à l’âge de treize ans, puis affermies ensuite jusqu’au changement de profession, peuvent aussi, en quelque sorte, être comprimées ; mais, au bout d’un certain temps, une résistance se fait jour dans l’âme.

On peut voir par la suite cette résistance s’accroître jusqu’à devenir assez forte pour se manifester dans des effets.

L’âme étant privée de ce qu’elle aurait eu si le changement de profession n’avait pas eu lieu, ce qui est refoulé finit par s’affirmer et se manifeste dans une insatisfaction, une lassitude à l’égard de tout ce qu’offre l’entourage.

Nous avons donc ici le cas d’une personne ayant vécu et accompli certaines choses entre sa treizième et sa quatorzième année, qui plus tard a fait autre chose, s’est tournée vers une autre profession, et nous voyons ces causes suivre leur cours de sorte que dans leurs effets elles retombent, rebondissent plus tard sur le même être.

Dans un cas de ce genre, il nous faudrait appliquer le concept de karma à la vie individuelle de l’homme. Et il serait vain d’objecter : nous connaissons des cas où rien de semblable n’est arrivé ! Cela se peut.

Toutefois, jamais un physicien qui se propose d’étudier les lois qui régissent la chute d’une pierre tombant à une vitesse donnée, ne pré­tendrait que la loi cesse d’être juste si la pierre, par l’effet d’un coup, est détournée de la direction prise.

Il faut apprendre à observer correctement et exclure les phénomènes qui n’entrent pas dans le cadre de la loi. Il est évident que le dégoût qui, si rien n’intervenait, apparaît à vingt-trois ans chez cette personne comme effet des impressions reçues à treize ans, ne l’atteindrait pas si, par exemple, elle s’était mariée entre-temps.

Mais il s’agirait là de quelque chose dont l’influence sur la mise en évidence de la loi fondamentale est nulle. Il importe par contre que nous trouvions les facteurs qui peuvent nous mener à une loi. L’observation en soi n’est encore rien ; seule l’observation méthodique nous mène à la connaissance de la loi. Encore faut-il, quand il s’agit d’étudier la loi du karma, instituer de la bonne manière ces observations méthodiques.

Supposons, pour reconnaître le karma chez l’individu, qu’une personne soit frappée à vingt-cinq ans par un coup cruel du sort.

Elle en éprouve une grande douleur. Si nos observations sont menées de telle manière que nous nous contentons de remarquer : le destin cruel a frappé cette vie, l’a remplie de peine et de souffrance, si nous ne dépassons pas la simple observation, nous n’atteindrons jamais à la connaissance du rapport karmique.

Mais si nous allons plus loin et observons à l’âge de cinquante ans la vie de cette personne, si durement touchée dans sa vingt-cinquième année, nous en tirerons peut-être une chose qui pourrait être formulée ainsi : l’homme qui est l’objet de notre observation est devenu diligent et actif, doué de toutes sortes de capacités face à l’existence ; remontons maintenant le cours de sa vie.

Nous trouverons qu’à vingt ans il n’était encore qu’un bon à rien, il ne voulait rien faire du tout ; à vingt-cinq ans, il fut ensuite frappé par ce coup du sort. Sans ce malheur, pourrait-on dire, il serait resté un inutile. Ainsi le cruel coup du sort a été la cause de ce que nous nous trouvons devant un quinquagénaire capable et actif.

Un fait de ce genre prouve que nous faisons fausse route si nous regardons le coup du destin survenu à vingt-cinq ans comme un simple effet.

Car si nous nous demandons de quoi il a été la cause, nous voyons que nous ne pouvons pas nous limiter à la simple observation. Mais ne considérons pas un malheur de ce genre comme un effet ; n’y voyons pas l’abou­tissement des phénomènes qui l’ont précédé ; plaçons-le au contraire à l’origine des événements qui ont suivi et envisageons-le comme une cause.

Il nous faudra alors reconnaître que nous pouvons modifier de fond en comble le jugement qui provient de notre sentiment et de nos impressions vis-à-vis de ce coup du sort.

Si nous n’y voyons qu’un effet, peut-être serons-nous tristes d’en voir cet homme atteint. Si nous le considérons au contraire comme cause de ce qui est ultérieur, peut-être pour­rons-nous nous en réjouir, car c’est grâce au destin qui l’a frappée, pourrons-nous dire, que cette personne est devenue quelqu’un comme il faut.

Ainsi voyons-nous se modifier une part essentielle de nos sentiments selon que nous considérons un événement de la vie comme une conséquence ou une cause.

