La théorie de l'attachement : John Bowlby et Mary Ainsworth

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La théorie de l'attachement : John Bowlby et Mary Ainsworth

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Psychologie · 5 Novembre 2022
Tags: Lathéoriedel'attachement:JohnBowlbyetMaryAinsworth
La théorie de l'attachement : John Bowlby et Mary Ainsworth

Introduction
Les comportements d'attachement
Les stratégies d'attachement
Les Modèles internes opérants
Conclusion


Introduction

On doit la théorie de l'attachement au psychiatre anglais John Bowlby (1957), selon lequel le lien mère-enfant revêt une importance capitale [1]. Il a ainsi appré­hendé ce lien selon une perspective évolutionniste.

Selon Darwin (1859), la survie constitue l'objectif principal d'une espèce. Les caractéristiques de l'es­pèce qui permettent l'adaptation à l'environnement participent à sa préservation à travers le temps.

Les individus dotés de ces caractéristiques parviennent à assurer leur descendance et à perpétuer leurs gènes, tandis que ceux qui ne disposent pas de telles carac­téristiques sont voués à disparaître.

Ainsi, les espèces qui résistent au temps sont celles qui disposent des « programmes » les plus biologiquement avantageux.

Pour Bowlby, la tendance à s'attacher serait un de ces programmes qui favorisent la survie de l'es­pèce à travers les millénaires. Selon lui, l'homme, comme de nombreuses espèces animales, est doté d'un système comportemental d'attachement, c'est-à-dire une tendance innée à déployer des comportements qui favorisent l'établissement et le maintien du lien avec la mère [2].

Parmi ces compor­tements d'attachement, on peut citer les cris, les pleurs, l'agrippement, le sourire, qui ont pour effet d'interpeller et mobiliser le fournisseur de soins.

Tandis que Freud estimait que l'attachement à la mère se formait secondairement, grâce à la relation de nourrissage, Bowlby considérait l'attachement comme un besoin primaire qui ne découle d'aucun autre.

Le fait qu'un bébé puisse pleurer alors qu'il vient de manger et qu'il ne se calme qu'une fois pris dans les bras illustre l'indépendance du besoin d'attachement par rapport à celui du nourrissage.

Les observations de René Spitz (1945) d'enfants élevés en institution, témoignent de façon encore plus criante du caractère essentiel de l'attache­ment : alors que ces enfants (âgés de quelques mois à 5 ans) bénéficiaient d'une alimentation et d'une hygiène satisfaisantes, leur développement était entravé, parfois au point qu'ils se laissassent dépérir.

Les expériences de Harlow (1958) sur des bébés singes ont également montré une tendance chez le petit à rechercher le contact tactile, sans que celui-ci ne soit associé au nourrissage.

En pré­sence de deux substituts maternels, l'un doux au toucher et l'autre en fil de fer muni d'un biberon de lait, les singes allaient rapidement se ravitailler auprès du substitut à biberon pour ensuite se blot­tir contre celui en tissu des heures durant. Pour Bowlby, l'attachement constitue un besoin vital.

En cela, il a souligné la nécessité de s'atta­cher pour la survie du jeune. Grâce au lien qu'il établit au moyen de ses comportements innés, l'enfant bénéficie de la protection d'un adulte spécifique qui veille sur lui de façon durable et qui l'accompagne dans sa découverte du monde.


Les comportements d'attachement

L'état de dépendance dans lequel naît un enfant confère à la relation avec l'adulte un caractère vital.

Dès la naissance, le nourrisson dispose d'un système de peur-alarme qui l'alerte en cas de menace et qui déclenche son système d'attache­ment.

Autrement dit, dès que le bébé perçoit un danger (qu'il soit interne ou externe), il le signifie à sa figure d'attachement par ses comportements d'attachement (cris, pleurs, etc.).

