Le Péché Originel et la Grâce - Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000

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Le Péché Originel et la Grâce

Je voudrais aujourd'hui aborder deux notions importantes qui peuvent se présenter à l'âme de l'homme moderne, bien que les hommes d'aujour­d'hui croient peut-être s'être libérés depuis long­temps de telles préoccupations. Il s'agit des deux idées exprimées ordinairement par les mots : péché et grâce.

Chacun sait que ces deux mots : « péché » et « grâce », sont pour la conception chrétienne du monde par exemple d'une importance considérable et qu'ils jouent là un rôle essentiel. Il existe certes des théosophes qui croient, du point de vue du karma, n'avoir plus guère besoin de réfléchir à ces notions, et en particulier à ce qu'est le péché origi­nel. S'abstenir d'une telle réflexion est cependant peu fécond, car on est de ce fait dans l'incapacité de reconnaître les aspects les plus profonds du christia­nisme, et d'une manière générale les questions fon­damentales sur lesquelles se fonde une conception du monde.

Ces idées de « péché », de « péché originel », et de « grâce », correspondent en fait à des réalités d’une portée beaucoup plus vaste qu'on ne le croit d’ordinaire. Si on ne le discerne plus aujourd'hui, c'est tout simplement parce que presque toutes les religions traditionnelles ont entièrement effacé les traces de leurs arrière-plans, si bien que, dans les confessions religieuses, rien ne subsiste plus du contenu réel de ce qu'elles enseignent. Or, derrière ces idées du « péché », du « péché originel » et de la « grâce » se dissimule en fait toute l'évolution humaine.

Nous avons été habitués à diviser en deux la marche de cette évolution : la première partie, qui va des temps les plus reculés jusqu'à l'apparition du Christ sur terre, suit un cours descendant - la seconde, du Christ jusqu'à l'avenir le plus éloigné, un cours ascendant. Cette répartition repose sur le fait que, pour nous, l'événement christique est essentiel non seulement pour l'histoire de notre humanité, mais aussi pour toute l'évolution de notre planète.

Pourquoi devons-nous donc accorder à cet événe­ment une importance si extraordinaire qu’il faille le placer ainsi au milieu de l’évolution du monde ?

Tout simplement parce que l'être humain, comme nous le savons, est descendu des hauteurs du monde spirituel vers la matière physique, et qu'il doit s'éle­ver à nouveau de ces profondeurs matérielles jus­qu'aux hauteurs de l'esprit.

Nous avons donc affaire à une descente que doit suivre une ascension. Pour mieux caractériser ce que signifie cette descente de l'homme pour la vie de l'âme, nous dirons : dans un passé très reculé, nous trouvons des humains ayant une vie spirituelle beaucoup plus proche du divin que celle que nous avons aujourd'hui. La vie de l'es­prit, de la divinité, pénétrait beaucoup mieux de sa lumière les âmes des hommes.

Nous ne devons certes pas ignorer que cette des­cente de l’humanité dans la matière, dans le monde physique, fut une nécessité ; car en ces temps anciens où les hommes étaient plus proches du spi­rituel divin, la conscience humaine était plus estompée, c'était une conscience de rêve moins claire, moins lucide, mais en revanche plus péné­trée d'impressions du divin, d'impulsions volon­taires divines, spirituelles !

L'homme était à cette époque plus proche de l'esprit divin, mais en revanche c'était un enfant rêveur plutôt qu'un homme à la conscience claire. Il a quitté ces hau­teurs de l'esprit en acquérant la faculté de jugement nécessaire à la vie sur terre, l'intellect ; en lui, tout est devenu plus clair, et il a pris plus fermement appui sur lui-même.

Pour remonter cette pente tout en gardant ce centre de gravité intérieur, il faut qu'il imprègne son âme de ce qu’a permis l'impul­sion du Christ. Mieux il s’emplira de cette impul­sion du Christ, et mieux il retrouvera le chemin des hauteurs spirituelles, non plus en rêveur à la conscience atténuée, mais en être conscient, voyant le monde d'un regard précis et pénétrant. Nous avons souvent exposé ce processus de différents points de vue.