Il n’est donc pas indifférent de voir dans tout ce qui peut survenir dans la vie d’un homme un simple effet ou une cause.

Certes, si notre observation se situe au moment où le douloureux événement vient de se produire, il ne nous est pas encore possible d’en percevoir l’effet immédiat.

Mais, si l’observation de cas de ce genre nous a permis de nous former une idée de la loi du karma, celle-ci peut nous montrer alors que si un événement actuel nous semble douloureux, c’est qu’il nous apparaît uni­quement comme l’effet de ce qui a précédé.

Mais on peut aussi considérer cet événement comme un point de départ, et nous pressentons alors que de lui proviennent des effets qui éclairent la chose d’une tout autre lumière !

La loi karmique peut devenir ainsi source de consolation. Cette consolation n’existerait pas si nous gardions l’habitude de considérer l’événement comme une fin et non comme un commencement d’une série de manifestations.

Il s’agit donc pour nous d’apprendre à observer la vie dans la mesure où elle obéit à des lois et à distinguer ce qui dans les choses correspond à des effets et à des causes.

Si nous menons de telles observations de manière vraiment approfondie, dans toute vie humaine individuelle nous apparaîtrons des résultantes qui se déroulent avec une certaine régularité, et d’autres qui nous paraissent irrégulières. C’est ainsi que celui qui observe la vie humaine - et dont le regard porte plus loin que le bout de son nez - découvre dans celle-ci des relations remarquables.

De nos jours malheureusement, on n’observe les événements que sur de très courtes périodes, à peine sur quelques années ; et on n’est pas habitué à établir un rapport entre ce qui se passe au bout d’un grand nombre d’années et ce qui a pu se présenter antérieurement comme cause.

C’est pourquoi bien peu de gens savent de nos jours mettre en rapport deux événements séparés par le commencement et la fin de la vie, bien que ce rapport soit extraordinairement instructif.

Supposons que nous ayons élevé un enfant pendant les sept premières années de son existence et que nous n’ayons pas procédé comme cela se passe d’habitude, que nous ne soyons pas partis de la croyance selon laquelle, si quelqu’un doit devenir un homme convenable dans la vie, il faut que ce soit comme ci et comme ça, qu’il corresponde absolument à notre idée de ce que doit être un homme convenable.

Car dans ce cas nous aurions voulu inculquer à l’enfant, autant que possible, tout ce qui, selon nous, doit exactement en faire un honnête homme.

Si, toutefois, nous savons qu’on peut être un brave homme de bien des manières et qu’il n’est en aucune façon nécessaire de nous représenter comment le deviendra, selon ses dispositions naturelles, celui qui n’est encore qu’un enfant, nous pourrons alors nous dire : Quelles que soient les concep­tions que je me fais d’un homme convenable, il faut que l’homme que cet enfant sera appelé à devenir résulte des meilleures dispositions qui auront été tirées de lui - ceci étant peut-être l’énigme à résoudre !

Et à partir de là, on pourra se dire :

Qu’importent tous ces principes ou autres auxquels je peux adhérer ? L’enfant doit lui-même ressentir le besoin de faire telle ou telle chose ! Si je veux le développer selon ses dispositions individuelles, il faut que j’essaie de cultiver les besoins qui sont dans sa nature, de les dégager afin qu’avant tout l’enfant ressente le besoin d’agir selon sa propre nécessité.

Nous voyons par là qu’il y a deux méthodes tout à fait différentes d’agir à l’égard de l’enfant durant les sept premières années de sa vie.

Si nous observons la suite de cette vie, une longue période s’écoulera sans que se manifeste clairement l’effet de ce que nous avons apporté de la manière décrite à l’enfant pendant les premières années.

L’observation de la vie nous révèle en fait que les effets essentiels de ce qui a été déposé comme des germes dans l’âme enfantine ne se manifestent en réalité qu’en tout dernier lieu, c’est-à-dire au déclin de la vie.

L’homme peut rester spirituellement très actif jusqu’à la fin de sa vie lorsque dans son enfance on l’a éduqué en tenant compte de sa vie intérieure, de ce qui vit en lui. Si nous nous sommes ouverts aux forces intérieures qui sont en lui et que nous les avons aidées à se développer, nous en verrons surgir les fruits dans la vieillesse sous la forme d’une riche vie de l’âme.

Par contre, dans une âme desséchée et appauvrie, et par voie de conséquence aussi - car, nous le verrons plus loin, une âme desséchée agit aussi sur le corps - dans les infirmités de l’âge, apparaissent les erreurs que nous avons commises durant son enfance.

