Le livre blanc

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Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Psychothérapie · 3 Août 2022
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Le livre blanc

« Toute la médecine est amour ».
Paracelse [1]

Cherchant à définir le contenu du message transmis par C. Baudouin, je me suis rappelé cette phrase de Goethe : « Ce que tu as reçu de tes pères, sache le conquérir pour en être l’héritier ». Voilà qui met bien en évidence la différence entre la position statique de celui qui reçoit un savoir et le mouvement actif et créateur de l'héritier dont l’héritage n’est pas de l’ordre de l’Avoir mais de celui de l’Être. En effet, ce qui est essentiel pour un thérapeute, c’est sa manière d’être ; c’est son Être qui se trouve engagé dans sa relation à l’autre. Mais l’Être est le fruit d’un processus évolutif singulier, il est à découvrir.

Ce que nous apprenons, nous le devons plus à nos patients qui souffrent qu’à nos “Maîtres” qui, le plus souvent, nous transmettent des notions abstraites ayant peu à voir avec la réédité rencontrée dans notre pratique professionnelle. Les théories élaborées par nos prédéces­seurs sont des repères utiles, mais ne doivent pas être mémorisées comme des dogmes. Ce que nous avons à construire, c’est une théorie de notre expérience tirée du vécu de nos rencontres. Cette élaboration théorique personnelle est une nécessité, elle s’impose à tout thérapeute ayant l’exigeante honnêteté de poursuivre sa recherche intérieure.

« Quand on parle de science appliquée, écrit Baudouin, cela suppose d’ordinaire une source théorique bien consti­tuée, et des applications qui peuvent être déduites de la théorie. C’est le cas en physique, en mécanique, en chimie. En psychologie il en va autrement, et c’est la pratique elle-même qui est la grande pourvoyeuse de connaissances théoriques toujours plus précises… Les grandes découvertes de la psychologie récente ont suivi, plus qu’elles n’ont précédé, la mise en œuvre de ces disciplines psychothéra­peutiques, quitte à permettre ensuite de les perfectionner à leur tour, tout au moins devons-nous dire qu’il y a ici, entre la théorie et la pratique, un constant et réciproque échange. » [2]

Le XIXe siècle, dans le domaine de la psychologie, hérita du XVIIIe l'ambition de constituer l’homme par une genèse mécaniste où l'élément corporel détermine les fonctions supérieures. La conscience apparaît alors comme un épiphénomène, puisque selon cette approche elle dépend essentiellement des organes du corps. L’homme est saisi au niveau de la sensation, son âme n’étant autre que son aptitude à percevoir. Dans cette perspective positiviste et scientiste les chercheurs mesurent des rapports quantitatifs. Cette psychologie de laboratoire a été attaquée par Bergson, dans son “Essai sur les données immédiates de la conscience” (1889), réfutant l’illusion qui fonde le déterminisme psychologique. La conscience n’est pas une somme d’éléments quantitatifs que l’on pourrait isoler, dénombrer, elle est “Une”, bien que faite de moments qui se pénètrent et s’organisent.

Baudouin se défie d’une psychologie qui ne vise qu’à l’objectivité du savoir de la science où nous risquons de « ne sauver la science qu’en perdant la psychologie » [3]. « L’esprit positiviste, qui s’est donné un instant comme le tout de l’esprit scientifique, et manque singulièrement de psychologie, est précisément l’antidote susceptible de corriger et de nuancer la dogmatique impliquée dans l’esprit positiviste » [4].

« Il importe de se garder en psychologie, aussi bien de l’esprit sectaire qui se complaît dans un “splendide isolement” refusant avec une superbe ignorance la confrontation des diverses théories » [5] que du schématisme, fils de l’abstraction, l’un des pires ennemis de l’homme « un ennemi qu’il nourrit en son sein d’être pensant » [6].

Voilà qui précise dans quelle voie doit s’orienter une formation de thérapeute, héritière non pas d’une théorie, mais de l’esprit Baudouin, celui-ci précisant en effet que « ce qui est le plus grave, c’est le choix d’une carrière de psychologue et d’une psychologie d’apparence rigoureuse qui trahit souvent une infirmité du sens psychologique naturel, une insécurité dans la connaissance des hommes : de là procède ce désir compensateur (au sens d’Adler) d’avoir une “science” et des “techniques” qui puissent s’apprendre et obvier à coup sûr à cette insécurité native » [7].

« Cette forme d'intelligence construit des plans, des schémas, des systèmes, comme autant d'appareils de sécurité destinés à éliminer l'imprévu, mais cela finit par être une politique de l'autruche.

