Saturne - Un regard nouveau sur un vieux démon

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Saturne - Un regard nouveau sur un vieux démon

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Astropsychologie · 8 Août 2022
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Saturne

Dans le conte de « la Belle et la Bête », il nous semble juste, naturel et convenable que la Bête, personnage laid, dur et effrayant, se transforme à la fin en « Prince Charmant » et se marie avec l'héroïne. Ce sentiment de justice est caractéristique de ce que l'on éprouve à la lecture d'un conte de fées car le matériau qui le constitue, de même que pour le mythe, est une description symbolique des valeurs de l'inconscient collectif du psychisme humain.

Ces histoires sont apparemment innocentes, mais elles nous interpellent curieusement et nous semblent familières. Derrière les nombreuses différences culturelles apparentes qui fournissent ici les détails superficiels, on retrouve une simplicité essentielle dans l'intrigue et dans les personnages, car ce sont des images de la vie intérieure de l'homme, l'ossature de sa vie subjective.

Il y a toujours le même héros, la même jolie princesse, le même géant stupide et le même trésor enfoui. La Bête est toujours la face cachée du Prince Charmant.

Ce genre de paradoxe semble constituer un aspect évident de l’existence et il est acceptable dans les contes, dans les mythes ou dans d'autres formes de symbolisme, tels la plupart des thèmes religieux. Cependant, cette notion de la dualité ne semble pas avoir infiltré nos points de vue astrologiques modernes.

Il y a toujours des planètes mauvaises qui sont totalement mauvaises et des bonnes planètes qui sont totalement bonnes. Même si parfois nous permettons une petite ambiguïté, un peu de gris parmi le noir et le blanc absolus, cela reste bien peu.

Notre interprétation traditionnelle du thème de naissance se fait horizontalement et dans deux dimensions. Il existe aussi la tendance à interpréter le thème en fonction des critères moraux de la société, de telle sorte qu'on parle de cartes du ciel honnêtes et malhonnêtes, d'aspects moraux et immoraux, de comportements positifs ou négatifs.

En astrologie, les choses tendant encore à se cantonner dans le « soit ceci - soit cela ». Carl Jung a déjà écrit sur le fait qu'avant l’avènement du Christianisme, le mal n’était pas assimilable totalement au mal.

On peut dire que dans l’astrologie christiani­sante, nous avons perdu une grande part des paradoxes subtils qui font la richesse de ce système symbolique.

Le plus calomnié des symboles astrologiques est Saturne, dont le visage de « Bête » est reconnu au détriment de son autre face, « le Prince Char­mant », qui est rarement considéré. Cependant, sans ses deux aspects, le symbole ne saurait communiquer toute sa signification et son interprétation n’aurait pour l’individu qu’une valeur hori­zontale et bi-dimensionnelle.

Saturne symbolise un processus psychique autant qu’un certain genre d’expérience. Il n'est pas simplement une représen­tation de la souffrance, de la restriction et de la discipline ; il symbolise également le processus psychique, propre à tous les êtres humains, par lequel l’expérience de la souffrance, de la restriction et de la discipline devient un moyen d’accomplissement et d’éveil de la conscience.

La psychologie a démontré l'existence dans la psyché hu­maine dune motivation ou impulsion vers l’accomplissement ou réalisation de la totalité de soi-même.

Cet état de plénitude est symbolisé par l'archétype du Soi. Ce symbole ne suggère pas une perfection qui n'inclurait que les bons côtés de la nature humaine, mais plutôt un état de complétude à l'intérieur duquel tout ce qui fait partie de l'homme trouve sa place de façon harmonieuse à l'intérieur du tout.

Cet archétype est présent derrière le symbolisme de différen­tes religions à travers le monde et se retrouve également dans le folklore et les légendes de chaque civilisation et à travers chaque ère historique. Il est toujours intrinsèquement le même, bien que son aspect extérieur change au fur et à mesure que l'homme se développe.

Le processus psychique symbolisé par Saturne semble se référer à la réalisation de cette expérience intérieure de pléni­tude chez l'individu. Saturne est lié à la valeur éducative de la souffrance ainsi qu'à la différence entre valeurs extérieures, acquises par le biais des autres, et valeurs intérieures, fruit de notre recherche intérieure personnelle.

Saturne dans son rôle de « la Bête » est un élément essentiel à sa compréhension, car comme nous le dit le conte, c'est seulement lorsque la Bête est aimée pour qui elle est qu'elle peut briser le sortilège et redevenir le « Prince Charmant ».

En astrologie traditionnelle, Saturne est considérée comme une planète maléfique. Même ses qualités sont plutôt dépeintes tristement, autodiscipline, économie, prudence, et ses défauts sont particulièrement déplaisants puisqu'ils opèrent toujours par le biais de la peur.