C’est ici une manifestation en quelque sorte régulière de la vie humaine, de la loi de cause à effet commune à tous les hommes.

On pourrait constater des rapports semblables dans les périodes plus proches du milieu de la vie, et nous y reviendrons.

La façon dont on a traité un enfant entre sept et quatorze ans se répercute dans ses effets au cours de l’avant-dernière période de la vie.

Nous voyons donc les causes et les effets se dérouler de manière cyclique, comme en un cercle. Les causes les plus anciennes sont celles dont les effets sont les plus tardifs.

Mais il n’y a pas que ce genre de causes et d’effets dans la vie de l’individu, il existe un autre enchaînement qui se poursuit en droite ligne à côté de celui qui est cyclique.

L’exemple de l’influence que peut exercer la treizième sur la vingt-troisième année nous a montré que le rapport de cause à effet s’exerçant dans la vie humaine entraîne que les expériences faites par l’individu sont suivies d’effets qui retombent sur celui-ci.

C’est ainsi que le karma s’accomplit dans une vie individuelle.

Mais nous n’arriverons pas à expliquer la vie humaine si nous ne cherchons les rapports de cause à effet qu’au sein de cette seule vie. Sur quoi se fonde l’idée qui vient d’être effleurée et comment la développer, les conférences suivantes le montreront.

Rappelons seulement que la science de l’esprit présente la vie comprise entre la naissance et la mort comme la répétition de vies humaines antérieures.

Or, si nous cherchons à voir ce qui caractérise cette vie comprise entre la naissance et la mort, nous pourrons dire que c’est le fait d’une seule et même conscience - au moins en ce qu’elle a d’essentiel - s’étendant sur toute la durée de la vie.

Si vous vous rappelez les périodes écoulées de votre vie, vous direz : Il y a pourtant un moment qui ne coïncide pas avec celui de ma naissance, mais qui lui est un peu postérieur, et où commencent mes souvenirs.

C’est ce que diront tous ceux qui ne sont pas des initiés : que leur conscience, donc, ne remonte pas plus loin.

Ce moment où commence le souvenir représente au fond quelque chose de très particulier dans tout le temps qui sépare la naissance de la mort.

Nous y reviendrons aussi et cela nous éclairera sur des faits importants. Mais si nous n’en tenons pas compte, nous pouvons dire : la vie entre la naissance et la mort se caractérise par le fait d’une même conscience s’étendant à toute cette durée.

Même si dans la vie ordinaire l’homme n’a pas coutume de chercher dans les périodes précédentes de sa vie les causes d’une chose qui lui arrive à un âge avancé, il le pourrait pourtant, en devenant suffisamment attentif à toutes choses et en recherchant leur sens. Il le pourrait au moyen de la conscience dont il dispose en tant que conscience du souvenir.

Si, à l’aide de cette faculté du souvenir, l’homme essayait de vivre inté­rieurement le rapport karmique entre les événements passés et à venir, il parviendrait au résultat suivant. Il dirait par exemple : Je m’aperçois que certains événements de ma vie n’auraient pas eu lieu si telle ou telle chose ne s’était pas passée dans une période antérieure de ma biographie. Il se dirait peut-être : Il faut que je subisse maintenant les conséquences de l’éducation que j’ai reçue.

Cette simple découverte du rapport entre, non point le mal qu’il a fait, mais les torts qui lui ont été causés, et des événements postérieurs, lui sera déjà d’un grand secours. Il trouvera plus facilement le moyen de réparer les dommages dont il a été victime.

La connaissance des rapports de ce genre entre les causes et les effets touchant des périodes biographiques différentes qu’embrasse notre conscience ordinaire, peut déjà nous être utile au plus haut degré pour notre vie. Bien plus, si nous acquérons cette connaissance, nous pourrons peut-être encore faire autre chose.

Sans doute, si un vieillard regarde en arrière pour retrouver les causes d’événements de sa quatre-vingtième année, causes qu’il devra chercher dans sa plus tendre enfance, il aura peut-être beaucoup de peine à trouver les moyens de remédier à ce qui lui fut fait, et toute indication à cet égard ne lui servira pas à grand-chose.

Mais s’il s’instruit plus tôt de ces choses et qu’il examine les fautes commises à son égard, par exemple si dès sa quarantième année il cherche à y parer, il aura sans doute encore le temps de trouver certains remèdes.

Nous voyons donc que nous devons tirer les enseignements non seulement du karma le plus immédiat, mais du karma en général et du rapport interne de nécessité qu’il représente.

