La parole est tout.

Elle coupe, écorche.

Elle modèle, module.

Elle perturbe, rend fou.

Elle guérit ou tue net.

Elle amplifie, abaisse selon sa charge.

Elle excite ou calme les âmes.


…/...



La dernière condition pour être psychothérapeute, la plus importante à mon sens, ne s'acquiert ni à la faculté, ni dans des séminaires, ni dans des livres : il faut aimer son prochain. Il faut se sentir proche de la détresse des autres, pouvoir être disponible, patient, tolérant. Un psychothérapeute n'a pas à juger, il a à comprendre. L'absence de parti pris n'exclut pas une certaine chaleur et l'intuition, tout comme l'empathie, seront des modes de connaissance utiles. Si, en plus, on applique sans restriction le bon sens, toutes les qualités requises se trouvent réunies. C'est probablement pourquoi un important travail, publié récemment aux États-Unis, mon­trait que les résultats des psychothérapies sont indépendants de la technique utilisée, mais sont en revanche très liés à la personnalité du psychothérapeute.


Edouard Zarifian - Professeur de psychiatrie.


Le thérapeute occupe une fonction qui permet d’aider les personnes qui consultent à entrouvrir davantage la perspective de leur chemin et s’y épanouir. Dans cette croissance et cette progression, l’efficacité du thérapeute se mesure à la capacité que trouvent ses patients à devenir efficaces pour devenir eux-mêmes.


Face à la complexité des phénomènes humains qui nécessitent des connaissances approfondies, notamment universitaires, le thérapeute est par ailleurs capable de faire appel à différentes formes d’inventivité et de créativité, dans le respect d’une rigueur conceptuelle, tout en étant capable d’empathie, d’humilité, de congruence [1], d’humour et de sincérité.


Dans le dialogue interactif avec ses patients, il gère la pensée divergente [2] qui n’a pas peur des détours pour appréhender les situations sous un jour nouveau avec souplesse et lucidité.


La relation entre le thérapeute et la personne qui souhaite améliorer le déroulement de sa vie est le cœur même du mouvement qui apportera la transformation nécessaire.


Le lien qui se forme, entre le thérapeute et le consultant, dans une alliance thérapeutique [3] réussie n’a rien de comparable avec un lien social ordinaire. On entre ici dans une véritable relation où un fil relie deux êtres, un fil invisible, immatériel et plus ou moins fortement présent même lorsque les deux personnes ne sont pas en présence.


On peut oublier bien des choses dans la vie, mais jamais le lien qui nous relie à la personne au travers de laquelle nous avons grandi, aussi ai-je à cet instant une pensée pour celui qui m’a appris à être simplement qui je suis. Lorsqu’entre les séances je traversais ma nuit, le lien était un fil pour supporter l’épreuve. Pour donner une image, c’est comparable à l’alpiniste qui grimpe alors que son ami lui assure la sécurité avec une corde. C’est l’engagement, dans une complicité mutuelle, d’arriver à la construction du sens afin de s’élever au-dessus des obstacles.


L’alliance repose sur une implication affective, mais distante, sur une capacité d’empathie et se fonde sur les changements qui s’opèrent dans une continuité de progression. Cette progression est un chemin à la fois intellectuel, émotionnel et spirituel. Elle engendre la restauration des capacités à commu­niquer, à aimer, à comprendre et à construire. Elle redonne à la vie un dynamisme d’action et de création.


Le thérapeute a une fonction de « passeur », il ménage des transitions : d’une pensée à une autre, d’une émotion à une autre, d’une conduite vers une autre… Ce qui bien sûr est un travail risqué puisque le thérapeute, comme le patient, s’expose à l’imprévu, à l’indéterminé et à ce qui est ignoré. Ce risque est grandement diminué par la connaissance de l’astrologie étant donné que l’astrologie permet d’appréhender les structures profondes de la psyché et d’en avoir une carte.