Or, en étudiant de plus près ce cheminement de l'évolution, nous discernons que la source de cette faculté qui seule permet de comprendre clairement le monde physique sensible, c'est le moi, le Je de l'homme.

Mais ce moi s'est développé en dernier, après le corps astral que précéda le corps éthérique et avant encore le corps physique, sous forme de germe. Aujourd'hui, nous rappellerons que le développement proprement dit du moi fut pré­cédé par un premier développement du corps astral.

Avant que son moi puisse se développer, l'homme n'était doté que de trois éléments consti­tutifs : le corps physique, le corps éthérique, le corps astral. Cependant, l'évolution du moi était déjà effective, l'homme vivait en fonction de cette évolution, il attendait en quelque sorte d'être un jour doté de son moi.

En considérant cette situa­tion, nous en viendrons à penser que certaines choses ont dû se passer pour l'homme avant que n'ait commencé ce développement du moi. Et c'est là une chose très importante. Car si l'homme était impliqué dans une évolution avant d'avoir reçu son moi, nous ne pouvons le rendre responsable de ce qui s'est passé au même titre que pour ce qui a suivi cette acquisition du moi.

Nous connaissons des êtres dont nous voyons clairement qu'ils ne possèdent pas un moi au sens humain : ce sont les animaux. Ils ne sont constitués que d'un corps physique, d'un corps éthérique et d'un corps astral.

Ce qui nous oblige à distinguer chez eux quelque chose de bien précis, et nous le faisons tous sans hésitation si nous savons un peu raisonner. Un lion furieux peut se précipiter sur moi - je ne dirai pas que l'animal est méchant, dans le même sens que nous le disons de l'homme agres­sif. Car l'homme peut être méchant, il peut com­mettre un péché, une action immorale - jamais nous ne dirons cela d'un animal, jamais nous ne l'accuserons, à propos d'un acte quelconque, d'im­moralité.

C'est un point très important, car même si nous n'y avons pas réfléchi, nous reconnaissons par là que, seul, l'homme possède un moi ; l'ani­mal n'a que le corps physique, le corps éthérique et le corps astral.

Avant donc d'avoir reçu le moi, l'homme a tra­versé une phase de son évolution où l'élément constitutif supérieur en lui était le corps astral. Ne s'est-il pas cependant passé là quelque chose en fonction de quoi l'homme doit nous apparaître dans une autre lumière que l'animal ?

En effet. Car, voyons-le clairement ; si l'homme autrefois fut constitué d'un corps physique, d'un corps éthérique et d'un corps astral, il était pour­tant très différent de ce que sont les animaux aujourd'hui. Il n'a jamais été un animal.

Il est passé par cette phase où il n'avait que le corps physique, le corps éthérique et le corps astral en des temps où les animaux sous leur forme actuelle n'existaient pas encore, car il régnait, sur la terre des conditions très différentes de celles d'aujourd'hui.

Que s'est-il donc passé à cette époque pour l'être humain ?

Il n'avait pas de moi, nous ne pouvons donc pas le rendre responsable de ses actes comme nous le faisons pour l'homme d'aujourd'hui, le distin­guant ainsi des animaux.

Nous aurons à juger de ce qu’il a fait alors d’une autre manière que nous devons le faire aujourd’hui où il dispose de son moi. Or, c'est au stade ultime précédant l'acquisi­tion du moi qu'intervient encore l'influence luciférienne. L'homme n'était pas responsable au même titre qu'aujourd'hui, et cependant il n'était pas assi­milable à un animal ; c'est à ce moment que Lucifer fit peser sur lui son influence ; l'homme ne pouvait pas encore s'y soumettre - ou s'y soustraire - par un acte pleinement responsable.

Mais il fut cependant entraîné dans les rets de Lucifer autrement que ne l'eût été un animal. La tentation luciférienne inter­vint précisément à l'instant où l'homme sur le point d'être doté de son moi. Ce comportement de l’homme intervint donc avant l’actuelle évolution du moi. Mais c'est un comportement dont les ombres s'étendront sur toute cette évolution.