Ainsi obtient-il de l'adulte une réponse qui lui permet de se sentir pro­tégé et de retrouver un sentiment de sécurité. Plus la personne est dépendante, plus la relation avec une figure d'attachement s'avère indispensable.

C'est pourquoi les bébés et les jeunes enfants ont besoin de soins très rapprochés. Les personnes âgées qui ont perdu leur autonomie se retrouvent également dans un état de dépendance qui mobilise leur sys­tème d'attachement.

Ainsi, la perception du danger est-elle fonction de l'âge et de la vulnérabilité de la personne (la maladie peut aussi abaisser le seuil d'activation du système d'attachement). Elle résulte également d'un héritage phylogénétique qui prédis­pose l'être humain à repérer certains dangers spéci­fiques.

Par exemple, l'arrivée soudaine d'un objet ou d'une personne sur soi ou un changement brutal de stimulation déclenche instinctivement une réaction de peur. Chez le bébé (et à un moindre degré chez l'adulte), les situations non familières peuvent elles aussi être source d'inquiétude.

L'enfant veille donc constamment à sa sécurité et sollicite l'adulte (son « havre de sécurité ») lorsqu'il perçoit un danger. Avec le temps, l'éducation et la culture vont façon­ner ses réactions de peur innées.

Avec l'âge aussi, l'enfant va progressivement se familiariser avec des choses qui pouvaient aupa­ravant l'effrayer.

Pour Bowlby, la relation d'atta­chement sert de support à partir duquel un enfant apprend à dépasser ses craintes initiales pour, petit à petit, s'aventurer seul dans le monde qui l'entoure.

En d'autres termes, l'attachement n'est pas une fin en soi, mais un moyen pour l'enfant de devenir autonome et accéder au statut d'adulte.

Cette progression est rendue possible grâce au système d'exploration qui amène l'enfant à s'inté­resser à son environnement pour, à terme, le maî­triser et en contourner les dangers. La curiosité, l'intérêt pour l'extérieur, qu'il s'agisse du monde physique ou social, supposent l'activation du sys­tème d'exploration.

En s'inspirant de la cybernétique, Bowlby a conçu le système d'exploration comme un système antagoniste au système d'attache­ment. Plus précisément, l'exploration serait impossible tant que l'enfant ne se sentirait pas en sécurité et que son système d'attachement serait sollicité.

En revanche, si l'enfant se sent en confiance et n'est pas préoccupé par l'acces­sibilité de l'adulte, il serait psychologiquement disponible pour porter son attention sur son environnement. Les systèmes d'attachement et d'exploration s'activent donc en alternance, mais jamais en même temps.

Mary Ainsworth (1967), la plus proche collaboratrice de Bowlby, a affiné la conceptualisation de Bowlby en introduisant la notion de base sécurisante.

Au départ, cette base correspond à la présence physique de la figure d'attachement : grâce à la proximité de sa mère, le bébé se sent à l'aise pour s'intéresser aux objets ou aux personnes qui l'entourent.

Outre la présence physique, l'enfant doit sentir la présence psychologique de l'adulte qui ne se contente pas simplement d'être là, mais qui veille sur lui.

Petit à petit, ce n'est pas tant la présence immédiate de l'adulte qui compte, que son accessibilité. L'enfant peut s'éloigner de plus en plus, à condition qu'il ait confiance dans le fait que son parent intervien­dra en cas de difficulté.

Plus tard encore, la base sécurisante devient une ressource interne, qui permet à la personne de se sentir en confiance dans ses différents périples.

En cela, l'autono­mie repose sur la mise en place d'un attache­ment de bonne qualité, dans lequel l'enfant se sent protégé et guidé.

Des travaux plus récents, montrant que le fœtus s'anime davantage quand il est en présence de stimuli familiers (exemple : la voix de la mère), donnent à penser que l'al­ternance des systèmes d'exploration et d'atta­chement s'observe avant même la naissance (Miljkovitch, Gratier et Danet, 2012).


