Pratique de l'astrologie I - Pascal Patry – Astropsychologie & Cours d'Astrologie

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Ce que Stephen Arroyo reprochait aux astrologues (et pourquoi ça reste d'actualité)

Il y a des textes qu'on lit pour apprendre une technique, et d'autres qui nous obligent à nous demander ce que l'on fait vraiment quand on pratique. Le premier chapitre du livre de Stephen Arroyo sur la pratique de l'astrologie appartient clairement à la seconde catégorie. Je l'ai relu récemment, et j'avais envie de partager avec vous ce que j'en retiens, parce qu'il pose des questions que tout astrologue, débutant ou confirmé, devrait se poser un jour.

Un peu de contexte d'abord. Ce chapitre n'a pas été écrit comme tel : c'est la transcription d'une conférence donnée à Canterbury en 1982, au congrès de l'Association astrologique britannique. Arroyo parle à des confrères, et ça s'entend. Le ton est direct, souvent drôle, parfois franchement polémique. Il prévient d'entrée qu'il ne parlera pas de technique. Ce qui l'occupe désormais, c'est la place de l'astrologie dans la société et les bases philosophiques sur lesquelles elle devrait reposer.

Il ajoute une précision qu'on oublie souvent : il ne sait pas ce que ses collègues font réellement en consultation. Ses critiques visent donc surtout l'astrologie telle qu'elle apparaît dans les livres, celle que le grand public découvre en achetant un petit ouvrage sur les signes solaires. Il soupçonne même que beaucoup de praticiens font un bien meilleur travail que ce que la littérature laisse paraître.

L'astrologie est-elle une psychologie ?

Le cœur du chapitre tient dans une distinction qui peut sembler un jeu de mots, mais qui ne l'est pas. D'un côté, l'« astrologie psychologique », alors très à la mode, qui emprunte ses concepts à Jung, à l'analyse transactionnelle ou à d'autres courants. De l'autre, la « psychologie astrologique », que défend Arroyo, pour qui l'astrologie est déjà une psychologie, avec son propre langage.

Il reprend une image de Dennis Elwell que je trouve parlante : on a fait porter à l'astrologie des « vêtements d'emprunt » qui ne lui allaient pas toujours. Pour Arroyo, il suffit d'apprendre à lire le langage astrologique tel qu'il existe. Dans son expérience de consultant, les gens comprenaient très bien les grands mouvements de leur vie avec les seuls termes de l'astrologie, à condition qu'on les leur explique clairement. Ajouter une couche de théorie psychologique, c'est souvent ajouter de la confusion.

Sa grille de lecture est simple. Les planètes sont les dimensions de l'expérience, les signes en sont les qualités, les maisons les domaines de vie. Les éléments, enfin, en sont la substance énergétique.

Il faut être honnête : Arroyo va loin. Il affirme que l'astrologie est une psychologie plus subtile et « plus scientifique » que toutes les autres. On n'est pas obligé de le suivre jusque-là, et je ne le suis pas sur ce point. Mais sa critique de fond reste juste. Avec Elwell, il reproche à une bonne partie de l'astrologie de vouloir décrire les gens plutôt que les comprendre. Dire que quelqu'un est possessif ou indépendant ne dit rien de ce qu'il vit.

Ce que la psychologie astrologique n'est pas

Comme il est difficile de définir une discipline encore en train de naître, Arroyo choisit de dire ce qu'elle n'est pas. Il compare cela aux tournants de la vie : on ne sait pas toujours où l'on va, mais on sait très bien ce dont on ne veut plus.

Il écarte ainsi neuf formes d'astrologie.

