L’analyste est un passeur

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L’analyste est un passeur

Pascal Patry astrologue et thérapeute à Strasbourg 67000
Publié par Pascal Patry dans Psychothérapie · 4 Août 2022
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L’analyste est un passeur

Pour Baudouin, l’analyste est un “Passeur” qui ac­compagne le patient dans sa recherche pour relier l’informel au formel, l’inconscient au conscient. Dans le “devenir conscient”, Jung distingue, à juste titre, deux niveaux : celui de l’assimilation qui est « adjonction d’un nouveau contenu conscient à des matériaux subjectifs auxquels ils fusionnent » [1], et le niveau de l’intégration, qui est remise en cause du Moi, « lésion du Moi » [2]. C’est par l’intégration que s’opère une véritable transformation grâce à « l’alchimie » mystérieuse du transfert où l’analyste est l’autre indis­pensable à une élévation de conscience. « Là où il n’y a pas d’autre, où il n’existe pas encore, toute possibilité de conscience cesse » [3], écrit Jung.

La pensée (et aussi la conscience) ne se réduit pas aux concepts forgés par l’intellect, et la psychanalyse sait que ce qui la met en mouvement est précisément ce qu’elle ne comprend pas. Mais aller à la rencontre de l’inconnu de l’Autre sans tenter de comprendre, exige que le Moi puisse se laisser dépayser. La création se situe là où le sujet naissant est invité, par lui-même intérieurement, à se faire lieu où passe le sens, un sens qui n’est pas donné mais qui se révèle dans une orientation vers l’Autre. Dans cette perspective, le “Soi” n’est ni un état, ni un but à atteindre, mais l’illumination du passage à l’Autre, la possibilité toujours offerte de l’infini.

Cette ouverture de la créativité, cette découverte d’un sens passe, dans un premier temps, par autrui. La conscience ne peut être conscience de soi que dans la mesure de sa reconnaissance par un autre. En cette dialectique se joue un moment décisif du devenir humain, car c’est là aussi que s’enracine l’illusion d’un pouvoir magique du Moi. Dans la relation de domination, l’homme cherche la différence, mais ne l’attend pas de la découverte d’un autre autonome il l’attend seulement de lui-même ; il s’en donne l’illusion à travers la contemplation de son propre pouvoir sur autrui. Sa volonté de puissance crée le miroir dont il attend la confirmation de son identité. Il n’est de rencontre authen­tique que par la reconnaissance et l’acceptation des deux facettes de l’Autre : celle d’autrui et celle de notre inconscient. L’Autre est ce qui m’ouvre à une dimension nouvelle ; « comme si, écrit Lévinas, en allant vers l’autre, je me rejoignais et m’implantais dans une terre désormais natale, déchargé de tout le poids de mon identité. Terre natale qui ne doit rien à la première occupation ; terre natale qui ne doit rien à la première naissance » [4].

Nous venons de le préciser, mais répétons-le encore : la psychanalyse est “ouverture”, elle se situe là où le sujet est invité à se faire lui-même lieu où passe le sens, là où s’ouvre la possibilité de l’infini.

Toute intervention intempestive de l’analyste est “fermeture”, empiètement dans ce “no man’s land” vital où l’analysant a quelque espoir de retrouver vie. L’inter­prétation, parfois nécessaire, doit être manipulée avec précaution car le “prétendu savoir” de l’analyste n’est souvent qu’une illusion issue d’une volonté de puissance camouflée. L’intervention de l’analyste doit modestement tenter de provoquer une interprétation par l’analysant lui-même. Nous sommes alors loin d’une banale explication intellectuelle issue d’un “Moi” qui n’en finit pas de proclamer sa toute-puissance. Toute découverte importante en nous-même est de l’ordre du numineux qui n’a qu’un lointain rapport avec l’intellect.

Roland Cahen écrivait : « Il serait fallacieux de prétendre expliquer les rêves à l’aide de catégories et d’une psychologie empruntée au conscient. Le rêve reflète un certain fonc­tionnement qui est indépendant des buts conscients du moi, de son vouloir, de ses intentions. Ce fonctionnement se présente comme un déroulement dépourvu en apparence d’intentionnalité, comme tout ce qui se déroule dans la nature......

Si l’analyse constitue pour Jung « l’art du silence peuplé et créateur » c’est que celui-ci, grâce à un moment aigu du métabolisme idéatif, doit aider le sujet à sentir dans son être le décours psychologique dont il est le théâtre, à participer émotionnellement à ce décours dont le rêve, bribe hachée d’un courant inconscient sans doute plus continu, n’est que l’exposant fragmentaire » [5].

Le silence dont parle Jung n’est pas indifférence, il en est l’opposé, il est ouverture à une écoute authentique par désencombrement d’un bavardage, et mise à distance d’une pensée trop prompte aux anticipations imaginaires. Seul le silence intérieur d’une écoute hors savoir, nous permet d’ouvrir un espace où naît la dimension d’une altérité signifiante du sujet.

Dans sa tentative de communication, l’analyste ne peut faire autre chose que de dire ce qu’il entend à travers sa subjectivité, car honnêtement il ne peut prétendre à l’objectivité de son écoute.

Dans l’interprétation, le langage analytique ne peut être que poétique au sens donné par Simone Weil « un poème doit vouloir dire quelque chose et en même temps rien, le rien d’en haut ». Tout discours qui veut définir est limitatif et appauvrissant ; toute formulation théorique ou culturelle est inutile et très souvent dangereuse pour l’autonomie de l’analysant. Au langage discursif et utilitaire, nous devons substituer une parole gratuite et ouverte qui, seule, peut mettre sur la voie de la conjonction entre conscient et inconscient. Une parole ouverte et ouvrante, une parole métamorphosante par le seul fait de sa non-intentionnalité fondamentale ; une parole qui se déploie comme la caresse d’un soleil levant sur la rosée tremblante du matin, pour l’inviter à s’élever au ciel.

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Source : Ballade pour un jeune thérapeute - Paul Montangérand - Ancien Président de la société de psychanalyse et de psychothérapie de Genève.

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Notes :

[1] - JUNG. « Types Psychologiques » p. 412.
[2] - JUNG. « Psychologie du Transfert » p. 128.
[3] - JUNG. « G. W. » 9/2, 301, cité par E. HUMBERT dans son livre « Jung ».
[4] - E. LEVINAS. « Noms Propres » p. 64. Fata Morgana 1976.
[5] - Roland CAHEN. Texte paru dans l'Encyclopédie Médico-Chirurgicale 37814 - A, 10 et 20.




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Pascal Patry
Praticien en psychothérapie
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