Les stratégies d'attachement

Bien que le bébé soit prédisposé dès la naissance à déployer des comportements instinctifs pour atti­rer sa mère, ceux-ci n'ont pas toujours les effets escomptés.

Ainsi, certains enfants n'obtiennent pas de leur figure d'attachement une réponse satisfaisante à leurs appels.

Pour dissiper le malaise à l'origine de ceux-ci, ils doivent élaborer des stratégies plus efficaces pour obtenir les soins dont ils ont besoin.

Au fil du temps, ils intério­risent les régularités dans les échanges et ajustent leurs comportements aux réactions du parent. Ils modifient donc le niveau d'activation de leur système d'attachement en fonction de ce qui est le plus favorable pour eux.

Ce faisant, ils déve­loppent des « stratégies secondaires d'attache­ment » (par opposition aux « stratégies primaires » qui correspondent aux comportements innés : Main, 1990).

Mary Ainsworth (Ainsworth, Blehar, Waters et Wall, 1978) a mis au point la Situation étrange, un dispositif expérimental qui permet de révéler les stratégies d'attachement de l'enfant de 1 an (pour une présentation plus détaillée, voir le cha­pitre 42).

Il s'agit d'une procédure en laboratoire en plusieurs épisodes où l'enfant est alternativement en présence puis en l'absence de sa mère, avec des retrouvailles tantôt avec une étrangère, tan­tôt avec elle. Le stress provoqué par la séparation donne lieu à une activation du système d'attache­ment. Selon la manière dont l'enfant se comporte avec sa mère au moment des retrouvailles, on arrive à inférer les stratégies d'attachement qu'il a mises en place. Ainsworth a ainsi identifié trois styles d'attachement.

Une première catégorie d'enfants semble recou­rir à des stratégies primaires (c'est-à-dire innées) : ils n'activent leur système d'attachement qu'en cas de stress (en l'occurrence pendant la séparation) pour le désactiver aussitôt que la mère revient, et être à nouveau disponibles pour l'exploration. Des jouets mis à disposition dans la pièce permettent d'observer la capacité de l'enfant à explorer.

Ces enfants sont considérés comme « sécures » (confiants, sécurisés), car ils n'ont pas eu à éla­borer des stratégies secondaires. Ceci est rendu possible quand les stratégies primaires donnent lieu aux réponses attendues de la part du parent (Main, 1990), c'est-à-dire quand l'enfant arrive efficacement à obtenir l'attention et les soins dont il a besoin avec ses signaux innés.

D'autres enfants semblent par contre inhi­ber leur système d'attachement en ce qu'ils ne manifestent pas de détresse ou de recherche de contact pendant la Situation étrange. Ils peuvent ne pas montrer d'inquiétude lors du départ de la mère, faisant mine de continuer à jouer. Lorsqu'elle revient, ils l'évitent au lieu de chercher à être réconfortés par elle. Il s'agit des enfants insécures/évitants (ou anxieux/évitants).

Malgré leur apparente indifférence, des mesures électrophysiologiques montrent que ces enfants ressentent bien le stress de la situation (Sroufe et Waters, 1977). Leur absence de réaction au retour de la mère ne reflète donc pas un état de quiétude, mais bien une inhibition de leur système comportemental d'attachement (voir Miljkovitch, 2011 pour une discussion sur la signification des comportements lors de la Situation étrange).

À l'extrême inverse, on retrouve des enfants qui hyperactivent leur système d'attachement. Cela se traduit par une protestation contre la séparation (également observable chez les enfants sécures), mais plus spécifiquement par une sollicitation durable de la mère à son retour.

Celle-ci prend la forme d'un comportement résistant, où se mêlent colère et recherche de proximité. Selon Bowlby (1973), la colère est un comportement d'attache­ment en ce qu'elle a effet dissuasif : en voyant la colère de son enfant, un parent serait moins enclin à lui infliger à nouveau une séparation.