Qui donc alors a péché ? - Non pas encore l'homme dans la mesure où il est sous l’emprise de Lucifer, puisqu’il a « péché » avec une part de son être avec laquelle il ne peut plus pécher aujour­d’hui. Car aujourd’hui il dispose de son moi.

C’est donc avec son corps astral qu’il a péché. Là est la différence capitale entre une faute que nous com­mettons aujourd'hui et ce « péché » qui, à l'époque, a contaminé la nature humaine. L'homme a suc­combé à la tentation luciférienne avec son corps astral.

Il s’agit d’un acte d’avant le développement du moi, et il est de tout autre nature que tous ceux qui purent être accomplis par la suite, même quand le moi n’en était qu’à ses tout premiers stades de développement. Seulement, cet acte projette ses ombres tout au long des temps. L’homme a pu accomplir ce « péché » en cédant à la tentation de Lucifer avant d’avoir reçu son moi, mais il a été placé, pour ainsi dire, sous l’influence de cet acte, pour tous les temps à venir.

En effet, du fait que notre corps astral a fauté avant la venue du moi, l’homme a dû, au cours des incarnations suivantes, descendre de plus en plus profondément dans le monde physique. Cet acte dont le corps astral fut encore le théâtre a déclenché le processus de des­cente dans la matière. L'homme a alors commencé de glisser sur cette pente, et lorsqu'il fut doté d'un moi, il dut subir en lui l'influence de forces qui provenaient de son développement précédant l’arri­vée du moi.

Quels furent les effets de ces forces au cours de l'évolution ?

Nous savons par des études antérieures que l'être humain développe son corps physique jusqu'à sa septième année, son corps éthérique de 7 à 14 ans, son corps astral de 14 à 21 ans, etc.5 Nous savons qu'avec le développement de son corps éthérique, il atteint le stade où il peut engendrer son sem­blable, - nous laisserons ici de côté ce qu'est le même phénomène chez les animaux. Si l'homme devient capable d'engendrer son semblable, c'est parce qu'il a pleinement développé son corps éthé­rique.

En réfléchissant un tant soit peu - point n'est besoin d'être clairvoyant pour cela, il suffit de réfléchir -, on se dira : Avec ce plein développe­ment du corps éthérique, la possibilité est donc donnée à l'homme de produire parfaitement un autre être humain, de produire son semblable.

Ce qui signifie qu'en poursuivant son évolution jus­qu'au-delà de la 20e année, il ne pourra développer de nouvelles facultés nécessaires à la reproduction. On ne peut pas dire qu'à 30 ans il ajoutera encore quelque chose à cette faculté de reproduction. Avec le plein développement de son corps éthérique, l'homme possède tout ce qui le rend apte à pro­duire son semblable. Que viendra-t-il ensuite s'y ajouter ?

De l'être humain lui-même, par ce qu'il acquerra, plus rien. Car il faut qu'il ait déjà la pleine capacité de produire son semblable. La seule chose que l'homme acquiert ensuite dans ce domaine, c'est ce qui vient corrompre cette faculté. Ce qu'on peut acquérir encore après le plein développement du corps éthérique ne peut augmenter cette capacité, cela ne peut que l'amoindrir. Et c'est en effet ce qui se passe.

Ce qu'on acquiert après la puberté ne contribue pas à améliorer la nature sexuelle, et ne peut que contribuer à la dégrader.

La cause de ce phénomène réside dans l'influence de cette impulsion précédemment caractérisée, qui vient de la faute ancrée dans le corps astral. Car après que le corps éthérique a atteint son plein développement, donc à partir de la 14e année envi­ron, le corps astral, lui, continue de se développer.

Or, c'est en lui qu'est ancrée l'influence luciférienne. Et l'action quelle exerce sur le corps éthé­rique ne peut qu'amoindrir les forces de ce dernier, ces forces qui le rendent capable de produire son semblable. Ce qui signifie ceci : ce que le corps astral est devenu par la tentation luciférienne est une source permanente de dégénérescence de l’es­pèce humaine, de décadence de l'être humain.