Cela peut nous être un soutien dans la vie. Que fait donc quelqu’un qui, à quarante ans, entreprend d’éviter les mauvais effets de torts qui, quand il avait douze ans, lui ont été causés ou qu’il a lui-même causés ?

Il essaiera de réparer le mal qu’il a fait ou dont il fut l’objet et de prévenir par tous les moyens l’effet qui devrait en résulter. Il remplacera même en quelque sorte par un autre effet celui qui aurait dû se manifester s’il n’était pas intervenu.

La connaissance de ce qui s’est passé quand il avait douze ans l’amènera à une action précise à quarante ans. Il ne l’aurait pas entreprise s’il n’avait pas reconnu ce qui s’est produit dans sa douzième année. Qu’a donc fait cet homme grâce à la rétrospective de sa vie d’autrefois ?

Il a lui-même sciemment fait suivre une cause d’un effet précis. Il a voulu l’effet qu’il a amené maintenant à se produire. Ceci nous montre comment la volonté peut intervenir dans le développement des suites karmiques et remplacer par une véritable création les effets karmiques qui, sans cela, seraient intervenus.

Si nous considérons ce rapport que, tout à fait sciemment, notre conscience établit entre une cause et un effet dans la biographie, nous pourrons dire que pour l’homme dont nous avons présenté le cas, le karma ou la nécessité karmique a pénétré dans sa conscience ; il a en quelque sorte provoqué lui-même un effet karmique.

Appliquons maintenant à ces mêmes réflexions ce que nous savons des vies successives de l’homme sur la terre. La conscience dont nous venons de parler qui s’étend, sauf l’exception men­tionnée, à la vie entière entre la naissance et la mort, est due au fait que l’homme peut se servir de l’instrument de son cerveau.

Quand l’homme franchit la porte de la mort, apparaît un autre genre de conscience, indépendante du cerveau et soumise à des conditions essentiellement différentes.

Nous savons que devant cette conscience qui s’étend jusqu’à la prochaine naissance apparaît une sorte de rétrospective de tout ce que l’homme a fait entre la naissance et la mort.

Au cours de sa vie terrestre, il faut d’abord qu’il prenne la résolution de chercher les fautes commises à son égard s’il veut réellement en diriger karmiquement les effets vers sa vie.

Après la mort, la vision rétrospective de son existence lui montre ses fautes, d’une façon générale ses actions, et ce qu’elles ont fait de son âme ou sur son âme.

Il voit comment tel acte a diminué ou accru sa valeur. Si par exemple nous avons fait du mal à autrui, notre valeur s’en est trouvée rabaissée ; nous valons moins pour ainsi dire, ayant commis ce mal, nous sommes devenus plus imparfaits.

Or, dans la vision rétrospective après la mort, nous sommes confrontés à un grand nombre de cas devant lesquels nous nous disons : cette action nous a rendus plus imparfaits.

Mais cette constatation fait naître dans la conscience du mort la force et la volonté de tout faire, dès que l’occasion s’en présentera à nouveau, pour regagner la valeur perdue ; autrement dit : la volonté de compenser le mal commis.

Entre la mort et une nouvelle naissance, l’homme prend donc la résolution de réparer le mal qu’il a occasionné, de tout faire pour reconquérir le degré de perfection qu’il doit posséder en tant qu’homme et qui s’est trouvé exclu par cette manière d’agir.

Il retourne ensuite à l’existence, sa conscience change de nouveau ; il ne se souvient pas du temps qui s’est écoulé entre sa mort et une nouvelle naissance, ni de la résolution prise de compenser certaines choses.

Mais cette résolution est ancrée en lui. Même s’il ignore qu’il doit faire telle ou telle chose pour réparer ceci ou cela, il sera poussé par la force qui est en lui vers une action compensatrice.

Et nous pouvons maintenant nous représenter ce qui arrive quand, à l’âge de vingt ans par exemple, un homme est frappé d’une grande douleur.

Sa conscience terrestre ne ressent que le poids de la souffrance. Mais s’il se rappelait les résolutions qu’il a prises durant l’existence entre mort et nouvelle naissance, il décèlerait en même temps la force qui l’a poussé vers le lieu où cette douleur pouvait l’atteindre, parce qu’il a senti que l’affronter était le seul moyen d’atteindre le degré de perfection perdu.

Ainsi, bien que la conscience ordinaire ne voie que la souffrance qui l’oppresse et ne considère que l’effet de celle-ci, la conscience qui embrasse aussi le temps compris entre la mort et une nouvelle naissance peut avoir pour intention de rechercher précisément la souffrance ou un quelconque malheur.