Ainsi, les enfants « anxieux-résistants » ou « anxieux-ambi­valents » signifient clairement et longuement à leur mère leur détresse et la nécessité pour elle d'y mettre un terme. Les signaux d'attachement sont ainsi amplifiés. L'hyperactivation fait aussi que l'enfant a du mal à retrouver un état de calme lui permettant d'explorer à nouveau les jouets dans la pièce.

Suite à l'étude princeps d'Ainsworth, la Situation étrange a été administrée à d'autres échantillons d'enfants. C'est ainsi qu'on s'est aperçu que cer­tains enfants ne correspondaient à aucune des catégories identifiées par Ainsworth. À partir de ces cas à part, Main et Solomon (1986) ont intro­duit la catégorie d'attachement « désorganisé/ désorienté ».

Contrairement aux trois cas de figure présentés plus haut, les enfants de cette catégorie ne semblent pas avoir réussi à mettre en place une stratégie d'attachement cohérente. Ils adoptent des attitudes étranges et contradictoires, où deux ten­dances incompatibles se heurtent l'une à l'autre : ils cherchent à la fois à s'approcher de la mère et à s'en éloigner.

Dans certains cas où le conflit entre ces deux tendances atteint son paroxysme, l'enfant reste immobile et figé, comme paralysé et impuis­sant dans la gestion de sa détresse. Une expression de peur s'observe chez eux.

Parallèlement aux observations faites en labo­ratoire, Ainsworth a effectué d'importantes observations au domicile des familles, qui ont permis d'établir des correspondances avec les comportements en laboratoire et de déterminer les possibilités de généralisation en dehors de ce contexte expérimental (voir Ainsworth et al., 1978 ou Miljkovitch, 2011). Cette étude pionnière, ainsi que d'autres par la suite, a aussi permis de com­prendre les comportements maternels à l'origine de ces stratégies (voir Miljkovitch, 2001).

À l'exception du dernier, ces différents styles d'attachement correspondent à une activation plus ou moins forte du système d'attachement. Main (1990) parle de stratégies de « minimisation » pour décrire l'attachement évitant et de stratégies de « maximisation » pour l'attachement ambivalent.

Dans le cas de l'attachement sécure, l'activation est à son niveau initial, intermédiaire. Dans le cas de l'attachement désorganisé-désorienté, le niveau d'activation est fluctuant et instable.

Les straté­gies secondaires des enfants insécures sont ainsi conçues comme relevant d'une modification dans le seuil d'activation du système d'attachement. Il arrive toutefois que l'enfant recoure à d'autres moyens que celui-ci pour obtenir la sécurité. En s'apercevant que des comportements, dont l'objec­tif n'était pas au départ d'interpeller le parent, ont malgré tout cet effet, l'enfant peut apprendre à user de ceux-ci pour obtenir l'attention de l'adulte : on parle alors de stratégies d'attachement masquées (Miljkovitch, 2009).

Par exemple, il peut se rendre compte que quand il se met dans certaines situa­tions périlleuses (dont il ne perçoit pas forcément le danger), le parent s'intéresse instantanément à lui. Voyant cela, il se remet dans ce genre de situa­tion pour attirer l'attention.


Les Modèles internes opérants

Avec l'expérience, l'enfant, dès le plus jeune âge, intériorise les régularités dans les échanges et se forment des modèles de relations à l'image de ce qu'il vit.

Autrement dit, il accommode les modèles à ses expériences.

Puis, en s'appuyant sur ces modèles, il interprète les nouvelles informations à la lumière des anciennes. Ce qu'il a appris du passé l'oriente et l'aide à comprendre ce qui se passe dans le présent.

C'est ainsi qu'à un niveau impli­cite, il va faire des parallèles entre ce qu'il observe aujourd'hui et ce qu'il a pu observer de similaire auparavant.