Et en effet, cette dégénérescence s'est accomplie au long des incarnations.

Plus on remonte loin dans le passé en direction de l'époque atlantéenne par exemple, et plus on trouve des hommes dotés de forces plus vigoureuses. Où fut donc implantée cette impulsion qui a été suscitée dans le corps astral luciférien ? Dans l’hérédité !

Elle l’a sans cesse détériorée. Une faute dont l’homme se rend coupable avec son moi peut avoir des répercussions sur son corps astral, - il ne pourra en trouver la compensation que grâce au Karma. Mais le péché qui a atteint l'homme avant qu'il ait un moi contribue à une dégénérescence, à une dégradation permanente de tout le genre humain. Ce péché est devenu un processus héréditaire.

Autant il est vrai que personne ne peut hériter de ses ancêtres une qualité spirituelle, au sens le plus élevé du mot - personne ne devient intelligent parce qu’il a eu un père intelligent, mais bien par ce qu'il apprend lui-même de façon intelligente, on n'hérite pas les mathématiques de ses ancêtres ; ni aucun autre savoir, il faut les développer par l’éducation -, autant il est vrai que ce qui, du corps astral, se répercute sur le corps éthérique, ne peut que contribuer à amoindrir, à saper les capa­cités de l’espèce humaine. C'est cela, le « péché originel ».

Nous avons là la véritable signification de ce concept. Implanté dans le corps astral, il s’est transmis progressivement et il a gagné les facultés transmissibles par l'hérédité, lesquelles avaient déjà leur origine dans la dégénérescence physique, et fut une des causes de la chute de l'homme des hauteurs spirituelles vers cette dégénérescence.

Nous avons donc en fait reçu, par l’influence de Lucifer, une impulsion permanente qu'il faut dési­gner, au sens le plus exact, par le terme de péché originel. Ce que Lucifer a introduit dans le corps astral se transmet de génération en génération. Il n'existe pas, pour désigner la cause véritable de la descente de l’homme dans le monde physique matériel, d'expression plus juste que le terme de péché originel.

Mais ce n'est pas une « faute » au même titre que les péchés commis dans la vie ordi­naire, et dont nous nous reconnaissons pleinement responsables. Il faut le considérer comme un sort qui a frappé l'homme, comme une chose néces­saire, exigée par l'ordre universel qui devait nous faire abandonner les hauteurs spirituelles non pas pour nous rendre plus mauvais que nous l'étions, mais pour que nous puissions éveiller et trouver en nous la force de regagner ces hauteurs par nous-mêmes.

C’est pourquoi nous devons comprendre cette chute comme ayant été introduite dans la trame du destin humain pour la libération de l’hu­manité. Nous n'aurions jamais pu devenir des êtres libres si nous n'avions pas été précipités vers les profondeurs. Nous aurions été menés de par l'ordre universel que nous aurions dû suivre aveu­glément. Mais il nous faut remonter par notre propre effort.

Or il n'existe jamais rien qui n'ait aussi son pôle opposé. Il n'y a pas de pôle Nord sans pôle Sud. Un phénomène comme cet état de péché du corps astral ne peut exister sans qu'existe aussi le pôle opposé. Ce qui signifie ceci : sans que nous puis­sions en être rendus responsables au sens courant du terme, sans que l'on puisse parler d'une faute morale, notre destin d’homme est tel que nous sommes imprégnés de Lucifer.

En un certain sens, nous n'y pouvons rien, et nous devons même être reconnaissants qu'il en soit ainsi. Car en un sens cela est juste. Nous n’y pouvons rien. Nous avons donc dû nous charger de quelque chose dont nous ne pouvons pas être responsables au sens strict.