Et c’est là en effet ce qui s’offre à nous, quand nous considérons la vie humaine d’un point de vue plus élevé. Nous voyons alors qu’il y a dans la vie humaine des événements de la destinée qui ne sont pas les effets de causes survenues dans cette seule vie, mais dont les causes émanent d’une autre conscience, de celle qui réside au-delà de la naissance et par laquelle notre vie existe antérieurement à ce qui s’est déroulé depuis que nous sommes nés.

En saisissant avec précision cette pensée, nous dirons que nous avons donc d’abord une conscience qui s’étend entre la naissance et la mort et que nous appellerons conscience personnelle, la personnalité étant ce qui se manifeste entre naissance et mort.

Nous voyons ensuite qu’une conscience ignorée de l’homme à l’état ordinaire peut agir par-delà naissance et mort exactement de la même manière que la conscience ordinaire.

C’est pourquoi nous avons commencé par décrire comment on peut se charger soi-même de son karma et entreprendre, à quarante ans par exemple, de compenser, avant que ses effets ne nous atteignent, une chose dont les causes remontent à la douzième année.

Dans un tel cas on prend le karma en soi, dans sa conscience personnelle. Si, au contraire, l’homme est attiré vers un lieu où il pourra subir une souffrance qui répare sa faute et fasse de lui un homme meilleur, là aussi c’est lui qui l’aura voulu - seulement l’impulsion ne vient pas de la conscience personnelle, mais d’une conscience plus vaste qui embrasse le temps compris entre la mort et une nouvelle naissance.

L’entité dont cette conscience se saisit, nous l’ap­pellerons l’individualité de l’homme, et conscience individuelle cette conscience qui est sans cesse étouffée par la conscience personnelle. Ainsi la manière dont agit le karma se rapporte à l’individualité humaine.

Cependant, nous ne comprendrions pas la vie humaine si nous nous contentions de suivre la série des phénomènes comme nous l’avons fait jusqu’à présent, si nous ne considérions dans l’homme que les causes qui sont en lui et les effets qui le concernent.

Il nous suffira d’évoquer intérieurement un cas tout simple en nous en tenant à l’essentiel et nous verrons aussitôt que nous ne comprenons pas la vie humaine quand nous ne tenons compte que de ce qui a été dit jusqu’ici.

Prenons un inventeur ou un explorateur, par exemple Christophe Colomb, ou l’inventeur de la machine à vapeur, ou tout autre. Dans toute découverte, il y a un acte précis.

Si nous examinons la manière dont l’homme a accompli cet acte et si nous recherchons ensuite la cause qui l’a amené à l’accomplir, nous en trouverons toujours du genre de celles dont nous avons parlé. Ainsi pourquoi Colomb s’en alla-t-il en Amérique ?

Pourquoi justement prit-il cette résolution à un moment précis ? Nous en trouverons les causes dans son karma individuel et personnel.

Mais nous pouvons maintenant nous demander : la cause doit-elle être recherchée uniquement dans son karma personnel et individuel ? L’acte, en tant qu’effet, ne doit-il être envisagé qu’au point de vue de l’individualité qui s’est manifestée en Colomb ?

Le fait d’avoir découvert l’Amérique a entraîné un certain effet pour lui ; il s’est élevé, il est devenu plus parfait. Le développement de son individualité dans sa vie suivante en témoignera. Mais quels effets cet acte n’a-t-il pas eu pour d’autres hommes ? Ne faudrait-il pas le considérer aussi comme une cause qui a influencé un nombre incalculable de vies humaines ?

Pourtant, là encore, c’est se faire une idée assez abstraite d’une chose que nous pouvons voir sous un jour beaucoup plus profond en examinant la vie humaine dans la perspective de vastes périodes. Considérons celle-ci telle qu’elle se déroulait à l’époque chaldéo-égyptienne, celle qui a précédé l’époque gréco-latine.

Si nous étudions cette période du point de vue de ce qu’elle a apporté aux hommes, des expériences qu’il leur a été donné de vivre, nous découvrirons quelque chose de très singulier.

Nous verrons, en comparant cette époque à la nôtre, que ce qui arrive dans celle-ci est lié à ce qui s’est produit à l’époque chaldéo-égyptienne. L’époque gréco-latine se place entre les deux. Il y a des choses qui n’arriveraient pas à notre époque si certains faits ne s’étaient passés pendant la civilisation chaldéo-égyptienne.

Si la science actuelle est parvenue à tel ou tel résultat, en fait elle le doit aussi à des forces qui se sont développées et épanouies à partir de l’âme humaine. Mais les âmes qui se manifestent de nos jours s’incarnèrent aussi à l’époque chaldéo-égyptienne et ont passé alors par certaines expériences sans lesquelles elles n’auraient pu accomplir ce qu’elles font aujourd’hui.

