L’état amoureux, une initiation ?

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L’état amoureux, une initiation ?

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Psychologie des profondeurs · 18 Juin 2022
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L’état amoureux, une initiation ?

La rencontre amoureuse, à des profondeurs diverses et variées, c’est le paradis retrouvé. Ce paradis que nous avions connu au cours de notre vie intra-utérine.

Après une vie bercée dans un bonheur océanique au creux de la mère, c’est le choc de la naissance, événement qui cause un bouleversement radical avec le premier cri de l’enfant. C’est l’expulsion à partir de laquelle commence alors une longue et interminable attente au cours de laquelle notre âme nostalgique nous taraude dans la solitude de notre être, jusqu’au jour, un jour béni et tout ensoleillé où l’amour nous saisit et nous offre une fois encore le paradis.

Si cette nostalgie du paradis ne se fait pas immédiatement sentir dans la tendre enfance, c’est que l’enfant se sent encore enveloppé par sa mère, par sa voix, par les battements rythmés de son cœur lorsqu’elle le pose contre sa poitrine, par le sentiment de sécurité et d’amour qu’elle lui voue en lui donnant son sein lorsqu’il a faim. Tous les sens du bébé, par la tendresse de la mère, sont comblés par son toucher, son regard, ses odeurs, sa voix enveloppante, rassurante et sécurisante.

La présence de la mère, son comportement à l’égard de l’enfant, vient contrebalancer la catastrophe de la naissance où le contact avec l’extérieur devient dur, là où auparavant, l’enfant flottait dans un liquide chaud, balancé tendrement par les mouvements. Une fois expulsé, l’enfant se trouve à ce point de non-retour où il fait froid, où pour lui les lumières sont violentes et les bruits assourdissants. L’insécurité ressentie est renforcée par l’angoisse des nouvelles sensations inconnues et perçues au contact du monde extérieur.

Un long chemin de développement physique et psychique va mener l’enfant vers l’époque de l’adolescence, puis vers la jeune vie d’adulte, où le sentiment de solitude et d’incompréhension face au monde va aller croissant. Autant de sentiments qui feront resurgir inconsciemment la nostalgie de l’unité avec la mère.

Mais la nostalgie de l’unité avec la mère, n’est-elle pas aussi celle de l’unité avec le Tout ?

La naissance n’est-elle pas la reproduction de la chute hors du Paradis terrestre, où avant d’entrer dans la matière, l’Homme vivait encore au sein d’un monde spirituel ?

Vient alors, peut-être, le jour ensoleillé de la rencontre amoureuse qui marque la fin de la séparation et de l’insoutenable solitude de l’être. Soudainement, c’est le coup de foudre, c’est la passion qui saisit l’être tout entier et qui commence alors à projeter sur l’autre, sur l’être aimé, tout son cœur et toute son âme.

Plus on aura cultivé un idéal avant ce moment inattendu, où la lumière entre dans l’âme, et plus cet idéal sera projeté sur l’autre avec force, plus l'être sera transporté vers les hauteurs. Et c’est bien, au cours de la vie, n’est-ce pas, que cette recherche de l’idéal, que cette aspiration à l’idéal nous fait tendre vers lui, le chercher et peut-être le trouver.

Le chemin de vie qui suit la naissance est un chemin jalonné de multiples souffrances et ce sont ces dernières qui peuvent former le terreau de l’idéal — la voie de la sublimation si on emploie un terme issu de la psychanalyse.

L’âme garde en elle, au-delà du poids du monde qui pèse sur elle, une lumière, si ténue soit-elle, une lumière qui parfois s’éteint et n’est plus qu’espérance.

A contrario d’une âme qui se porte vers un idéal, nous aurons une âme qui hélas cultivera haine et rancœur voire vengeance. Si tel était le cas, ce serait ces dernières caractéristiques qui seraient projetées. Il est donc important qu’au cours de la croissance, l’enfant ait une figure d’idéal vers laquelle il peut tendre et aspirer. Pour le chrétien, cette figure idéale est le Christ.

Il est intéressant de constater que la rencontre amoureuse confirme notre existence. En effet, jamais on ne se sent aussi vivant que durant ces instants de grâce, laquelle grâce va même jusqu’à arrêter le temps.

Cet état de plénitude vécue est souvent attribué à la présence de l’autre, alors que l’autre n’a été qu’un élément déclencheur permettant à l’idéal cultivé en soi de devenir un véritable « moteur d’extraction de soi » : « Je donnerai mon cœur pour elle, pour lui ». On est ici devant un don d'amour pur, le même don par lequel les trônes se sont sacrifiés, sacrifice par lequel notre Cosmos a débuté. Le sens de l'amour

C’est peut-être en ces instants que les paroles : « Aime ton prochain comme toi-même », prennent toute leur signification.