L'analogie qui est faite va influencer sa manière de comprendre les signaux actuels. En cela, l'enfant assimile les nouvelles expériences à ses modèles et les interprète conformément aux représentations qu'il a construites. Les Modèles internes opérants (MIO) correspondent donc à des modèles de l'expérience qui a été intériori­sée, qui opèrent dans la vie du sujet en l'influen­çant dans sa manière de percevoir les choses, de les anticiper et de ce fait, dans sa manière de se comporter.

Cette notion, introduite par le psy­chologue Kenneth Craik (1943), a été reprise par Bowlby (1980) pour décrire le fonctionnement de l'individu dans ses relations interpersonnelles.

Dans ce cadre, Bowlby considérait que selon la qualité des soins qu'il reçoit, l'enfant se forme à la fois un modèle de lui-même comme plus ou moins digne d'amour, et de l'autre comme plus ou moins aimant, fiable, etc.

L'estime de soi serait donc une composante du MIO qui varie selon le traitement parental (Goodvin, Meyer, Thompson, et Hayes, 2008). Des interactions intériorisées naîtrait aussi une confiance dans autrui.

Celle-ci correspond au départ à la relation avec la principale figure d'atta­chement, mais elle accompagnerait la personne tout au long de sa vie dans la confiance qu'elle accorde aux autres (Miljkovitch, 2009).

Des travaux récents (Fonagy, Luyten, Campbell, et Allison, 2014) sug­gèrent aussi que les expériences d'attachement seraient à la source d'une « confiance épistémique », c'est-à-dire une confiance dans la possibilité de s'ap­puyer sur autrui pour apprendre et comprendre le monde social par l'authenticité et la pertinence des échanges avec lui. L'absence de cette confiance serait un facteur prédisposant à la psychopathologie.

Ainsi, les MIO orientent le fonctionnement de l'individu selon la trajectoire initiée dans les rela­tions qu'il a connues.

L'influence des MIO précoces dans les nouvelles relations est corroborée par des recherches montrant des similitudes entre les relations avec les parents et les relations amicales (Schneider, Atkinson, et Tardif, 2001), ou à l'âge adulte, dans les relations amoureuses (Miljkovitch, 2009 ; Miljkovitch et al., 2015) et les relations à ses propres enfants (voir Miljkovitch, 2001, 2011).

Les MIO peuvent toutefois s'avérer trompeurs lorsque la personne change d'environnement. Si l'on prend l'exemple d'un orphelin carencé, élevé plusieurs années en institution, qui se trouve adopté par une famille désireuse de lui donner de l'amour, il y aura une inadéquation entre ce qu'il aura appris sur la manière de vivre (par exemple sans tuteur fixe, sans affection) et ce qui est attendu de lui dans son nouveau contexte.

Au vu de son passé, il lui sera difficile de concevoir une prise en compte de ses besoins d'attachement (en l'occurrence par ses parents adoptifs).

Ses comportements à leur égard risquent de s'inscrire davantage dans le prolonge­ment de ce qu'il a vécu jusque-là que d'être ajustés aux ressources que sa famille actuelle a à lui offrir.

Pour pouvoir fonctionner de manière adap­tée, une mise à jour des MIO s'avère nécessaire. Toutefois, celle-ci peut être contrecarrée par cer­tains obstacles psychologiques. Bowlby a invoqué le rôle de « l'exclusion défensive », un mécanisme qui consiste à ne pas traiter certaines informations.

Ce phénomène peut être provoqué par des interdits parentaux, transmis plus ou moins explicitement, qui empêchent l'enfant d'exprimer, voire de penser certaines choses. L'enfant est ainsi poussé à ne pas voir ou à nier l'expérience bannie.

L'exclusion défen­sive peut aussi survenir quand le système d'attache­ment de l'enfant est fortement sollicité, mais que ses appels se soldent par un rejet, une humiliation ou une punition de la part du parent. Ainsi, plutôt que de s'exposer à ce type de traitement ou de frustra­tion, l'enfant trouve un relatif bénéfice à exclure de sa conscience son besoin de sécurité.