Or, il y a dans l'évolution humaine quelque chose qui, vis-à-vis de cette situation, est comme le pôle Nord vis-à-vis du pôle Sud. En face de ce péché dont les conséquences sont héréditaires, péché intervenu sans que l'homme soit vraiment coupable, il doit exister, pour regagner les hau­teurs, une possibilité qui, elle non plus, n'est pas due à l'homme. Il est tombé sans sa faute, il faut qu'il puisse s'élever à nouveau sans sa faute, c’est-à-dire, dans ce cas, sans en avoir le plein mérite.

Nous avons déchu sans être fautifs, nous devons donc pouvoir remonter sans notre mérite. Cet autre pôle doit nécessairement exister. Faute de quoi nous devrions rester ici-bas dans le monde physique matériel. Comme au début de l'évolu­tion se place nécessairement une faute qui n'in­combe pas à l'homme, il faut qu'à la fin de cette évolution se place un don dont il n'ait pas le mérite. Les deux sont nécessairement liés. Et que ce soit effectivement le cas, voici comment nous pouvons nous le représenter.

Vous le savez, dans la vie ordinaire l'homme agit sous l'impulsion de ce qu'il ressent, de ses mouve­ments affectifs, de ses pulsions, de ses convoitises.

Il peut commettre un acte sous l'empire de la colère, et un autre parce qu'il ressent de l'amour. Il n'existe qu'un mot pour désigner tout ce que l’homme fait ainsi. N'est-ce pas, vous accorderez que tout ce que fait l'homme par passion - quand il est furieux, ou quand il aime comme on aime couramment -, c'est quelque chose qui ne peut être défini, qui défie tous les concepts abstraits. Il faudrait être un érudit bien desséché pour vouloir formuler en définitions tout ce qui est à la source d'une action humaine.

Cependant, il existe un mot pour désigner ce qui se passe en l'homme lorsqu'il agit dans la vie ordinaire : c'est le mot « personnalité ».

Nous englobons dans ce mot tout ce qu'on ne peut pas définir. Lorsque nous avons perçu ce qu'est la personnalité d'un homme, nous pouvons apprécier pourquoi il développe telle ou telle passion, tel ou tel penchant.

Tout ce qu'en­gendrent nos pulsions, nos désirs, nos passions, porte un caractère personnel. Mais en outre tout cela nous plonge dans la vie matérielle, notre moi baigne alors dans l'océan du monde physique.

Car il est enchaîné dès lors qu'il est soumis à la colère, à la convoitise, à la passion, et aussi à l'amour au sens ordinaire du terme. Le moi n'est pas libre alors, la colère, la passion le tiennent enchaîné. Mais si nous considérons notre époque, nous devrons reconnaître qu'il existe déjà quelque chose d’autre, qui n'existait pas dans le passé.

Seuls ceux qui ne connaissent pas l'histoire et qui jugent les faits d’après une notion du temps qui ne dépasse pas le bout de leur nez peuvent affirmer qu'à l'époque de la Grèce antique, il a existé ce que nous désignons par des mots devenus célèbres depuis plus d'un siècle comme la liberté, l’égalité, etc., bref tout ce qu’on appelle un idéal moral ou par une phrase comme : « former le noyau d'une confraternité humaine sans distinction de croyance, de nationalité, de rang social, de sexe », qui consti­tue le premier principe de la Société théosophique.

C’est parce que nous sommes des hommes d’au­jourd’hui, que nous pouvons suivre un tel idéal.

Mais il n'en allait pas ainsi chez les Égyptiens ou les Perses, chez les peuples de l'Antiquité. Les gens ont à suivre un tel idéal aujourd'hui, mais ce qu'ils font en conformité avec lui, avec l'idéal de liberté, de fraternité, revêt pour la plupart d'entre eux un caractère abstrait, et l'on peut même en donner des définitions. La plupart des gens peuvent définir ce qu'ils comprennent par ces mots de liberté, de fra­ternité, parce qu'ils n’en comprennent pas grand-chose !

Bien que les passions à ce propos s'échauffent, nous avons là quelque chose qui, chez beaucoup, donne vraiment une impression de sécheresse. Nous ne pouvons pas encore dire que ce sont des biens « personnels », - ce sont plutôt des idées abstraites, qui n'ont pas cette plénitude de vie de ce qui est devenu personnel.