  • La théorie pseudo-originale. C'est l'obsession de faire ce que personne n'a jamais fait. Arroyo s'en amuse : selon lui, presque tout dans ses propres livres vient du passé. Il sait seulement écrire l'anglais et penser méthodiquement, ce qui passe déjà pour une nouveauté.
  • Les « livres de recettes ». Ils ont une réponse toute faite pour chaque aspect difficile.
  • L'astrologie colorée par des croyances spirituelles, philosophiques ou sociales. Il n'a rien contre, à condition de le reconnaître.
  • L'astrologie qui donne des conseils. Il la juge très dangereuse.
  • Celle qui prétend deviner votre karma.
  • Celle qui trouve une corrélation à tout, même quand il n'y en a pas.
  • L'astrologie « devinette », qui prédit l'avenir.
  • L'astrologie pseudo-scientifique, persuadée que tout doit être statistiquement vérifiable. Selon lui, les statistiques effacent l'individu au profit d'une moyenne.

Sur l'astrologie qui donne des conseils, il raconte une anecdote savoureuse. Un de ses amis, Vierge, vivait depuis longtemps avec une femme Vierge et pensait vaguement à l'épouser. L'astrologue consultée ne leur a posé aucune question sur ce qu'ils ressentaient. Elle a jeté un œil aux thèmes et s'est mise à crier : « Mariez-vous avec elle ! » Il ne l'a pas fait. Un an plus tard, il vivait avec quelqu'un d'autre.

Interpréter ou comprendre

C'est pour moi la partie la plus précieuse du chapitre, celle qui parle directement à notre pratique.

Arroyo part d'une phrase attribuée à Paracelse : le médecin doit guérir la maladie comme elle veut être guérie, et non comme lui veut la guérir. Appliqué à la consultation, cela veut dire que la théorie ne doit pas s'interposer entre l'astrologue et la personne. C'est le consultant qui nous met sur la piste. Si l'on regarde le thème avant de regarder la personne, on passe à côté.

Il distingue nettement interpréter et comprendre, et il va jusqu'à dire que trop d'interprétation peut empêcher de comprendre. Il décrit des clients qui se sont « enterrés dans un trou » à force d'auto-analyse, parfois en épluchant leur propre thème. Ils voudraient que l'astrologue descende dans le trou avec eux. Parfois il faut le faire un moment, mais le plus souvent il vaut mieux les appeler à en sortir et leur proposer un autre angle de vue. Pour Arroyo, la grande force de l'astrologie, c'est justement la perspective qu'elle offre.

Son exemple du retour de Saturne est très parlant. Mary est profondément déçue par John, qu'elle a longtemps cru formidable. Un astrologue pourrait se contenter de la rassurer : « C'est Saturne, ça va passer. » Arroyo propose autre chose : regarder ce que cette déception révèle des attentes de Mary, de ses espoirs et de ses idéaux. C'est elle que le retour de Saturne invite à se regarder, et pas seulement John.

Il ne se fait pas d'illusions sur la difficulté de ce travail. Il dit que conseiller est la chose la plus dure qu'il ait jamais faite. Il évoque avec humour une collègue qui avait juré de ne plus jamais recevoir d'ascendant Scorpion tant leur résistance l'épuisait. Il pointe aussi une vraie limite : le thème montre le jeu des énergies, mais pas le niveau de conscience de la personne.

Son exemple : quelqu'un de très marqué par le Scorpion aura tendance à la jalousie. Mais avec une Lune en Bélier, en Sagittaire ou en Verseau, il peut sincèrement se croire au-dessus de tout ça. Lui renvoyer brutalement l'interprétation ne servira à rien. Il faut partir de là où il en est.

Deux autres passages m'ont marquée. Le premier est un chiffre : 30 à 40 % de ses clients venaient le voir après un autre astrologue. Il passait beaucoup de temps à « réparer les dégâts » et à leur expliquer que l'événement annoncé n'arriverait pas forcément. Certains vivaient leur peur de l'avenir presque comme une infirmité.

Le second est très personnel. Avec un Neptune fort et une maison VII chargée, Arroyo s'imprègne tellement de l'autre qu'il voit moins clair en sa présence. Il avait donc pris l'habitude de sortir marcher quelques minutes après la première heure de consultation. C'est souvent dehors que l'essentiel lui apparaissait. J'aime cette honnêteté : chacun doit apprendre à travailler avec sa propre psyché et ses propres limites.

