Prisonnier de notre ego

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Prisonnier de notre ego

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Psychothérapie · Samedi 18 Mar 2023
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Prisonnier de notre ego

Au départ du cheminement à travers la forêt de notre psychisme, je te propose de regarder ce schéma :





La vocation de l’homme est l’ouverture de son champ de conscience, dont le Moi est le centre, alors que le Soi est le sujet de la totalité : corps, psychisme et âme.

Entre le Moi et l’inconscient, doit s’établir, dans le meilleur des cas, une dialectique qui oeuvre pour une évolution de plus en plus élevée vers notre dimension spirituelle. Or, ce processus d’évolution n’est possible que si la souplesse du Moi lui permet une mobilité suffisante. Malheureusement, le plus souvent, cette souplesse est entravée par le développement, en son sein, d’un noyau sclérosé, véritable kyste psychique : l’ego.

L’ego est structuré par ton passé, par l’héritage socio­culturel que tu as reçu, et par ton Surmoi, qui t’enferment dans un système répétitif clos, où tout est connu et a trouvé sa réponse (Ce sont, entre autres, tes certitudes).

Incontestablement ce fonctionnement est rassurant, puisqu’il élimine l’incertitude, mais il génére la forme d’aliénation la plus subtile : celle de l’homme par lui-même, et cela sans qu’il le sache.

Cette aliénation est particulièrement nocive, car elle enferme le sujet dans une culpabilité et un aveuglement paralysants, lui interdisant d’être lui-même. Alors, toute son énergie s’enlise dans la corporéité, et se manifeste par un état déficient ou “normose”.

L’Ego est un “Grand Inquisiteur” empêchant de voir le monde d’une manière claire et objective. Censure et refoulement, par l’énorme consommation d’énergie qu’elles nécessitent, entraînent un gâchis de nos ressources propres. Mais le plus grave, c’est que le blindage de l’ego interdit en grande partie l’accès aux zones de l’inconscient où siègent l’intuition et la créativité. L’Ego empêche l’accès au SOI.

Jung écrit :

“Tant que le Soi est inconscient, il correspond au surmoi de Freud et constitue une source de conflits constants. Mais s’il s’est retiré des projections, c’est-à-dire s’il n’est plus l’opinion des autres, l’homme sait qu’il est son propre oui et son propre non. Alors le Soi agit comme une “unio oppositorum”, et constitue par là l’expérience la plus immédiate du divin que la psychologie puisse en définitive saisir.” (Jung. 1971, p. 284).

À l’intérieur de notre inconscient se trouve toute une richesse qui nous parle par des symboles ; certains expriment des conflits personnels, mais d’autres se réfèrent aux vérités de la vie spirituelle qui est la dimension spécifique de l’homme. Si la thérapie n’accède pas à ce niveau, ou ne prend pas en compte les matériaux qui s’en dégagent, elle reste une tâche interminable. Freud, à la fin de sa vie, dans un texte d’une grande honnêteté intellectuelle, “Analyse terminée et Analyse interminable”, écrit :

“Tout ce qui a un jour existé persiste opiniâtrement. On se demande parfois si les dragons des temps primitifs sont vraiment bien morts. [...]

Peut-être notre intention de remplacer le refoulement perméable par des maîtrises de pulsions sûres, bien adaptées au Moi, ne se réalise-t-elle pas toujours pleinement, c’est-à-dire assez profondément. La transformation, même réussie, peut n’être que partielle seulement ; certains éléments des anciens mécanismes ne sont pas touchés par le travail analytique.” (Freud. 1939, p. 3).

Nous devons reconnaître que certains patients n’osent pas s’engager dans l’exploration de cette dimension de leur psychisme, mais n’y a-t-il pas aussi chez le père de la psychanalyse un point aveugle, scotomisant la véritable dimension de l’homme, entraînant la confusion entre les dogmes et la spiritualité ? Écoutons-le :

“La spiritualité consiste à abaisser la valeur de la vie et à déformer d’une manière délirante l’image du monde réel, démarches qui ont pour postulat l’intimidation de l’intelligence. À ce prix, en fixant de force ses adeptes à un infantilisme psychique, et en leur faisant partager un délire collectif, la religion réussit à épargner à quantité d’êtres humains une névrose individuelle, mais c’est à peu près tout.” (Freud. 1939, p. 27-28)

Cependant, un freudien, Nacht, reconnaît avoir découvert cette dimension spirituelle chez certains de ses
analysants, mais il ne la nomme pas ; nous pouvons lire sous sa plume :

“J’ai pu, au cours de mon expérience thérapeutique, percevoir chez certains de mes patients, cette partie d’eux-mêmes dont ils n’étaient absolument pas conscients, et qui ne participait pas à leurs conflits, se tenant en dehors du tumulte psychique, sorte de point permanent dans un tourbillon d’impermanence. Ma conviction est que ce même point existe en tout homme, qu’il est inné, et par conséquent ne doit rien au milieu ni aux circonstances”. (Nacht. 1967, p. 429).

Je suis d’accord avec Freud pour constater que certaines pratiques religieuses sont une belle illustration de l’enfermement dans l’ego, conduisant paradoxalement l’adepte à un comportement en opposition radicale avec les paroles qu’il récite sans les comprendre, et surtout sans les vivre.

Il est aisé de se rassurer en adoptant les idées toutes faites d’une confession, d’une idéologie ou d’une théorie ; mais sortir de la prison de l’ego, c’est s’aventurer sans repères dans l’inconnu de la vraie vie. C’est de cet inconnu que l’homme a peur, et souvent il choisira sa propre aliénation et l’intolérance pour ceux qui sont différents. Cette intolérance va jusqu’au meurtre psychique, et parfois physique du prochain. S’engager dans la voie de l’humain, c’est accepter de ne plus regarder en arrière ; c’est accepter l’inconfort de ne rien avoir pour reposer sa tête :

“Comme il faisait route, quelqu’un Lui dit en chemin : “Je te suivrai où que tu ailles.”
Jésus répondit :
“Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’Homme, lui, n’a pas où reposer sa tête.”
Il dit à un autre :
"Suis-moi".
Celui-ci répondit :
“Permets-moi de m’en aller d’abord enterrer mon père.”
Mais II répliqua :
“Laisse les morts enterrer les morts ; pour toi, va-t-en publier le royaume de Dieu.”
Un autre encore lui dit :
“Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi d’abord de prendre congé des miens.”
Mais Jésus lui répondit :
“Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière, est impropre au royaume de Dieu.” (Luc. IX.62)

L’ego paralyse le Moi en l’enfermant dans le camp retranché de l’imaginaire. Ce qui bloque en nous le mouvement de Vie, c’est l’aveuglement nous faisant craindre la mort, lorsque se déconstruit l’image que nous avons de nous.

“L’individuation a deux aspects fondamentaux : d’une part, c’est un processus intérieur et subjectif d’intégration, d’autre part, c’est un processus objectif, et tout aussi indispensable, de relation avec l’autre.” (Jung. “Psychologie du transfert", p. 96)

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Bibliographie :

JUNG. 1971, “Les Racines de la conscience”, Buchet-Chastel.

FREUD. 1938, “Analyse terminée et Analyse interminable”, in : Revue française de Psychanalyse N°1.

NACHT. 1967, “Rôle du moi autonome dans l’épanouissement de l’être humain”, in : Revue française de Psychanalyse XXXI.




                                                                               


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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

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