Accentuée au-delà de certaines limites, cette forme de pensée devient une sclérose de l'intelligence, car il faut bien en revenir à la formule excellente de Claparède, selon qui l'intelligence est essentiellement la capacité de résoudre des problèmes nouveaux rencontrés. Une intelligence qui se met à l'abri derrière le système pour nier l'imprévu paraît manquer à sa tâche essentielle » [8].

Nous venons d'entendre Baudouin nous mettre en garde contre « un esprit sectaire se refusant, avec une superbe ignorance, la confrontation des diverses psychologies ». C'est pour nous l'occasion de lever un malentendu. Certains, mal informés, ont reproché à Baudouin d'avoir fait ou tenté de faire une synthèse entre Freud et Jung, il nous faut donc apporter quelques précisions.

De toute évidence, vouloir juxtaposer les théories de nos illustres prédécesseurs est absolument impossible et toute tentative dans ce sens relèverait d'un syncrétisme absurde.

Ce que nous propose le fondateur de notre Institut, c'est une synthèse au sens où l'entendait Bergson : « Le programme de l'institut est de travailler dans un esprit de synthèse et de tolérance réciproque. Il cherche à provoquer l'échange de vues, le frottement d'idées, la collaboration entre représentants de diverses techniques, entre psycho­logues, médecins, ministres religieux, et ceci en dehors de toute limitation nationale ou confessionnelle » [9].

Baudouin a répondu à la critique qui lui a été adressée : « Nous contestons quant à nous, la désignation d'éclectisme, même lorsqu’elle est appliquée avec gentillesse à notre effort de synthèse. Car il ne s'agit précisément de rien de gratuit ou d'arbitraire. Nous qui appartenons à la génération qui succède à celle des grands pionniers, nous avons trouvé leur œuvre devant nous. … Nous nous sommes sentis, devant eux, comme un cartographe devant les premiers explorateurs du continent africain. Ils avaient, les uns et les autres, établi leurs tracés qui ne concordaient pas toujours, mais qui procédaient d’expériences vécues. À nous de voir comment tenir ensemble ces tracés de manière à établir notre carte du continent » [10].

L’essentiel de l’héritage de Baudouin ne réside pas dans sa théorisation, bien que celle-ci nous soit utile, mais dans une manière d’être, une manière de penser orientée vers l’ouverture à l’inconnu. Nous ne devons pas chercher à instruire les autres, nous dit-il, mais les inviter à « participer aux démarches que l’on a accomplies pour s’instruire soi-même » [11].

Pour mieux comprendre le message transmis, il est indispensable de nous rappeler que Baudouin fut l’élève de Bergson. Il dédia son livre : “La découverte de la Personne” à « Henri Bergson dont le cours sur la personnalité me fut, lors de mon adolescence, une décisive incitation ; en témoignage d’une durable gratitude ».

Nous préciserons brièvement cette influence à travers trois concepts de la philosophie bergsonienne : synthèse, élan vital, intuition.

Dans la synthèse, Bergson voit une pluralité d’éléments, une multiplicité qui est qualitative et non pas quantitative. La multiplicité qualitative ne relève ni de “UN” ni du multiple, nous ne devons pas raisonner en termes de parties qui se juxtaposeraient pour donner un tout, mais nous devons la comprendre comme un système en expansion infinie qui se caractérise par l’effet de résonance de chacun des éléments les uns sur les autres. Chez Baudouin, il n’est pas question d’une complémentarité totalisatrice Freud- Jung, mais d’une mise en opposition dialectique, créatrice d’un mouvement de dépassement par une ouverture à la créativité de chaque personne.

Chez Bergson, ce processus est solidaire de “l’Élan Vital”, moteur de l’évolution créatrice. Notons bien que l’évolution créatrice n’est pas l’unité d’un développement progressif, mais un mouvement consistant en une création de nouveautés imprévisibles. C’est cela qui est demandé au thérapeute, car il ne doit pas attendre dans sa pratique l’illustration d’une situation théorisée par un autre dans le passé. Cette position exige que l’analyste ait dépassé le narcissisme de la phase phallique qui l’emprisonne dans l’image gratifiante d’un Maître dont il espère bénéficier de la toute-puissance imaginaire.

Bergson nous dit que « l’élan de vie consiste en une exigence de création » qui s'oppose à la matière, pour introduire « la plus grande somme possible d'indétermination et de liberté ». Il faut donc supposer une « Force en nous » [12] qui n'est pas matérielle puisque la loi de la matière est toujours la dégradation de l'énergie (entropie - principe de Carnot). C'est cette force psychique qui est appelée “Élan vital” et que Bergson définit comme étant une poussée pour produire des êtres capables d'actes libres. Dans cette perspective la formation d'un thérapeute doit essentiellement porter sur le développement de sa capacité créatrice, sur l’accession à une pensée autonome, donc singulière, qui a su se débarrasser de la pensée “robotique” aliénée dans un savoir théorique trop prégnant.