Il n'a rien du charme associé aux planètes extérieures et rien d'humain qui soit comparable aux planètes intérieures. Selon l'idée populaire, il est totalement dépourvu d'humour. On le considère comme le pourvoyeur des limitations, des frustrations, des travaux difficiles, du dénigrement de soi et même son côté lumineux est généralement associé à la sagesse et l'autodiscipline de l'homme qui travaille sans relâche et ne commet pas l'atrocité de rire de la vie.

Par sa position en signe et en maison, Saturne indique les secteurs de la vie dans lesquels l'individu se sent inhibé, là où il expérimente la frustration et rencontre des difficultés.

Dans de nombreux exemples, Saturne semble être lié à des circonstances douloureuses qui n'apparaissent pas provenir d'une faiblesse ou d'un défaut de la personnalité, mais qui néanmoins lui tombent dessus, justifiant ainsi son titre de « Seigneur du Karma ».

Cette évaluation plutôt déprimante reste attachée à la planète en dépit d'enseignements plus anciens et persistants qui la décrivent comme le « Gardien du Seuil », celui qui détient les clés de la porte et qui seul permet éventuellement d'atteindre la liberté à travers la connaissance de soi.

Les expériences de frustration liées à Saturne sont autant nécessaires qu'éducatives, dans un sens pratique comme dans un sens psychologique. Les faits sont les mêmes que l'on utilise des termes astrologiques ou des termes psychologiques : les êtres humains n'acquièrent pas la volonté libre sans passer par la quête intérieure et ils ne s'y engagent que si l'intensité de leur souffrance ne leur laisse plus d'autre choix.

Bien que quelques astrologues considèrent Saturne comme un compagnon agréable, la nécessité de l'expérience saturnienne est à contre-cœur reconnue. Quiconque éprouve du plaisir à souffrir est considéré comme un masochiste ; cependant, Saturne n'encourage pas le plaisir à souffrir, mais plutôt la joie de la liberté sur le plan psychologique. Si ceci n'est pas davantage reconnu, c'est que peu de personnes ont fait cette expérience.

Tout le monde, à un moment ou à un autre, a fait l'expé­rience de retards répétés, de désappointements et de peurs qui coïncident généralement avec une forte influence de Saturne. Cependant, il n'y a pas tellement d'autres réponses à la question du sens de ces expériences et de la façon de les vivre que le conseil habituel de patience et de contrôle de soi.

La réponse courante à cette question, lorsqu'elle n'est pas mise sur le compte de la malchance, est que la personne expérimente son karma, l'aboutissement d'une action ou d'un cycle commencé dans une incarnation précédente. Le mieux à faire pour cette personne serait alors d’endurer sa déception, de serrer les dents, de ne pas agir, de garder la foi et ainsi de payer sa dette afin de retrouver le chemin de la lumière.

Même ceux qui parmi les astrologues reconnaissent une certaine part de liberté en l’homme trouvent difficile d’offrir d’autres conseils que ceux de patience, de calme et d’attitude positive. Mais ce que Saturne nous demande peut-être, pourrait ressembler à l’expérience de Parcifal lorsqu’il vit le Graal dans le château enchanté, à savoir de se poser des questions.

Il est possible que chaque retard, chaque déception ou chaque peur puisse être utilisé comme un moyen de pénétrer plus à fond les mécanismes psychiques et ainsi d’apprendre progressivement à percevoir le sens de la vie.

Tant de choses se passent à l’intérieur de l’homme dont il reste inconscient et ceci ne s’applique pas uniquement aux émo­tions refoulées. Le monde de l’inconscient ne fait que commencer avec le niveau périphérique exploré par Freud L’homme crée son monde en permanence selon le cadre de pensées qu’il produit.

La réalité qu’il expérimente est la manifestation visible de ce cadre. Les expériences faites par un individu sont mystérieusement attirées dans sa vie par le pouvoir créateur de sa propre psyché et bien que nous ne comprenions pas pleinement la manière syn­chrone dont vie intérieure et existence extérieure sont les reflets l’un de l’autre, nous savons que cela arrive dans la vie de chacun.

Il suffit d’observer une personne engagée dans un processus d’évolution pour voir que les circonstances extérieures de sa vie suivent toujours de façon immédiate les changements psychiques qui s opèrent en elle.

Elle ne crée pas consciemment ces circons­tances, car cela provient plutôt du soi, de la totalité de la psyché, énergie dynamique soutenant chaque pas de l’individu. Si ce dernier ne fait aucun effort pour devenir conscient, de telle sorte qu'il puisse comprendre la nature de ce processus et coopérer avec lui, alors il se vivra comme un objet entre les mains du destin, n ayant aucun contrôle sur sa vie.