Cette étanchéité représentationnelle peut venir expliquer pourquoi certaines personnes par­viennent difficilement à s'adapter à un environne­ment nouveau, quand par le passé, les expériences qu'elles ont vécues les ont amenées à se construire un modèle de relation d'un autre type.

Elles restent influencées par d'anciens modes d'inte­ractions dans les nouveaux liens qu'elles tissent. Parce que l'exclusion défensive survient dans un contexte d'insécurité, les personnes insécures courent un risque accru de s'enferrer dans des scénarios relationnels répétitifs (Miljkovitch et Cohin, 2007 ; Miljkovitch, 2009), au point parfois de développer un trouble de la personnalité dans lequel l'ensemble des relations sont envisagées à travers le même prisme (Deborde et Miljkovitch, 2013 ; Miljkovitch et al., sous presse).

À l'inverse, les personnes sécures, moins mar­quées par d'anciennes blessures, sont plus ouvertes aux nouvelles expériences. Aussi ont-elles moins tendance à attribuer des intentions malveillantes à leurs pairs, ce qui les prédispose à de meilleures compétences sociales (Cassidy, Kirsh, Scolton, et Parke, 1996). De telles tendances vont bien sûr engendrer des échanges plus favorables, venant cor­roborer leurs représentations positives des relations.

Conclusion

Malgré tout, si les MIO, en déterminant les cogni­tions sociales que l'enfant met en place, amènent celui-ci à induire un certain nombre de choses dans ses interactions avec son entourage, il n'en reste pas moins qu'il continue d'intégrer de nou­velles informations émanant de l'extérieur qui peuvent aller à l'encontre des modèles initialement établis et modifier sa manière d'être.

Les résultats d'études longitudinales montrent que si les pre­mières expériences ne sont pas effacées, le devenir de l'individu résulte néanmoins de l'ensemble de son histoire d'attachement (Miljkovitch et al., 2015 ; Roisman et Fraley, 2013 ; Sroufe, Egeland, Carlson, et Collins, 2005).

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Source : Raphaële Miljkovitch

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Notes
[1] - Les différents types d’attachement

Dans la théorie de l’attachement plusieurs modèles ou types d’attachement sont décrits. L’enfant au cours des premières années de sa vie va connaître à des degrés divers et variés soit un modèle d’attachement sécure, soit un modèle évitant, soit un modèle ambivalent.

Il a été constaté une très bonne corrélation entre les modèles d’attachement sécures ou insécures de personnes testées à un an et au début de l’âge adulte : 70 % des personnes présentaient à l’âge adulte le même type d’attachement qu’à l’âge d’un an.

Le modèle sécure résulte d’une disponibilité de la figure maternelle et surtout d’une sensibilité aux signaux de son enfant. L’enfant a confiance, il sait que son parent est disponible et va lui répondre quand il sera en danger ou dans la sécurité.

Le modèle anxieux-évitant ou anxieux-détaché serait lié à des interactions inclusives ou rejetantes de la part de la mère, surtout lorsque l’enfant présente une vulnérabilité émotionnelle. L’enfant n’a aucune confiance dans les réponses que sa mère lui fera ; il s’attend à être repoussé lorsqu’il cherche auprès d’elle réconfort et protection. L’enfant tente alors de vivre sa vie sans soutien de la part des autres.

Le modèle anxieux-ambivalent ou anxieux-résistant semble associé à une incohérence des réponses maternelles alternantes entre la disponibilité et le rejet. L’enfant n’est pas certain que son parent sera disponible et lui répondra s’il fait appel à lui. L’enfant est sujet à l’angoisse de séparation, il s’accroche à sa mère, se montre angoissé pour explorer le monde.