Nous sommes amenés à aborder un autre point de la philosophie bergsonienne, à savoir la distinction entre intelligence et intuition. Bergson s’inscrit en faux contre ceux pour qui “comprendre c’est mesurer”, pour lui, comprendre c’est “coïncider”, et il oppose l’analyse à l’intuition. À l’idéal baconien de puissance qui tente de classer en éléments la nature, Bergson propose de se mettre à l'écoute en se plaçant au plus près des choses pour une connaissance directe, une espèce « d'auscultation spirituelle de la réalité ». L'analyse décompose l'objet en concepts, faisant entrer dans une même catégorie les caractères communs d'individus différents, elle tente d'amener l’altérité au “Même”, donc de nier ce qui fait l'originalité de l’Être. Le mot “concept” signifie “saisir” et “intuition” signifie “contempler”. L’intuition est un mouve­ment de sympathie pour coïncider avec ce qui fait l’unique de l’Être, l’inexprimable qui échappe à l’ambition totalitaire du savoir. Pour Fromm, disciple de Freud, les chemins de la recherche intellectuelle et de la raison discursive ne conviennent pas, il souligne « la différence entre l’intellection et l’expérience totale affective qui survient dans un authen­tique “travail de percée” … car être conscient de ma respiration ne signifie pas réfléchir sur ma respiration, pas plus qu’être conscient du mouvement de ma main ne veut pas dire réfléchir sur lui. Bien au contraire, en réfléchissant sur ma respiration ou sur le mouvement de ma main, j’y perds la conscience » [13]. Bien également, il parle de la « pensée pure, la pensée sans penseur » et conçoit l'intuition comme une fonction psychique supérieure à la pensée logique.

Ces considérations nous amènent à distinguer net­tement la conscience intellectuelle de la conscience affective. En psychanalyse, il ne suffit pas de rendre conscient ce qui est inconscient, car la dynamique de l’action analytique ne dépend pas du contenu des matériaux produits par le patient, mais des résistances qu’il leur oppose et de l’émoi qu’il ressent lors de la reconstruction de son histoire. Pour chaque cas le thérapeute doit adopter l’approche qui convient au patient.

Pour l’homme, la sortie partielle d’une programmation par l’instinct et l’ouverture de cet espace psychique d’éla­boration que Teilhard de Chardin nomme « le pas de la réflexion » a donné des êtres moins adaptés, plus émotifs, plus inquiets, plus demandeurs d’affection, car plus sensibles à la présence de l’autre. Mais grâce à cette ouverture, l’homme accède à sa créativité.

« Dieu créa l’homme à son image à sa ressemblance il le créa. » (Genèse : I, 26.).

L’homme a été créé créateur et ce n’est que par sa créativité qu’il devient humain. Être créateur de soi-même est de l’ordre de l’imprévisible, catégorie qui renvoie au jeu, au sens où l’entendait Schiller : « L’activité créatrice élève l’homme au statut de joueur, l’homme n’est vraiment humain que lorsqu’il se met à jouer » [14]. Winnicott écrit également : « La psychothérapie est un chevauchement de deux aires de jeu, celle du patient et celle du thérapeute. Là où le jeu n’est pas possible, le travail du thérapeute consiste à amener le patient d’un état où il n’est pas capable de jouer à un état où il en devient capable » [15].

Mais jouer, c’est risquer l’erreur ; donnons-nous le droit à l’erreur ? Acceptons-nous de prendre des risques en sortant des chemins tracés par les autres comme nous le souffle Antonio Machado :

« Tout passe et tout demeure
mais notre lot est de passer
passer en traçant des chemins
des chemins sur la mer
...

Homme qui chemine ce sont les traces de tes pas
qui forment le chemin et rien de plus
Homme qui chemine il n’y a pas de chemin
le chemin se trace en marchant.
...

Homme qui chemine il n’y a pas de chemin
sinon un sillon sur la mer ».

Comme Bergson qui réclamait pour l’homme moderne un “supplément d’âme” Baudouin refuse de donner la priorité à la raison logique. Il opte pour une bipolarité - intuition, intelligence - en nous rappelant de bien distinguer une intelligence anale d’une intelligence génitale. La première collectionnante, sommative prenant les choses du dehors ; la seconde intuitive, hardie, pénétrante et créatrice : l’expérience de l’implicite en nous. Mais il reconnaît que l’intuition serait incommunicable si elle ne se définissait pas dans des concepts. Toutes les formes de pensée doivent se prêter un appui mutuel ; l’intuition risque d’être délirante et les concepts sans les sensations restent vides. Baudouin nous met en garde contre tout système qui nous éloigne du réel, et va jusqu’à dire que la pensée philosophique systématique s’apparente à celle du para­noïaque. L’esprit dogmatique est parent de l’obsession ; la libre appréhension de la réalité suppose d’abord une libération à l’égard des formes immobiles. Un esprit soumis demeure sensible aux seules ressemblances entre les choses, ce qui ne favorise pas la recherche. Tandis qu’un esprit indépendant remarquera beaucoup plus les diffé­rences, ce qui l’engage dans la voie de la curiosité empirique. Que les écrits de divers auteurs deviennent des contenants temporaires assurant la base de départ pour nos inter­rogations et notre propre recherche. Trop souvent nous aurions tendance à nous contenter des conclusions, abou­tissements de découvertes des autres pour nous enfermer dans des systèmes rassurants.