Il ne peut acquérir la liberté qu’en apprenant à mieux se connaître et ainsi comprendre la valeur de telle expérience selon la perspective du développement de son propre soi. Et rien ne stimule autant l'homme sur ce chemin d'exploration que la frustration, ce qui est le don de Saturne.

La plupart d'entre nous n'en sont pas au stade de déplacer instantanément les molécules denses de la matière par le pouvoir de la pensée. Ceux parmi nous qui en sont arrivés à ce point de l’évolution voient souvent leurs expériences ou leur existence dénigrées.

Sinon, ils reçoivent l'honneur douteux d’être considérés, non pas comme des maîtres capables d’exprimer le potentiel qui réside en fait en chacun, mais comme des monstres de la nature ayant, selon les religions, péché contre Dieu.

Les créations mentales de la plupart des gens leur reviennent indirec­tement dans la réalité physique par le biais de prétendues fautes commises par autrui ; ou bien à travers des circonstances heureu­ses qu’ils attribuent à la diligence de leur intellect conscient ; ou encore à travers la maladie ou l’accident dont le blâme est à mettre sur le compte de la malchance, de la bactérie ou de la mauvaise alimentation.

Tous ces canaux d’expression sont les moyens par lesquels se produit l’expérience saturnienne, souvent accompagnée de sa coloration favorite qui est la solitude. Ces expériences sont habituellement plus difficiles que ce qu'elles ont besoin d'être et l'enseignement retiré quant à leur valeur intérieure reste minime. Seules la sagesse pratique et la prudence y sont apprises.

Il n’y a rien que l'on déteste autant que d’accepter la responsabilité de nos actions et de notre destinée, bien que l’homme aime désespérément se croire libre.

Et lorsque responsa­bilité est prise, elle est souvent critiquée et étiquetée de péché, ce qui constitue une attitude tout aussi stérile. Vouloir simplement qu'un problème change et comprendre les raisons superficielles de son existence ne le fera pas disparaître, particulièrement s'il ne s'agit pas là d'un problème, mais d'une tentative de la psyché pour établir un point de vue plus équilibré et plus inclusif.

L'inconscient chez l'être humain recherche toujours l'intégration et la totalité, et il travaille avec tous les moyens d'expression dont dispose l'homme conscient.

C'est uniquement lorsque ses idées sur ce qui est bien et ce qui est mal entre en conflit avec le chemin inconsciemment suivi que l'homme commence à souffrir. Cette souffrance apparaît habituellement par un sentiment de futilité et d'à quoi bon.

De nombreuses personnes s'apitoient sur leur sort ; mais sans égard pour ce qu'elles croient désirer de la vie, elles continuent jusqu'au dernier moment à détruire leur rêve avant qu'il ne se réalise.

Cette destructivité est liée à la peur et à la culpabilité ; souvent, derrière la peur et la culpabilité, se tient un autre but qui est peut-être plus sage et plus significatif que le chemin suivit au niveau du conscient. Mais ce que l'on perçoit généralement est cette destruction. Elle a souvent été qualifiée de maléfique et à cette énergie, une personnification a été attribuée connue sous le nom de Satan, ce qui bien sûr est un terme proche de Saturne, et qui rappelle aussi les cornes et les sabots de la chèvre Capricorne.

La nature de ce conflit entre le conscient et l'inconscient, entre la lumière et les ténèbres, n'est ni bien ni mal. Il est seulement nécessaire à la croissance, car c’est de lui que peut provenir l'intégration éventuelle et l'élargissement de la conscience.

La dualité que l'homme découvre en lui quand il franchit le seuil du conscient le perturbe sérieusement, car nous avons tendance à oublier que tout ce qui se tient sous la lumière projette une ombre.

Dieu et Satan, qu’ils aient ou non une existence objective, existent définitivement dans la psyché hu­maine en tant qu’impulsions, mais ils ne sont pas ce qu'ils paraissent être au premier abord. Il n'existe pas de méthode rapide et facile pour faire de Saturne un ami.

De bien des façons, l’art ancien de l’alchimie poursuivait cette finalité. Le matériau de base de l’alchimie, à transmuter en or, avait pour nom Saturne et était considéré, à côté de son existence matérielle, comme étant l’alchimiste lui-même. La psychologie moderne, qui présente de plus en plus des parallè­les avec la démarche alchimique, cherche aussi à faire de Saturne un ami, bien qu’il ait ici d’autres noms.

Mais si l’on persiste, il devient possible d’extraire l'or. Finalement, nous découvrons, non sans effort, que Saturne possède aussi un formidable sens de l’humour, à condition toutefois que nous soyons assez subtils pour comprendre son ironie.

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Source : Liz Greene - Saturne - Un regard nouveau sur un vieux démon.

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Pascal Patry
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