Et lorsque l'idée de liberté jaillit chez quelqu’un comme une force de la nature, comme tout ce qu'engendrent d’habitude la colère, la passion, ou l'amour, nous disons de lui qu’il est hautement évolué. Comme elles restent souvent neutres et sans force, ces idées que nous considérons comme les plus hautement morales ! Ce n’en est pas moins le début d'une grande évolu­tion.

L'homme est descendu sur terre, avec son moi il a plongé dans l'océan de la matière physique au moment où s'affirmait en lui la personnalité, où il agissait sous l'empire des passions, des pulsions, des convoitises. Et de même il lui faut s'élever avec toute sa force personnelle vers ces grandes idées qui sont encore abstraites. Avec la même puissance élé­mentaire des actes qu'inspirent aujourd'hui la haine ou l'amour au sens courant, jaillira plus tard la force des idéaux les plus spirituels.

L'homme s'élèvera jusqu'à de hautes sphères avec sa personnalité. Mais pour cela, une chose est nécessaire. Lorsqu'il plonge avec son moi dans l'océan de la vie physique, matérielle, il y trouve sa personnalité, l'ardeur de son sang, les pulsions et les convoitises bouillonnant dans son corps astral. Mais il lui faut remonter vers la région des idéaux moraux, et cela ne doit pas être abstrait !

Il lui faut s'élever vers l'esprit, et là quelque chose doit venir à sa rencontre d’aussi personnel que ce qui monte de sa personnalité quand, avec son moi, il plonge dans l’ardeur de son sang et de ses passions.

Comment, en s'élevant vers l'esprit, retrouver cette force personnelle ? Comment cultiver ces idéaux de façon qu’ils aient un caractère person­nel ? Il n’y a pour cela qu’un moyen : il faut que l'homme, dans les hauteurs spirituelles, puisse attirer à lui une personnalité qui soit intérieure­ment personnelle comme elle peut l’être, en bas, dans la chair. Et quelle est cette personnalité que l’homme doit attirer s’il veut s’élever vers le spiri­tuel ? C'est le Christ.

De même qu’un « anti-saint-Paul » aurait pu dire : Non pas moi, mais mon corps astral, saint Paul, quant à lui, a dit : Non pas moi, mais le Christ en moi, pour montrer que, du fait que le Christ vit en nous, les idées abstraites prennent un caractère tout à fait personnel. Voyez-vous, c'est en cela que réside l'importance de l'impulsion du Christ. Sans elle, l'humanité élaborerait des idées abstraites, toutes sortes d'idéaux moraux, ce que beaucoup d'historiens décrivent aujourd'hui quand ils parlent d'« idées historiques », celles qui ne peuvent ni vivre, ni mourir, parce qu'elles n'ont aucune force créatrice.

Quand on parle d'idées dans l'histoire, on devrait avoir conscience que ce sont des notions mortes, abstraites, qui n'ont pas pu régir les époques de l’histoire. Seule la vie peut le faire. Ce vers quoi l'homme doit s'élever, c'est vers le développement d'une personnalité supérieure. C'est-à-dire vers la personnalité du Christ que l'homme attire à lui, qu’il accueille en lui.

Ainsi l'homme rejoint-il les hauteurs non pas en parlant seulement de l'esprit, mais en accueillant en lui l’esprit sous forme personnelle, vivante, tel qu’il vient à lui par Sa vie en Palestine, par le Mystère du Golgotha. Ainsi l'homme regagne-t-il les hauteurs sous l'influence de l'impulsion du Christ. Seule l'im­prégnation progressive de toute notre vie spirituelle par l'impulsion du Christ peut donner aux idéaux abstraits un caractère de plus en plus personnel.

D'une part, par la faute commise avant le déve­loppement du moi, nous nous sommes chargés de ce qu'on appelle le péché originel sans en être entiè­rement responsables ; nous ne sommes pas non plus responsables de la venue du Christ sur terre, et du fait que nous pouvons l’attirer à nous.