Notre héritage ne peut être qu’une invitation au voyage intérieur où nous vivrons notre aventure. Nous sommes conviés à devenir des créateurs, en toute humilité, pour que s’opère en nous une transformation. Cette metanoïa est essentiellement le fruit du renoncement dont nous parle Maître Eckhart, renoncement qui nous ouvre à un état de vacuité propice au dévoilement de l'inconnu. Tout un programme qui nous engage à prendre le risque de perdre nos anciens repères afin de « devenir ce que nous sommes ».

« Efforce-toi d’être une personne et fais en sorte que les autres puissent l’être » nous dit Baudouin ; telle doit être, à mon avis, la vocation d’un thérapeute. Mais souvenons-nous qu’une vraie filiation ne s’établit que dans la séparation, on n’est (naît) fils qu’en devenant libre, c’est-à-dire en accédant à sa parole, en prenant sa place dans la lignée, donc en sortant du fusionnel archaïque.

« Ne pensez pas que je vienne jeter la paix sur la terre
Je ne viens pas jeter la paix, mais l’épée.
Oui, je viens diviser l’homme et son père,
la fille et sa mère, la bru et sa belle-mère ».
Matthieu X, 34-35

Pour conclure, je vous raconterai un rêve ancien, que je fis vers la fin de mon cursus de formation analytique :

J’étais dans un bureau face à mon analyste, tenant à deux mains un gros vieux livre relié cuir où chaque page de papier bible était enrichie d’annotations manuscrites ; c’était le livre rassemblant toute l’expérience de celui qui m’avait accompagné dans mon voyage intérieur. C’était “Son Livre” qu’il m’avait prêté et que je venais lui rendre avant de partir pour l’étranger.

J’aurais bien voulu garder ce livre et timidement je demandais à le garder encore un certain temps. J’aurais aimé le garder pour toujours, mais mon interlocuteur sourit en me retirant le “précieux” ouvrage des mains, tout en me disant :

« Celui-là, vous me le rendez, mais voici le vôtre, je vous le donne. ».

Il prit sur son bureau un livre ressemblant parfaitement au premier quant à son épaisseur et à sa couverture ; j’étais ému, je l’ouvrais, le feuilletais, du commencement jusqu’à la fin… Toutes les pages étaient blanches.

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Source : Ballade pour un jeune thérapeute - Paul Montangérand - Ancien Président de la société de psychanalyse et de psychothérapie de Genève.

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Notes :

[1] - Épitaphe sur la tombe de Paracelse à Salzbourg.
[2] - Charles BAUDOUIN. « Action et Pensée » sept. oct. 1954. p. 99.
[4] - Ch. BAUDOUIN. « Y a-t-il une Science de l’Âme ? » p. 13 Arthème Fayard 1961
[5] - Ch. BAUDOUIN. « Le Mythe du Moderne » p. 89. Éditions Mont Blanc 1946.
[6] - Ch. BAUDOUIN. « Y a-t-il une Science de l’Âme ? » p. 71.
[7] - Ch. BAUDOUIN. « Le Mythe du Moderne » p. 62.
[8] - Ch. BAUDOUIN. « De l’instinct à l’Esprit » p. 153. Delachaux & Niestlé 1970.
[9] - Ch. BAUDOUIN. « De l’instinct à l’Esprit » p. 157.
[10] - Ch. BAUDOUIN. « Action et Pensée » sept. oct. 1954.
[11] - Ch. BAUDOUIN. «L’Œuvre de Jung » p. 353. Payot 1985.
[12] - Ch. BAUDOUIN. « L’Âme enfantine et la Psychanalyse »
[13] - Ch. BAUDOUIN, « La Force en nous ».
[14] - Eric FROMM. « Bouddhisme zen et Psychanalyse » p. 123.
[15] - Cité par Jung dans son commentaire sur te “Mystère de la Fleur d’Or".
[16] - WINNICOTT. « Jeu et Réalité » p. 85. Gallimard 1977.




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Pascal Patry
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