Si les élèves des prêtres de l’ancienne Égypte n’avaient pas reçu les descriptions du ciel enseignées par l’astrologie, ils n’auraient pu pénétrer plus tard, à leur manière, les mystères de l’univers et certaines âmes de notre époque n’auraient pas possédé les forces qui ont orienté l’hu­manité actuelle vers les espaces célestes. Comment Kepler, par exemple, fut-il amené à faire des découvertes ?

C’est qu’en lui vivait une âme qui avait reçu à l’époque chaldéo-égyptienne les forces nécessaires aux découvertes qu’il lui fut donné de faire à la cinquième époque. Nous éprouvons une certaine satisfaction intérieure à voir surgir dans quelques esprits comme le souvenir d’avoir reçu jadis le germe de leurs actions actuelles. Kepler, cet esprit auquel on doit beaucoup au point de vue de l’investigation des lois célestes, dit en parlant de lui-même :

« Oui, c’est moi qui ai dérobé les vases d’or des Égyptiens pour en faire un sanctuaire à mon Dieu, bien loin des frontières de l’Égypte ! Si vous me pardonnez, je m’en réjouirai ; mais si vous m’en voulez, je le supporterai ; je jette ici les dés et j’écris ce livre. Qu’on le lise aujourd’hui ou plus tard, qu’im­porte ! Même s’il faut attendre cent ans pour qu’il soit lu : Dieu lui-même a dû attendre six mille ans celui qui, par sa connaissance, conçoit son œuvre. »

Il se souvient sporadiquement de ce qu’il a reçu comme germes de ce qu’il devait accomplir au cours de son existence personnelle sous le nom de Kepler.

On pourrait donner des centaines d’exemples de ce genre. Cependant nous voyons en Kepler plus que la manifestation d’effets dont la cause remonte à une vie antérieure.

Nous voyons se manifester ce qui apparaît comme l’effet nécessaire pour toute l’humanité de quelque chose qui avait déjà eu son importance pour nous tous dans des temps reculés. Nous voyons comment l’individu est placé là où il peut œuvrer pour toute l’humanité.

Nous voyons que non seulement pour toute vie humaine individuelle, mais pour l’ensemble de l’humanité, il existe donc des rapports de cause à effet qui s’étendent sur de vastes périodes.

Nous pouvons en déduire que la loi du karma individuel va interférer avec les lois que nous pourrons appeler lois karmiques de l’humanité.

Parfois il est assez difficile de démêler ces interférences. Songez à ce que serait devenue notre astronomie si la longue-vue n’avait jamais été inventée. Remon­tez l’histoire de cette science et vous constaterez qu’infiniment de choses sont dues à cette invention.

Or, c’est un fait connu que la découverte de la longue-vue est due au jeu de deux enfants dans un atelier d’opticien.

Alors qu’ils jouaient avec des lentilles optiques, le « hasard », pourrait-on dire, voulut qu’ils les combinent de telle façon que l’idée vint à quelqu’un de tirer de cette combinaison une longue-vue.

Songez jusqu’où vous devez aller chercher le karma individuel de ces enfants et le karma de l’humanité qui provoqua cette invention à une époque précise !

Essayez de réunir ces faits dans votre pensée et vous verrez de quelle remarquable façon le karma d’indi­vidualités isolées et celui de toute l’humanité interfèrent et s’enchevêtrent.

Vous conviendrez qu’il faudrait se faire une image toute différente de l’évolution de l’humanité si, à une époque précise, tel ou tel événement n’était pas arrivé.

Il est ordinairement oiseux de se demander ce qui serait advenu de l’Empire romain si les Grecs n’avaient pas, à un certain moment, repoussé l’assaut des Perses pendant les guerres médiques.

Mais il n’est pas oiseux de se poser cette question : qu’est-ce qui a fait que les guerres médiques se déroulèrent de cette façon ?

Celui qui cherche la réponse verra qu’en Orient certaines conquêtes sont dues uniquement à l’existence de despotes qui ne convoitaient que des possessions personnelles et s’allièrent dans ce but aux prêtres sacrificateurs, etc.

Toutes les institutions de l’État étaient nécessaires, à cette époque, aux entreprises de l’Orient. Mais ces institutions ont apporté aussi tous les maux qui devaient en résulter.

Ceci est lié au fait qu’un peuple autrement constitué, celui des Grecs, put repousser au moment voulu l’assaut oriental.