Il arrive souvent, que le coup de foudre soit unilatéral, que l’être aimé ne vive absolument pas les mêmes sentiments. Le coup de foudre peut littéralement nous faire sortir de nous-mêmes au point que ce n’est plus un retour dans l’utérus qui se produit, mais une expulsion dans le Tout.

L’être ainsi projeté hors de lui-même se retrouve, hors de son corps, dans la nudité la plus totale. En sortant ainsi de son propre corps, on peut parler d’une seconde naissance.

Cette seconde naissance est une naissance à soi-même, par laquelle sont dévoilés l’Alpha et l’Oméga, le potentiel évolutif de l’être.

On retrouve ici les paroles d’Erich Fromm, sociologue et psychanalyste américain d'origine allemande : « La tâche principale de l'homme dans la vie est de se donner naissance à lui-même, de devenir ce qu'il est potentiellement ».

L’état amoureux, comme chacun sait, a toujours une fin et cette fin peut-être plus ou moins douloureuse. Elle est douloureuse pour celui qui voit partir l’être aimé, douloureuse pour celui qui s’aperçoit que l’être aimé n’est pas ce qu’il en pensait et douloureuse enfin pour celui qui se voit expulsé une seconde fois du paradis terrestre !

C’est alors, quel que soit le cas de figure, que l’on se retrouve devant son Ombre – selon la terminologie de la psychologie des profondeurs –, ou devant le gardien du seuil – selon la terminologie de l’anthroposophie, car en dehors de l’état amoureux, où le cœur s’allume, on est à nouveau confronté à l’opacité qui nous sépare du véritable état d’être qui vient d’être vécu.

Il nous faut alors apprendre à réduire la distance qui nous mène à nouveau à nous-mêmes en affrontant nos propres démons. Le soleil du cœur, le bien-être vécu est à nouveau recherché, mais cette fois en pleine conscience.

Il arrive un moment où nous n’avons plus la force de l’élan qui nous a aidés à nous projeté hors de nous-mêmes – hors de notre ego –, et sans cet élan nous n’avons plu la force de faire persister l’état amoureux afin de demeurer au contact de la source d’amour, la part lumineuse de notre être, celle qu’à "tort", nous attribuons à autrui, faute de comprendre ce qui, dans ces moments de grâce, se produit réellement pour soi.

C’est ici que les paroles du psychiatre Carl Gustav Jung prennent tout leur sens :

« Nous sommes ce couple de jumeaux, dont l’un est mortel et l’autre immortel, qui sont toujours ensemble et qui pourtant ne peuvent être totalement réunis. Les processus de métamorphose cherchent à nous rapprocher de cette relation intérieure ; mais la conscience éprouve des résistances parce que l’autre en nous paraît étranger et effrayant et, comme nous ne pouvons pas nous habituer à l’idée de ne pas être l’unique maître dans notre propre maison, nous préférerions n’être jamais que notre « moi » et rien par ailleurs. Nous sommes confrontés avec cet ami ou ennemi intérieur et il dépend de nous qu’il soit pour nous, un ami ou un ennemi ».

L’état amoureux a réuni dans l’éclair du coup de foudre ce couple de jumeaux, a fait se dissoudre l’ego, la distance qui nous séparait de nous-mêmes. Cette union qui nous a transporté une seconde, une semaine, quelques mois, atteint parfois un paroxysme, où l’on peut alors parler comme l’a fait Rudolf Steiner :

« En nous tous réside une faculté, mystérieuse et sans pareille, de laisser derrière nous tout ce qui change avec le temps pour nous retirer au plus intime de notre soi dépouillé de tout ce qui est venu l’envelopper de l’extérieur, pour y contempler, sous la forme de l’immutabilité, l’éternel en nous ».

Immortel pour Carl Gustav Jung, éternel pour Rudolf Steiner ; les mots ici s’équivalent où dans ces instants, comme le chante Céline Dion dans sa chanson « Le Ballet » : le temps s’arrête tant que dure la grâce.

Après la grâce, commence une situation obscure faite d’interrogation et de souffrance. C’est ici que va commencer la vraie vie la vie spirituelle mais il faudra réduire l’opacité, la distance qui sépare à nouveau les jumeaux, cette fois, non plus par un coup de foudre, mais par sa propre force, cette force même qui a été puisée lorsque nous avons touché à notre part de lumière à la source de l’amour.

