Que faut-il entendre par formation de l'analyste ?

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Que faut-il entendre par formation de l'analyste ?

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Psychothérapie · 3 Août 2022
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Que faut-il entendre par formation de l'analyste ?

Le seul enseignement compatible avec la perspective analytique est celui qui n'exclut pas mais au contraire qui impose une perpétuelle remise en question. Avec Éliane Amado Levy Valensi, nous dirons :

« Je change et vous changez. Ce qui était acquis hier constitue déjà aujourd'hui une vérité périmée. La rencontre n'est renouvelable que si je ne prétends pas l'atteindre à travers des recettes éprouvées. Chaque heure, chaque minute, comporte son secret, son énigme et la coïncidence de deux sujets n'est jamais entérinée par contrat…

« La technique est un garde-fou si j’ose dire, le B. A. BA de la prudence, le minimum vital qui permet à beaucoup de médiocres d'exercer avec quelque succès un métier dont leur médiocrité devrait les exclure…

« Le spécialiste d'un seul penseur ne pense généra­lement plus » [1].

Mais il faut faire attention de ne pas tomber de Charybde en Scylla, car il y a aussi le piège narcissique du thérapeute qui s'abriterait avec insouciance derrière une intuition l'entraînant dans des jeux intersubjectifs infinis et dangereux.

Tout en accordant à la théorie la place qui lui revient et qu'il serait imprudent de nier, la formation d'un analyste doit essentiellement mettre l'accent sur l'évolution de deux capacités cruciales :

- le savoir écouter,
- et la possibilité de penser par soi-même.

La théorie est indispensable, comme le filet au trapé­ziste, mais la qualité du filet n'a jamais promu la virtuosité de l'équilibriste sur son fil.

La formation ne consiste pas à transmettre des “pensées”, il y a pour cela une abondante littérature qui encombre nos bibliothèques, mais nous devons nous efforcer d’éveiller le processus qui conduit à “penser” personnellement dans l’incertitude et la solitude. Équilibriste sur son fil, disions-nous, telle est la position de l’analyste car, écrit Gantheret, « La pensée analytique se tient et ne peut se tenir que dans ce mouvement qui sans cesse tente de parcourir l’écart entre le mensonge fondamental de toute mise en signe, et l’opacité radicale du réel. Ce mouvement est celui qui va de la continuité substantielle du maternel à la discontinuité erratique, langagière des objets » [2].

À partir d’une solide base culturelle acquise par le candidat, et parallèlement à une analyse personnelle appro­fondie, seul le travail en petits groupes à l’aide de techniques appropriées, peut prétendre apporter une solution au délicat problème de la transmissibilité de l’analyse (dans les limites étroites de ce qui est transmissible).

Encore faut-il que les thèmes choisis pour le travail en séminaires, et leur exploitation par plusieurs thérapeutes-animateurs, permettent une réflexion et une remise en question du candidat qu’il analysera minutieusement par la suite et individuellement avec son analyste didactitien.

Cette formation ne peut être qu’un travail “artisanal” se situant à l’opposé d’un enseignement classique. Si nous négligions l’imbrication complexe de l’individuel et du collectif dans le savoir, le savoir-faire et le savoir-être, si les multiples aspects de la communication avec soi-même et avec autrui n’étaient pas travaillés dans le groupe restreint et repris en analyse personnelle, nous serions dans une position niant la perspective analytique ; comme écrit Roustang :

« Prétendre à la transmissibilité de la théorie analytique en restant au niveau de la théorie, forger théoriquement les moyens de transmettre théoriquement la théorie, c’est faire l’économie de cette perte, c’est-à-dire faire l’économie de l’analyse » [3].

C’est avec Christophe le Passeur que nous conclurons :

Christophe : Répondre ne signifie-t-il pas bon gré, mal gré, instruire, enseigner ? Et qu’enseignerai-je ?

Enfant : A ta question, je répondrai à mon tour par une autre question. Cela fut toujours la meilleure façon de répondre. Je te demanderai en quoi dans quelques instants que je viens de passer avec toi, je t’ai instruit.

Christophe : Tu m’as instruit par ton sourire et ta lumière.

Enfant : Ce ne sont pas tant les paroles et les doctrines qui enseignent - autrement, ah ! combien l'humanité serait depuis longtemps savante ! Mais c’est un ton, un sourire, une lumière, qui se dégage parfois, rarement, fugitivement, de quelques doctrines ou mieux de certaines paroles singulières [4].

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Source : Ballade pour un jeune thérapeute - Paul Montangérand - Ancien Président de la société de psychanalyse et de psychothérapie de Genève.

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Notes :

[1] - Éliane AMADO LEVY VALENSI. « Les Voies et les Pièges de la Psychanalyse » p. 46-6441. Éditions Universitaires 1971.
[2] - François GANTHERET. « Incertitude d’Éros » p. 240. Gallimard 1984.
[3] - ROUSTANG. « Un destin si funeste »p. 99. Les Éditions de Minuit 1973.
[4] - Charles BAUDOUIN. « Christophe le Passeur » p. 175. La Colombe 1984.




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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

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