En réfléchissant à ces choses, on se demandera : qu’en est-il du karma des personnalités auxquelles la Grèce doit d’avoir pu repousser les Perses ? Nous trouverons de nombreux facteurs personnels dans le karma de ces hommes, mais nous trouverons aussi que ce karma personnel est lié à celui du peuple et de l’humanité.

De sorte qu’on peut dire : c’est précisément le karma de l’humanité entière qui a placé ces personnalités particulières en ce lieu, à cette époque !

Nous voyons ici le karma de l’humanité intervenir dans celui de l’individu. Et il nous va falloir continuer de nous interroger sur la manière dont tout cela se coordonne. Mais afin d’aller plus loin, considérons un autre ensemble de faits.

Du point de vue de la science de l’esprit, nous pouvons remonter à une époque de l’évolution terrestre où le règne minéral n’existait pas encore sur la terre. Notre évolution terrestre a été précédée des phases de Saturne, du Soleil et de la Lune, où il n’y avait pas de règne minéral au sens que nous lui donnons habituellement. Il n’est apparu sous la forme des actuels minéraux que sur terre.

C’est parce qu’il s’est différencié au cours de l’évolution terrestre qu’il existe comme règne séparé pour tous les temps à venir. Jusque-là, les hommes, les animaux et les plantes s’étaient développés sans s’appuyer sur un règne minéral. Afin de réaliser un progrès ultérieur, les autres règnes furent obligés de sécréter le règne minéral.

À la suite de cela, le seul développement possible devenait celui qu’ils suivent sur une planète dotée d’une base solide, minérale.

Et jamais les choses n’apparaîtront autrement que sur la base des conditions introduites par la formation d’un règne minéral. Celui-ci existe et toutes les destinées futures des autres règnes sont liées à son apparition, qui se produisit dans un très lointain passé de notre état terrestre.

Toute l’évolution à venir de la terre est donc dépendante de ce qui arriva du fait de la naissance du règne minéral. Dans tous les autres êtres s’accomplira ce qui est la conséquence de l’apparition du règne minéral. Ici encore nous voyons dans des temps futurs l’accomplissement karmique de faits antérieurs.

C’est sur la terre que se réalise ce qui a été préparé sur la terre. Il y a une relation entre l’avant et l’après, mais celle-ci est de telle nature que l’effet réagit sur l’être qui a engendré la cause. Les hommes, les animaux et les plantes ont rejeté le règne minéral, et le règne minéral réagit sur eux ! Nous voyons ainsi qu’il est possible de parler d’un karma de la terre.

Nous soulignerons enfin un fait dont le fondement se trouve exposé dans la Science de l’occulte.

Nous savons que certaines entités sont restées au degré de l’évolution de l’ancienne Lune, dans le but de donner à l’homme terrestre des facultés bien déterminées.

Or, non seulement ces entités, mais aussi certaines substantialités de l’époque lunaire de la terre, sont restées en arrière.

Des êtres sont restés au degré lunaire de l’évolution, qui agissent sur nos conditions terrestres en tant qu’entités lucifériennes. Par le fait de cet arrêt à un stade de l’évolution et de cette action exercée sur la terre dans son état actuel, celle-ci est affectée par des effets dont les causes furent déclenchées lors de l’évolution lunaire.

Au point de vue des substances, un fait analogue se produit. Si nous considérons notre système solaire actuel, nous le trouvons composé de corps célestes dont les mouvements reviennent régulièrement et manifestent une certaine cohérence interne.

Nous trouvons cependant d’autres corps stellaires qui se meuvent aussi selon certains rythmes, mais qui transgressent, pour ainsi dire, les lois normales du système solaire ; ce sont les comètes.

Or, la substance des comètes n’obéit pas aux mêmes lois que celles qui régissent notre système solaire régulier, mais à des lois semblables à celles qui existaient dans l’ancienne Lune.

Effectivement, les lois de l’ancienne Lune se sont conser­vées dans tout ce qui est phénomène cométaire.

J’ai déjà souvent mentionné que la science de l’esprit a montré que ces lois ont existé avant que les sciences les confirment. En 1906, à Paris, j’ai montré que durant l’ancien état lunaire, certaines combi­naisons de carbone et d’azote ont joué un rôle semblable à celui que jouent aujourd’hui sur la terre les combinaisons d’oxygène et de carbone, telles que le gaz carbonique, le dioxyde de carbone, etc.

Ces dernières ont des propriétés délétères. Les combinaisons de cyanogène, les composés de l’acide prussique ont joué un rôle semblable dans l’ancienne Lune.