C’est pourquoi, comme nous le dit Marie-Louise Von Franz – Disciple du psychiatre Carl Gustav Jung :

« On peut considérer que toute situation obscure (toute « maladie psychique ») dans laquelle on tombe est l’invite à une initiation, car elle nous plonge dans un lieu qui nous est propre et dont nous devons apprendre à sortir ».

"L’ex-amoureux" n’a qu’un désir : retrouver la lumière, retrouver le bonheur intérieur vécu lors de son expérience « passionnelle » qui par une exaltation l’a transporté hors de lui… en réalité… vers lui !

Bien des embûches attendent alors cet "ex-amoureux" tout au long de cette initiation, car il devra, par un travail sur lui-même, c’est-à-dire par un travail psychothérapeutique, dissoudre à nouveau son ego — celui-là même qui s'est disloqué lors du vécu amoureux.

Carl Gustav Jung nous dit :

« La psychothérapie est fondamentalement une relation dialectique entre le médecin et le patient. C’est une confrontation entre deux ensembles psychiques, où tout savoir n’est qu’un outil. L’objectif est la transformation, une modification non prédéterminée, et à vrai dire indéterminable, dont le seul critère est la disparition de ce qui a le caractère de l’ego. Aucun effort du médecin ne peut forcer ce résultat. Le médecin peut tout au plus montrer une voie au patient, afin que celui-ci prenne une attitude qui consiste à opposer une résistance minimale à l’expérience déterminante. » C. G. Jung, 1 984 - Cité par Paul Montangérand dans "La voix du cœur, chemin du thérapeute".

En résumé : l’être expulsé hors du sein maternel revit l’expulsion du Paradis, la puissance divine est à jamais perdue. L’enfant grandit et fait le constat que le monde est bien trop cruel pour lui. Sur les braises de son âme souffle un vent d’idéal né de la perte et de l’espérance.

Un jour sous l’effet d’un sourire, d’un parfum, d’un visage ou d’une attitude les braises deviennent feu ardent, la distance entre soi et Soi s’abolit et l’âme s’enflamme en se projetant hors d'elle même. "Je t'aime et j'ai l'impression de te connaître depuis toujours".

La distance de soi à Soi se consume, l’être se rapproche à des degrés variables de la réalité divine qui est la sienne, se rapproche de son jumeau immortel, il exulte, un bonheur le transporte, le voile qui cachait les étoiles se déchire, le vécu paradisiaque lui est à nouveau donné, offert.

Si l’expérience atteint au Minuit des Mondes, les rouages de l’univers se dévoilent à l’âme, tout un monde archétypique où les architectes du monde travaillent à son édification est dévoilé.

La force qui a propulsé l’âme hors d’elle-même perd en intensité, l’âme retrouve son domicile corporel, elle y éprouve à nouveau la cruelle séparation.

Un seul désir s’empare d’elle, maintenant en pleine conscience (conscience qui n'était présente ni lors de l'expulsion du Paradis ni du sein maternel) : retrouver, en conscience donc, coûte que coûte ce monde perdu, tout faire pour que le gardien du seuil la laisse à nouveau passer, que l’Ombre soit métamorphosée en lumière.

Commence alors un long chemin d’initiation. L’amour ainsi vécu cède la place aux interrogations, aux questionnements, aux tourments parfois.

Les années de travail passent à qui n’a pas abandonné et un jour d’inattention, un jour de rêverie, en marchand au bord d’un ruisseau, le rideau se lève sur une fleur, un papillon, un nuage. Le voile, sans se déchirer complètement comme lors de l’expérience paroxystique, laisse entrevoir par de légères ouvertures une lumière qui parle de la fleur, du papillon et du nuage en un langage qu’aucun mot ne saurait prononcer. Le sentiment du retour de l’amour en l’âme renaît.

Le chemin se poursuit et au-delà de ce qui peut être dit, l’être s’enracine à la terre, à ses habitants tous les êtres, réapprend à les aimer avec une intensité croissante ; il a perdu ses illusions, il s’est délesté de ses phantasmes, il abandonne ses mécanismes de défense, couche après couche comme on pèle l'oignon du malheur.

L'être marche désormais sous la lumière des étoiles, se frayant un chemin vers sa demeure qui est un ici et maintenant, une présence éternelle à soi et au monde, cette présence que l'état amoureux lui avait fait revivre.

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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue et psychanalyste
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1
commentaire

ARA
18 Jun 2022
Merci pour ce texte très éclairant et même programmatique qui me fournit la chandelle qu'il me faudra si ou quand le soleil se couchera!
Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
Astropsychologue
Psychanalyste

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