Il défend enfin plusieurs pratiques :

  • proposer deux ou trois rendez-vous plutôt qu'un seul, le temps que la confiance s'installe ;
  • se spécialiser, plutôt que prétendre tout savoir faire ;
  • savoir orienter un client vers quelqu'un d'autre, comme le fait un bon médecin.

Il conseille même aux astrologues d'aller consulter des confrères sans dire qu'ils connaissent le métier. Selon lui, on en ressort avec un choc.

Les mots qu'on choisit

Arroyo revient sans cesse au langage. En consultation, on peut voir si la personne a compris, reformuler, nuancer. À l'écrit, dit-il, les mots « ressemblent à du béton ». Une phrase maladroite dans une interprétation écrite peut être relue pendant des années, avec la même question angoissée : « Et si c'était vrai ? »

Il reprend une conclusion d'Elwell que je trouve très juste. L'astrologie est bien plus précise quand elle parle de la situation intérieure que lorsqu'elle tente d'annoncer des comportements ou des événements. Une même disposition intérieure peut se manifester de mille façons. Dès qu'on veut deviner laquelle, on joue aux devinettes. D'où sa préférence pour un « langage de l'expérience » : parler de besoins, de désirs, d'énergies, de dilemmes, des choses que chacun peut reconnaître en lui-même.

Magie, science et société

Le chapitre a aussi un versant plus philosophique, et c'est là qu'on sent le plus les convictions personnelles d'Arroyo. Il critique ce qu'il appelle le scientisme, qu'il voit comme la première religion de l'Occident. Il défend la part de mystère, et même de « magie », de l'astrologie. Il propose de la présenter au public comme une « méthode de guérison » plutôt que comme une science au sens étroit.

Je préfère être claire avec vous sur ce point. Ce qu'Arroyo appelle « guérison » relève du sens, de la mise en perspective, de l'accompagnement. Le fait qu'une consultation aide quelqu'un à y voir plus clair ne fait pas de l'astrologie un soin. Elle ne remplace ni un médecin ni un thérapeute.

Ce qui est intéressant, c'est qu'il retourne aussi la critique contre les astrologues. Beaucoup, dit-il, sont tentés de faire de l'astrologie une vision du monde totale. Il leur demande d'accepter les limites de leur pratique et de ne pas avoir « les yeux plus gros que le ventre ».

Il anticipe aussi, dès 1982, la multiplication des interprétations produites par ordinateur. Il craint une astrologie qui décrit sans comprendre, ou qui devient un simple divertissement. Quarante ans plus tard, avec les applis et les horoscopes générés à la chaîne, la remarque n'a rien perdu de sa pertinence.

Et pour finir…

La conférence se termine par des questions du public. Arroyo y dit, avec une certaine amertume, que les meilleurs astrologues qu'il connaît ont presque tous arrêté de consulter, épuisés par les attentes des gens. Tant que l'astrologie sera confondue avec la bonne aventure, il sera difficile d'en vivre dignement. C'est pour cela qu'il juge l'éducation du public aussi importante que n'importe quelle question technique.

Ce que je retiens de ce chapitre, ce n'est pas tant sa théorie de l'astrologie que son éthique de la consultation. Écouter avant d'interpréter. Partir de la personne et non du thème. Refuser les conseils impératifs et les prédictions qui font peur. Choisir ses mots avec soin. Connaître ses limites.

On peut ne pas partager toutes ses convictions. Il y a d'ailleurs une tension assez savoureuse chez lui entre l'humilité qu'il prêche et l'enthousiasme avec lequel il présente l'astrologie comme une « science divine ». Mais sur la manière d'accompagner quelqu'un, il dit des choses que chaque praticien gagnerait à méditer.

Et vous, qu'en pensez-vous ? Avez-vous déjà vécu une consultation qui vous a laissé une inquiétude durable, ou au contraire une lecture qui vous a vraiment aidé à comprendre un moment de votre vie ?

Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

5, impasse du mai
67000 Strasbourg

Mobile : 06 29 54 50 29

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