Le thérapeute est plus artisan que savant, plus ingénieux qu’ingénieur. À travers lui la personne opère des ruptures vis-à-vis de ses habitudes mentales et comportementales, ce qui va progressivement accroître la connaissance qu’elle peut avoir d’elle-même, la conscience de ses forces et de ses failles, et sa capacité à agir. Le thérapeute va modifier la pensée et les attitudes concrètes et ainsi favoriser une manière d’être plus accordée à ce que la personne est vraiment, par-delà les masques et les réticences de la personne au changement.


Les qualités person­nelles du thérapeute font partie des facteurs communs à l’ensemble des méthodes qu’il emploie. De la vigueur de l’alliance thérapeutique, de la motivation de la personne à changer dépendent l’évolution d’une thérapie. Une meilleure gestion émotionnelle, une meilleure estime de soi, l’acquisition de nouveaux comportements positifs pour l’expression de sa vie, l’amélioration des capacités d’introspection sont des acquisitions que fait la personne en cours de chemin.


La formation universitaire de psychologue ne fournit pas une compétence dans le domaine de la thérapie même si comme je le disais plus haut les connaissances universitaires approfondies sont utiles devant la complexité des phénomènes humains.


Avoir appris des techniques d’entretien, être aguerri à l’observation de divers problèmes mentaux ou encore connaître la liste des psycho­pathologies sont des atouts certains, mais insuffisants pour l’exercice de la profession de thérapeute qui requiert d’autres acquis et d’autres aptitudes.


Parmi ces aptitudes et ces acquis, on compte l’ex­périence personnelle d’une démarche thérapeutique où le futur thérapeute s’est préalablement lui-même confronté au processus de sa croissance intérieure. À elle seule, cette expérience est capitale pour prétendre avec sérieux proposer une démarche similaire à d’autres.


Pour devenir un praticien, il lui faut donc avoir durablement consulté un psychanalyste, un thérapeute, voire même plusieurs. Cette démarche per­sonnelle est un passage obligé pour prendre conscience de ce qui se passe dans un fonctionnement psychique.


Faire l’expérience de son propre appareil psychique et la conscience de soi qui en découle est garant pour autrui de quelqu’un qui a déjà parcouru le terrain. Seul celui qui un jour s’est fait courser par un ours et peut encore le raconter sait de quoi il parle.


La démarche thérapeutique personnelle s’impose donc comme un élément essentiel de la formation du thérapeute. Cette thérapie personnelle est la base de la compré­hension réelle du processus de changement et ne peut être remplacée de l’extérieur sous la forme de lectures, de cours théoriques ou de stages d’observation. Bien entendu, comme dit plus haut, les lectures, les cours théoriques et les stages sont néanmoins nécessaires.




[1] La congruence est la capacité du thérapeute à être qui il est vraiment dans une relation véritablement authentique. Il communique ses prises de conscience issues de sa propre expérience avec sincérité.


[2] La pensée divergente est un processus ou une méthode de pensée utilisée pour produire des idées créatives en envisageant de nombreuses solutions possibles.


[3] L’alliance thérapeutique ne se commande pas. Elle s’instaure d’elle-même au bout de quelques séances ou ne s’instaure pas. Le langage populaire dévoile une fois de plus sa sagesse : « ça colle ou ça ne colle pas ».



Fin.

Sous réserve de rajout ou de modification.




"Dès lors les apôtres apparurent aux gens comme s'ils étaient transformés, comme des personnes qui ont réel­lement accédé à une nouvelle façon de voir et de vivre les choses, à une nouvelle ambiance psychique, qui se sont défaites de tout ce que la vie a d'étroit, de tout ce qu'elle a d'égoïste, des personnes douées d'immenses forces du cœur, d'une grande tolérance, d'une compréhension pro­fonde, chaleureuse, pour tout ce qui sur terre relève de l'humain, et qui savaient s'exprimer de telle façon que chacun de ceux qui étaient présents les comprenait. On ressentait pour ainsi dire qu'ils savaient plonger leur regard dans le cœur et dans l'âme et pouvaient en per­cer les secrets les plus profonds, si bien qu'ils savaient réconforter chacun et lui dire ce dont il avait précisément besoin."


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