Du point de vue de la science de l’esprit, ces faits ont déjà été établis en 1906.

D’autres conférences ont également montré comment la nature cométaire introduit dans notre système solaire les lois de l’ancien état lunaire ; en sorte que sont restés en arrière non seulement les êtres lucifériens, mais aussi les lois de l’ancienne Lune, qui interviennent irréguliè­rement dans l’ordonnance de notre système solaire. Nous avons toujours dit qu’il devait subsister dans l’atmosphère des comètes quelque chose comme des combinaisons de cyanogène.

Long­temps après que la science de l’esprit eut annoncé cela, en 1910 seulement, l’analyse spectrale a découvert dans l’état cométaire le spectre de l’acide prussique.

Vous voyez là une preuve à donner à ceux qui vous disent : Montrez donc une fois que la science de l’esprit peut vraiment mener à une découverte !

On trouverait bien d’autres faits de ce genre, si seulement on voulait les observer. Quelque chose de notre ancien état lunaire continue donc d’agir sur les conditions terrestres actuelles.

Demandons-nous maintenant : peut-on prétendre que les phénomènes sensibles extérieurs reposent sur une base spiri­tuelle ?

Celui qui reconnaît l’enseignement de la science de l’esprit ne doute pas que derrière toute réalité sensible réside un élément spirituel.

Si, au point de vue de la substance, il y a une action des anciennes conditions lunaires sur notre état terrestre, si la comète rayonne sur notre terre, c’est qu’à l’arrière-plan agit aussi quelque chose de spirituel. Et nous pourrons même préciser quelle est, par exemple, la réalité spirituelle qui se manifeste par la comète de Halley.

Chaque fois qu’elle entre dans la sphère de l’existence terrestre, cette comète est l’ex­pression extérieure d’une nouvelle impulsion vers le matéria­lisme.

Pour le monde actuel, cela peut sembler une superstition, mais il suffirait que les gens se rappellent comment eux-mêmes attribuent certains effets spirituels aux constellations. Qui irait nier que l’Esquimau est fait autrement que l’Hindou, par exemple, du fait que dans la région polaire les rayons solaires tombent selon un autre angle ?

Les savants eux-mêmes attribuent partout aux constellations des effets sur l’esprit humain. Une impulsion suprasensible vers le matérialisme accompagne donc la comète de Halley, ce qu’on peut démontrer. L’apparition de cette comète, en 1835, fut suivie du courant matérialiste de la seconde moitié du XIXe siècle.

L’apparition précédente fut suivie de la philosophie matérialiste des Lumières des encyclo­pédistes français.

Certaines choses n’ont pu arriver sur la terre que parce que les causes en furent antérieurement posées en dehors des conditions terrestres actuelles. Et ici, nous avons même affaire au karma du monde. Car pourquoi des éléments spirituels et des substances furent-ils détachés de l’ancienne Lune ?

Afin que certains effets puissent se réfléchir à leur tour sur les entités qui furent cause de la séparation. Les entités lucifériennes furent séparées et durent passer par une autre évolution afin que le libre arbitre et la possibilité du mal puissent être donnés sur la terre aux êtres qui l’habitent.

Voilà un fait qui dépasse les effets karmiques compris dans les limites de l’état terrestre : c’est une perspective sur le karma de l’univers.

Nous avons donc pu parler aujourd’hui du concept de karma, de sa signification pour la personnalité, pour l’indivi­dualité, pour l’ensemble de l’humanité. Nous en avons décrit les effets dans notre cadre terrestre, et au-delà de celui-ci, nous avons abouti à ce que nous pouvons appeler le karma du monde.

Nous trouvons donc la loi du karma, que nous pourrons nommer loi des rapports de cause à effet, à condition que l’effet rebondisse sur la cause et que l’identité de l’être se soit conservée, qu’il soit resté le même quand l’effet vient le frapper à nouveau.

Nous retrouvons ces lois karmiques partout dans l’univers dans la mesure où nous considérons celui-ci comme étant spirituel.

Nous pressentons que le karma va se manifester dans les domaines les plus variés et des manières les plus diverses.

Nous pressentons que les courants karmiques, ceux de l’individu, de l’humanité, de la terre, de l’univers, etc., vont se croiser et que ceci nous fournira la clé qui permet de comprendre la vie.

Les différents détails de la vie ne peuvent être compris que si l’on sait démêler l’action simultanée des courants karmiques les plus diversifiés.

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Conférence issue du cycle "Manifestation du Karma".


Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

5, impasse du mai
67000 Strasbourg

Mobile : 06 29 54 50 29

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