Ce que nous nous efforçons de faire pour être plus proches de Lui, cela, c'est le fait de notre moi, et nous en avons déjà le mérite. Mais le fait que le Christ est là et que nous vivons après Lui sur une planète dont II a foulé le sol, cela n'est pas notre mérite.

Ce qui émane du Christ vivant, efficient, ce qui peut nous élever vers les hauteurs, c'est à nouveau quelque chose qui nous dépasse, qui dépasse notre moi, qui agit sans que nous n’y puissions rien - tout comme nous avons fauté sans avoir rien pu y faire, sans que ce soit de notre faute, pour ainsi dire.

Par l'existence du Christ sur la terre, la force nous est donnée de regagner les hauteurs sans que nous l'ayons mérité, comme nous avons déchu sans être coupables. Les deux faits ne sont pas liés à l'élément personnel dans lequel vit le moi, mais à ce qui précède le moi et à ce qui le suit.

Nous avons souvent souligné comment, à partir de l'état dans lequel l'homme était doté d'un corps physique, d'un corps éthérique et d'un corps astral, il évolue en transformant ce corps astral en Soi-Esprit ou Manas. Par le péché originel, l’homme a corrompu ce corps astral. Grâce à l’action du Christ, il l’améliore.

Elle lui apporte ce qui répare le désordre causé autrefois, elle apporte la compensa­tion, ce que, au vrai sens du terme, on appelle la grâce. La grâce, c'est l’équivalent, c'est le concept complémentaire du concept de péché originel. L'afflux en l'homme de la force du Christ, la possi­bilité de devenir un avec Lui, la possibilité de dire comme saint Paul : Non pas moi, mais le Christ en moi, tout cela, nous le désignons par le concept de la « grâce ».

Ce n'est pas se méprendre sur l’idée du karma que de parler de péché originel et de grâce. Car parler du karma, c'est parler de la réincarnation du moi dans des vies successives. Le karma, pour l’homme, n'est pas pensable sans la présence du moi. En parlant de péché originel et de grâce, nous désignons des impulsions qui sont au-dessous du niveau du karma, car elles concernent le corps astral.

On peut même dire que le karma humain, tel qu’il est, a seulement été amené lorsque l’homme s’est chargé du péché originel. Le karma se déroule à travers les incarnations. Auparavant se placent des faits qui le préparent, au-delà, d'autres faits qui le compensent.

D’abord : le péché originel - au-delà : la pleine victoire de l’impulsion du Christ, la grâce pleinement efficace.

De ce point de vue également, nous pouvons nous dire que la science de l’esprit a aujourd’hui une grande, une importante mission à remplir. C'est seulement depuis peu que l'humanité en est venue à reconnaître, sous une forme abstraite, des idéaux comme ceux de liberté et de fraternité ; nous allons vers un temps où ces idées ne seront plus seulement abstraites, mais deviendront des forces personnelles vivantes en nous.

De même que les hommes ont franchi un point où ils ont pu concevoir un tel idéal, il leur faut maintenant progresser vers le moment où ils pourront le vivre sous une forme personnelle, où ils entreront dans le nouveau Temple.

Ce temps est proche. Les hommes apprendront que ce qui vient des hauteurs de l'esprit, ce ne sont pas seulement des abstractions, ce sont des forces vivantes. Lorsqu'ils commenceront dans une époque prochaine à ne plus dire : Comme je suis bon ! mais qu'ils percevront par la vision éthérique la puissance vivante du Christ, qu'ils contemple­ront dans son corps éthérique - et nous le savons, ceci se produira pour des individus isolés à partir du milieu du siècle -, qu'ils verront l'Être vivant du Christ, ils sauront que ce qui fut un temps des idées abstraites, ce sont aussi des entités vivantes.

Car le Christ vivant, qui est apparu sous forme physique au cours de notre évolution pour parler aux hommes afin que ceux-ci puissent croire en Lui, même alors qu'ils n'étaient plus ses contemporains, le Christ vivant renouvellera son apparition.

