L'origine spirituelle du Zodiaque selon Rudolf Steiner
La formation du Zodiaque, l'action des Hiérarchies spirituelles et l'origine des noms d'animaux
Pour Rudolf Steiner, le Zodiaque ne trouve pas son origine première dans les constellations que nous voyons au ciel. Il renvoie à une réalité spirituelle bien plus ancienne que notre monde terrestre, dont les douze signes seraient l'expression : celle d'activités spirituelles qui ont participé à la formation du cosmos, du monde vivant et de l'être humain. Pour en saisir l'origine, Steiner nous invite à remonter aux premiers états de l'évolution cosmique, l'ancien Saturne, l'ancien Soleil, l'ancienne Lune, puis la Terre actuelle. Ces noms désignent des états successifs du devenir cosmique, et non les planètes que nous observons aujourd'hui.
Au commencement, l'ancien Saturne se présente comme un immense organisme cosmique fait essentiellement de chaleur. Cette chaleur originelle naît du sacrifice des Trônes, ou Esprits de la volonté, qui offrent une part de leur propre substance pour rendre la création possible. Autour de cet organisme œuvrent les êtres de la première Hiérarchie, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins. Le Zodiaque apparaît dès lors comme l'expression d'une périphérie spirituelle agissante, d'où s'exercent les puissances créatrices du monde.
À l'étape suivante, celle de l'ancien Soleil, la substance cosmique se densifie, et l'élément aérien ou gazeux vient s'ajouter à la chaleur. Les Dominations, ou Esprits de la sagesse, apportent les conditions nécessaires au développement de la vie, tandis que les Archanges déploient une activité étroitement liée à la lumière, qu'ils font rayonner dans l'espace cosmique. C'est à ce moment que Steiner situe un événement décisif pour comprendre l'origine spirituelle du Zodiaque. Venus de quatre grandes directions de l'espace spirituel, les Chérubins s'avancent vers l'ancien Soleil et accueillent l'activité rayonnante des Archanges. Steiner les décrit sous quatre formes principales : le Taureau, le Lion, l'Aigle et l'Homme. Ces figures ne désignent pas à l'origine des animaux terrestres, mais des manifestations différenciées d'êtres spirituels supérieurs. Chacune est accompagnée de deux autres puissances, l'une à sa droite, l'autre à sa gauche, et c'est ainsi que se constitue autour de l'ancien Soleil un ensemble de douze puissances spirituelles, la structure originelle du Zodiaque.
Reste à comprendre pourquoi cette organisation a reçu des noms d'animaux. L'explication se trouve dans le processus cosmique qui se déroule alors. Lorsque les Chérubins exercent leur activité sur l'ancien Soleil, leurs forces spirituelles se reflètent dans la substance gazeuse de cet organisme cosmique, et ces reflets engendrent peu à peu les premières ébauches du règne animal, sous la forme de configurations mouvantes comparables à des fumées. Les premières formes animales ne seraient donc pas apparues indépendamment des Hiérarchies spirituelles ; elles seraient les manifestations de leur activité créatrice. Il existe ainsi, selon Steiner, un lien intérieur entre les formes spirituelles des Chérubins et les premières formes animales de l'ancien Soleil, dont les animaux terrestres seraient des descendants profondément transformés.
C'est ce lien entre les puissances zodiacales et la genèse du règne animal qui expliquerait le nom de « cercle des animaux » donné au Zodiaque dans les anciens Mystères. Les noms d'animaux ne seraient pas de simples images inventées pour reconnaître plus facilement les constellations ; ils garderaient la mémoire d'une réalité cosmique où certaines formes animales furent suscitées par l'activité des Chérubins. Les anciens initiés auraient reconnu, derrière les figures du Taureau, du Lion ou de l'Aigle, des puissances spirituelles bien déterminées, et la dénomination des signes procéderait ainsi d'une connaissance transmise dans les Mystères plutôt que d'une convention arbitraire.
Steiner précise toutefois que ces noms se sont transformés au cours de l'évolution. L'Aigle originel a été remplacé par le Scorpion, et la figure de l'Homme est devenue le Verseau dans la représentation habituelle du Zodiaque, tandis que le Taureau et le Lion auraient gardé plus directement leur désignation première. Ces changements indiqueraient que les figures actuelles ne reproduisent plus entièrement les manifestations spirituelles originelles. Le Zodiaque conserve néanmoins, sous une forme symbolique transformée, la mémoire de cette organisation en douze de la périphérie cosmique.
Cette conception éclaire aussi les correspondances traditionnelles entre les signes et les parties du corps humain. Selon Steiner, les premiers germes du corps physique se sont élaborés peu à peu pendant l'évolution de l'ancien Saturne, sous l'influence des régions zodiacales. Le Bélier aurait ainsi contribué à former la tête, le Taureau l'organe de la parole, les Gémeaux la symétrie du corps, le Cancer le thorax et le Lion le cœur, et ces correspondances se poursuivent jusqu'aux Poissons, traditionnellement associés aux pieds. Le Zodiaque tout entier devient alors l'expression d'un grand Homme cosmique, dont la constitution humaine reproduirait certains principes organisateurs : l'être humain serait lié, jusque dans son organisation corporelle, aux forces spirituelles qui ont participé à la formation du cosmos.
Il faut cependant distinguer les réalités spirituelles décrites par Steiner de leurs représentations symboliques ultérieures dans les traditions astrologiques. Le Zodiaque visible et ses douze signes seraient le reflet d'un ordre spirituel antérieur, et non sa véritable origine. Cette perspective conduit à voir dans les signes non de simples catégories de tempéraments, mais les expressions différenciées de puissances créatrices appartenant à une même totalité, chaque signe tirant son sens de ses relations avec les onze autres au sein d'une organisation cosmique unifiée.
Pour Rudolf Steiner, l'origine du Zodiaque réside donc dans la ronde des Chérubins autour de l'ancien Soleil, et les noms d'animaux rappellent le processus par lequel leur activité spirituelle suscita les premières ébauches du règne animal. Le Zodiaque apparaît finalement comme la mémoire symbolique d'une histoire spirituelle du cosmos, dont le monde vivant et l'être humain porteraient encore, dans cette conception, les empreintes.
Référence principale : Rudolf Steiner, GA 110, quatrième conférence du 13 avril 1909, pages 85 à 97, en particulier les pages 92 à 96 sur les Chérubins et l'origine des formes animales. Complément : neuvième conférence du 18 avril 1909, sur les correspondances zodiacales avec le corps humain.