Le modèle désorganisé-désorienté. Ce modèle a été introduit plus tard, après les premiers travaux de John Bowlby

Récapitulatif des types d’attachement

- Catégorie B - Modèle sécure – Pattern sécure

Type d’attachement chez l’enfant :

• réflexe de se réfugier chez sa mère ;
• perçoit le danger ;
• distingue l’étranger, s’en méfie ;
• a confiance ;
• sait son parent disponible.

Comportement parental :

• réponses satisfaisantes aux besoins de l’enfant ;
• attitude de la mère adaptée ;
• accordage affectif au niveau des attentes et des sentiments ;
• acceptation totale des émotions de l’enfant ;
• mère très affectueuse ;
• constance et qualité des réponses.

- Catégorie A - modèle anxieux-évitant ou insecure-évitant – Pattern évitant

Type d’attachement chez l’enfant :

• même en détresse, se focalise sur son environnement ;
• évitement, indifférence ;
• pas de recherche de contacts ;
• vulnérabilité émotionnelle ;
• craintif, détaché, raide ;
• aucune confiance dans les réponses données ;
• s’attend à être repoussé ;
• tente de vivre sans soutien ;

Comportement parental :

• tient peu compte de l’état émotionnel de l’enfant ;
• peu de plaisir et d’harmonie dans la relation ;
• tendance à être rejetant (regard, ton, geste) ;
• aversion pour le contact physique ;
• moins affectueuse, souvent ordres et gestes brusques ;
• se détourne souvent de l’enfant ;
• absence d’expression émotionnelle de la figure d’attachement ;
• volonté de maîtrise de la colère empêchant une attitude d’écoute et d’empathie ;
• parfois attitudes intrusives ;
• valorisations du cognitif, dévalorisation de l’affectif.

- Catégorie A - modèle anxieux-ambivalent ou anxieux-résistant - Pattern ambivalent

Type d’attachement chez l’enfant :

• état de confusion, attitudes ambivalentes ;
• pas de certitude de la réponse parentale ;
• angoisse de séparation, contact et résistance ;
• efforts pour attirer l’attention jusqu’à être apeuré ;
• hyperactive son système d’attachement ;
• incapacité à s’intéresser à l’environnement.

Comportement parental :

• problèmes personnels irrésolus, incohérence des réponses maternelles ;
• fait combler le manque affectif par l’enfant ;
• vol émotionnel ;
• culpabilisation de l’enfant ;
• inconsistance, exagérément affectueuse, non disponible ;
• maintien d’une relation de dépendance ;
• chantage émotionnel ;
• promesses non tenues.

- Catégorie D - modèle désorganisé-désorienté – Pattern désorganisé-désorienté

Type d’attachement chez l’enfant :

• attitudes contradictoires ou incompréhensibles ;
• tentatives d’approches avortées, inhibition ;
• attitudes contrôlantes pour tenter de structurer le parent : résignation, colère, hostilité ;
• associe recherche et évitement du contact ;
• s’agrippe en détournant le regard, pleure sans se rapprocher, reste figé les mains en l’air ;
• aucune stratégie d’attachement cohérente.

Comportement parental :

• mère avec des signes de désorganisation ;
• deuils ou traumatismes non résolus ; dépression ;
• comportement effrayant (elle maltraite) ou effrayé (a été maltraitée) ;
• constant état d’appréhension du danger ; souvenirs personnels traumatisants.


[2] - Dans la lignée des travaux en éthologie et à l'image du schéma familial classique de son époque, Bowlby s'est focalisé sur la mère comme figure d'attachement princi­pale. Bien qu'il ait introduit la notion de « monotropie » qui suggère une hiérarchie dans les figures d'attache­ment, Bowlby n'excluait pas l'existence de figures d'atta­chement secondaires telles que le père. Dans certains cas, ce peut être le père ou toute autre personne adulte qui occupe la place de figure d'attachement principale.

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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

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