Point ne sera besoin de prouver son existence ; elle sera attestée par ceux qui vivront sa présence - sans avoir suivi un développement particulier, par une sorte de vision mûrie - et qui sauront que les puis­sances morales de l'ordre universel sont des forces vivantes, non des idéaux abstraits.

Nous le voyons, nos pensées ne peuvent nous conduire dans les véritables mondes spirituels, parce qu'elles sont sans vie. Nous ne les compren­drons vraiment que lorsqu'elles nous apparaîtront non plus comme étant nos pensées, mais comme les témoignages du Christ vivant qui apparaîtra aux hommes. L'homme alors, comme il est devenu une personnalité en descendant avec son moi dans des sphères inférieures, sera une personnalité regagnant les hauteurs spirituelles.

C'est ce que le matéria­lisme aujourd'hui veut ignorer. Il comprend aisé­ment qu’il existe des idéaux abstraits comme le bien, le beau, etc. Mais qu’il existe des forces vivantes qui, de par leur grâce, nous élèvent, cela devra être compris grâce à la science de l’esprit et au développement qu'elle rend possible, c’est-à-dire grâce à l'impulsion christique renouvelée.

Quand nous ne voyons plus seulement nos idéaux comme des idéaux, mais que, grâce à eux, nous trouvons le chemin vers le Christ, nous conti­nuons, au sens de la science de l’esprit, le christia­nisme. Il entre alors dans une nouvelle phase, il cesse d'être une phase préparatoire. Il apparaît comme contenant ce qu'il y a de plus grand pour tous les temps à venir ! Et ceux qui le croient tou­jours menacé verront que leurs craintes sont sans fondement lorsqu'il poursuivra son évolution.

Car ce sont les êtres de peu de foi qui s'inquiètent quand on leur dit : Voyez, le christianisme recèle encore bien d'autres splendeurs que celles qui ont été communiquées jusqu'ici ! Ceux qui en conçoi­vent la grandeur, ce sont eux qui savent combien il est vrai que le Christ est avec nous tous les jours, c'est-à-dire qu'il apporte toujours de nouvelles révélations, et qu'il est juste de toujours remonter à la source du Christ.

Lorsque le christianisme apporte ainsi des créations nouvelles, plus vivantes encore, il apparaît infiniment plus grand que ce qu'on croit d'ordinaire.

À ceux qui disent toujours : Mais cela n'est pas dans la Bible, ce n'est pas le véritable christianisme, c’est de l’hérésie ! - à ceux-là il faut rappeler que le Christ a dit aussi : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pourriez pas les supporter. » Il n'a pas parlé ainsi pour donner à penser qu'il vou­lait cacher quelque chose aux hommes, mais pour montrer que, d'époque en époque, Il veut faire de nouvelles révélations. Et II les fera par ceux qui veu­lent Le comprendre. Le nier, c'est aussi ne pas com­prendre la Bible, ni le christianisme.

C'est ne pas comprendre l'avertissement donné dans ces paroles : J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais préparez-vous, afin d’apprendre à les supporter et à pouvoir les comprendre.

Ceux-là seront les vrais chrétiens de l'avenir qui voudront entendre ce que ne pouvaient pas encore supporter les chrétiens contemporains du Christ. Ceux-là seront les vrais chrétiens qui auront la volonté d'ouvrir de plus en plus leur cœur à la grâce du Christ. Les têtus, eux, ceux qui refusent la grâce, diront : Non, revenez à la Bible, seul est vrai ce que dit la lettre.

Ils nient les paroles qui allument au sein du christianisme une lumière ardente, ces paroles que nous voulons porter dans notre cœur : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas encore les supporter ». Heureuse l'humanité si elle devient capable de sup­porter ainsi de plus en plus de choses ! Car c'est ainsi qu'elle mûrira et qu'elle s'élèvera vers les hau­teurs spirituelles, par la voie qu’ouvre le Christianisme.

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Source : Rudolf Steiner - Le Péché originel et la Grâce extrait du cycle Qui est le Christ.




Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

5, impasse du mai
67000 Strasbourg

Mobile : 06 29 54 50 29

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